‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 31 sur 230 · PAPES ET EMPEREURS · texte numérisé non relu

PAPES ET EMPEREURS

PRÈS ces émotions de Tarrivée, je ne trouvai ni ne cherchai le repos. J'entendais de grandes voix, je voyais de grandes images-, les souvenirs du plus lointain passé surgissaient dans ma mémoire, mêlés aux choses du présent. Le Vicaire de Jésus-Christ dominait tout. Les autres figures passaient ou se transformaient; celle-là demeurait immuable et la même.

Je voyais les Césars et l'empire se soulever contre le Pape, et tomber en poussière. Je voyais le Pape prendre cette poussière et former des rois et des peuples qui bientôt, ingrats, conjuraient sa perte et couraient à la leur. Ils pas-

saient. laissant des ruines-, Lui. la main sur les choses qui ne doivent pas périr , restait debout.

Je le voyais dans la clarté des temps pacifiques. IVeil tourné vers les orages futurs, alimentant de sa main prévoyante la lampe qui fait le véritable jour. Je le voyais dans les ténèbres, portant de sa main tidèle le seul tlambeau qui ne fût pas éteint, soutenant de sa main patiente le seul édifice qui n'eût pas croulé, relevant de sa main tendre les décombres sous lesquels gémissait la terre.

Aux jours d'orgueil, quand Thomme tombe dans l'adoration de ses propres œuvres et ne- veut d'autre Dieu que lui-même, je le voyais braver cette démence. Dune voix calme, sans crainte et sans colère , il disait aux peuples : « Vos idoles ne sont que des démons; c'est le Seigneur qui a fait les cieux. »

Ainsi l'histoire se déroulait en mon esprit , pleine dun seul homme; mais cet homme est l'homme de Dieu, qui est venu quand le monde périssait sous l'empire de Satan, pour arracher le monde à Satan et l'emporter dans la vie de Dieu. L'œuvre n'est pas achevée, le combat n'est pas fini, mais l'homme de Dieu vaincra.

NERON ET PIERRI-:. \QJ

Il ne se rend pas, il ne meurt pas. Il a longuement expérimenté l'infécondité de la force et rimpuissance misérable de la mort. Il y a des funérailles d'oîi s'exhale une odeur dévie (i). C'est l'odeur que Ton respire à Rome. Depuis les funérailles de saint Pierre, elle monte incessamment d'un millier de tombeaux. Elle n'a point menti aux siècles passés , qui ont été Tavenir ; elle se fondra dans les parfums de Téternité.

Sous ce ciel qui ne change point, je ne vois rien de nouveau. Le Pape n'a en face que de vieux adversaires-, l'essai d'aujourd'hui nest que la prolongation d'une entreprise qui compte dixhuit siècles d'avonements.

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