‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 33 sur 230 · SAINT GRÉGOIRK ^^ SAINT GRÉGOIRE IL ETC. I I · texte numérisé non relu

SAINT GRÉGOIRK ^^ SAINT GRÉGOIRE IL ETC. I I

triomphe des martyrs, elle avait à pleurer la honte des apostats et le malheur horrible des bourreaux. Elle demande à Dieu la paix, afin qu'elle puisse le servir en tranquillité. A ceux qui la menacent de mort, elle montre ce tieuve de sang qui a submergé Tempire et porté la croix sur le temple de Jupiter Capitolin.

SAINT GRÉGOIRE I ^% SAINT GRÉGOIRE II, LÉON l'iSAUÇHEN.

Aussi certainement qu'elle sait qu'aucune persécution ne la pourra détruire, U Eglise sait que la persécution ne lui manquera jamais. La férocité des Césars de Rome est vaincue, voici la félonie des Césars de Byzance; voici les coups traîtres, les mains parricides soudoyées par la lâcheté; voici des invasions. Depuis Constance jusqu'à Léon l'Iconoclaste, près de quatre siècles d'avanies, d'insultes, de fourberies infâmes ; et les Vandales, les Huns, les Goths, les Lombards! Mais, dans rintervalle, Grégoire le Grand a paru, Grégoire, patricien de Rome. Par la majesté de sa constance, le dernier de Tancienne Rome, qui ramassait en lui tout son éclat pour mourir; par sa douceur

magnanime, le premier des nouveaux rois de la maîtresse du monde.

La suprématie de Byzance avait dépeuplé 1" Italie. Les Lombards d'Alboin passaient dans ces solitudes, emmenant captifs ceux des habitants que la famine et la peste avaient épargnés. Du haut des murs de Ravenne et de quelques autres forteresses , les garnisons grecques regardaient ces malheureux dont les maisons brûlaient et que les barbares traînaient en esclavage, liés comme des chiens. Le grand courage de saint Grégoire n"en pouvait plus. Il s'écriait : Mon âme est lasse de vivre î

Il voyait le monde crouler ; il croyait que les derniers jours étaient venus. Néanmoins il ne refusait pas le labeur. D'une main, il empêchait Rome de disparaître : de l'autre, il jetait par delà les mers, dans Tîle lointaine des Bretons, la semence d'où naîtrait bientôt un nouveau peuple catholique. Il luttait contre la peste, contre les tremblements de terre, contre les barbares hérétiques et les barbares idolâtres , contre le paganisme mort et infect, mais qui restait à ensevelir : U luttait contre son propre corps, accablé de maladies : et l'on peut dire que Pâme seule de Grégoire était la seule chose entièrement saine qui fut dans tout le izenre humain.

Grégoire est le fondateur apparent du pouvoir temporel, et Tun des modèles parfaits du Prince chrétien. Au milieu de cet universel écroulement, il n^apparaît pas -seulement comme guide, mais comme roi. Il exerce par pitié, mais avec plénitude, la royauté qui existait en germe dans les mains de Pierre, et qui avait été reconnue dans les mains de Sylvestre. S'il refusait cette charge, tout périrait. Il n'y a plus d'empereur ni de chef sur la terre ; tout pouvoir est tombé aux mains des eunuques et des brigands.

Le droit a disparu. Nulle part aucune autorité ne s'exerce plus par voie légitime. La force est maîtresse de tout; maîtresse brutale qui ne respecte rien, qui se joue de l'humanité et de qui la trahison se joue. Le poignard plus que Tépée , le poison plus que le poignard, élève et renverse les trônes ; ces trônes, en s'élevant et en croulant, écrasent l'espèce humaine.

Pour combattre tant de fléaux, Grégoire eut Famour des peuples, la grandeur sacrée de sa dignité, la fermeté de son cœur, les ressources inépuisables de son génie. Il obtint la paix, il l'acheta*, il releva Rome et l'entoura de remparts. A travers ses sollicitudes sans nombre, il ne cessa pas d'héberger les pèlerins et de nourrir les pauvres, suivant la constante tradition des Papes. Il légua à ses successeurs une politique qui le continuait.

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Ainsi on se tira lentement du désastre, on sauva les sciences, on reprit haleine et l'on prépara les forces nécessaires pour résister à la folie infâme et furieuse de l'Isaurien , un rustre devenu empereur de Byzance, qui voulut faire abattre les saintes images.

Saint Grégoire II vainquit l'Isaurien par ses successeurs. Comme saint Grégoire 1^% il fonda la politique nécessaire pour ce temps. Sans attaquer des droits que seul, en Italie, il reconnaissait et maintenait encore, il leur opposa le droit supérieur que rimbécillité criminelle des Byzantins se flattait d'anéantir. Je me rappelle ici la parole ingénue d'un auteur français, homme de collège.

(( Malheureusement pour les empereurs, la vertu c( la plus remarquable, unie à la plus profonde (( sagesse , siégeait alors sur la chaire de saint (( Pierre. Durant quatre-vingts ans, sept Papes, (( aussi vénérés par leur sainteté que redoutables « à leurs souverains par leur adresse politique (( se succédèrent à Rome. » Les historiens de collège ont une manière à eux d'expliquer les cho-

Cette chaîne d'or de sept Papes « redoutables à leurs souverains, » mais a vénérés pour leur sainteté, » conduisit le monde au grand Pape Adrien, ami

SAINT GREGOIRE l"'". SAINT GREGOIRE H, ETC. : IQ

de Charlemagne. Elle termina la première époque de la suzeraineté impériale. Il y a le système du Pape feudataire, comme il y a le système du Pape sujet. Le Pape est réputé maître dans Romie, et Rome, annexe ou enclave, fait partie d'un royaume quelconque. Les partisans de ce système le croient peut-être nouveau ; ils assurent que la Papauté et la religion s'en trouveraient bien. On Ta essayé : il engendrait l'insolence de la tyrannie, l'insolence des factions, Tinsolence de Timpiété \ il provoquait risaurien et le Copronyme à décréter des articles de foi. Après des siècles de patience, les Papes ont du secouer cette servitude pour sauver la Papauté, la Religion, et Rome et l'Italie.

Ce fut saint Grégoire l^*" qui prit le beau titre des Papes, Les empereurs Byzantins s'affublaient des protocoles pompeux qui dénoncent Tenfantillage des maîtres de la terre ; le Pape signa : Grégoire, serviteur des serviteurs de Dieu, semis se?^ronim Dei. Parce que la royauté allait apparaître entière et intacte aux mains des Papes, ils rappelaient plus solennellement qu'ils représentent Celui qui est a venu pour servir. »

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