LE NOUVEL EMPRE ET LE NOUVEL EMPEREUR
débauche et de l'esclavage ; creusât des abîmes entre Byzance et l'Italie, entre Tltalie et les autres parties de l'Europe ; divisât en familles de peuples la multitude qui avait porté le joug, et, plaçant chacune en son lieu, posât les frontières, comme autant de forteresses où la liberté de l'Eglise enfanterait la liberté des nations. A ces conditions s'élèverait le saint Empire romain ; Tantœ moliserat Romanam coiidere geiitem.
Les débris de l'empire formaient des empires qui, se choquant les uns contre les autres, croulaient aussitôt en fragments ennemis. L'Eglise s'en emparait, leur donnait une forme, leur assignait un ordre où la règle n'exclurait pas la liberté. Ses monastères, hardiment semés dans le chaos, résistaient aux tempêtes qui arrachaient les trônes. A ces arbustes, à ces brins d'herbe, les peuples errants se rattachaient et entin prenaient demeure. Là s'élevaient les hommes qui ne désespèrent point. Patientia pauperum non péri bit in fînem. Les moines travaillaient les peuples comme ils travaillaient la terre ; leur patient travail fertilisait toutes les aridités, disciplinaient tous les torrents. Un jour, il se trouva que P Eglise avait élevé un nouveau genre humain : Charlemagne apparut, rayonnant de courage, de candeur et de bonté.
Il y avait sept siècles et demi depuis Néron, quatre siècles depuis Constantin. On a vu quel em-
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pereurl" Eglise naissante avait trouvé dans le monde, et cet empereur était l'expression du monde païen. Voici Charlemagne, l'empereur que TEglise, libre depuis quatre siècles, donne à sou tour au monde, et cet empereur est l'expression du monde que l'Eglise a formé. Monde encore inachevé sans doute, encore engagé dans le limon, et dont la tête lumineuse a conçu des plans que l'infirmité des organes inférieurs l'empêchera d'accomplir. Mais ce monde existe néanmoins ; il fera des œuvres sublimes, et, après dix siècles, humilié, trahi, abattu peut-être, il existera encore ; il se souviendra, il brûlera de généreux désirs, et s'il succombe, avec lui succomberont tant de lois et s'éteindront tant de clartés, que ce ne sera plus un monde, mais le monde qui périra.
Pépin, digne de mettre au jour Charlemagne, avait restitué à saint Pierre les villes prises sur les Lombards. Le Byzantin, qui -les réclamait sans droit, les réclama sans fruit. Le Lombard, lorsqu'il n'avait plus sur la gorge le fer carlovingien, oubliait ses serments : Charles le contraignit de les remplir et confirma l'acte de Pépin, non-seulement par un mouvement de piété, mais aussi à la prière des peuples. Tous les hommes vraiment grands savent démêler ce que la conscience publique réclame de vraiment juste. C'est là le génie des fondateurs, et leurs œuvres durent longtemps. Le fils