‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 36 sur 230 · LE NOUVEL EMPIRE ET LE NOUVEL EMPEREUR · texte numérisé non relu

LE NOUVEL EMPIRE ET LE NOUVEL EMPEREUR

de Pépin écouta le vœu des peuples. Pour les délivrer des Grecs et des Lombards, des eunuques et des brigands, il affermit le trône pontifical, et il planta devant son épée : Giiai a chi la tocca ! Et le roi Charles devint Charlemagne.

« Quand la dent lombarde mordit la sainte « Eglise, Charlemagne sur les ailes de Taigle ro- « maine, vint à son secours et fut victorieux. » C'est tout ce que le Dante accorde à Charlemagne. Le Dante est grand poète et, si l'on veut, grand théologien ; il n'est pas grand et intelligent catholique. Gibelin toujours et en tout, donnant ou refusant la gloire à tort et à travers, suivant qu'on a été ou qu'on aurait pu être Gibelin ou Guelfe, il n'aime pas Charlemagne, qui ôta fempire à la prétendue descendance de César, et qui ne le garda pas assez pour lui. Charlemagne, un pupille deTaigle romaine î 11 était le tils de TEvangile, le dévot auxiliaire du Christ: il combattait sous les ailes de la Croix.

Il comprit, aima, paracheva ce grand ouvrage de la Providence : l'établissement temporel du Pontife romain, l'intronisation définitive du Christ. là où Satan avait le plus triomphé, Christiis rincit, Christiis remuât, Christus impevat ! Et tout se trouva réuni dans la constitution de ce pouvoir : le droit divin, l'antiquité, toutes les formes et toutes

les conditions du droit humain. L'Eglise était propriétaire par la donation des possesseurs légitimes, par le vceu des peuples rachetés, par la conquête. Car Pépin et C^harlemagne avaient légitimement conquis sur les Lombards, ce que les Lombards avaient usurpé sur les peuples qui se voulaient donner à TEglise. après la déchéance des Grecs pour cause d'hérésie.

Charlemagne est par excellence, entre les sou- \xTains. Thomme de 1" Eglise. Son maître politique a été le Pape Adrien L^ Adrien devina Charlemagne, Tappela, le dirigea près de vingt ans. Gharlemagne est Tantithèse de Néron. Il nV a pas d'homme plus grand ni plus aimable. On eût dit que la nature ra\ait fait avec plus de soin qu'un autre, et s'était longuement préparée. Pépin d'Héristal déjà grand, Charles-Martel davantage. Pépin meilleur. Charles-Martel avait repoussé Tinvasion des Sarrasins, Pépin avait ru 1" Eglise, Charlemagne y entra. De bonne heure il s'était senti roi de la part de Jésus-Christ et guide du peuple chrétien, rector christ iaui fopiili.

Cq qui reste en lui du barbare n'est qu'ingénuité, ardeur d"une jeunesse forte et pure. Il est patient, clément, généreux, docile. Il veut le bien, il y croit. Il aime Dieu et les pauvres, et les armes, et la science. Il ne doute point des droits de Dieu, il ne

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