LE NOUVEL EMPIRE ET LE NOUVEL EMPEREUR. I2D
se donne point de repos lorsqu^il faut les défendre. Il porte la lumière dans le monde, il fait plier le barbare sous son épée, il se met lui-même à Técole comme un enfant.
Ce grand homme étudia toute sa vie. Il présidait une académie dans son palais et se rendit assez savant pour préparer une leçon correcte des Evangiles conférée sur les manuscrits latins, grecs et syriaques. Suivant le goût du temps, il s^appliquait à devenir bon calligraphe, rêvant de lettres ornées, poussant l'amour des beaux manuscrits jusqu'à vouloir en fabriquer lui-même. Mais, grand en ce point comme en tout le reste, il faisait mieux qu'exceller, il acceptait le moindre rang. Nullement Trissotin, nullement enclin à infliger la mort ou l'exil à quiconque écrivait, faisait des vers, chantait ou peignait mieux que lui.
Il s'entourait d'honnêtes gens. Engilbert , Eginhard, Alcuin, le duc Guilhem, qui devint saint Guilhem de Gellone, Benoît, qui devint saint Benoît d'Aniane, et tant d'autres, tous honorés des contemporains et de la postérité, tels étaient les courtisans de Charlemagne. Pareille cour s'est peu vue ! Comme la décence et Thonneur, Tamitié y régnait. Ce grand roi était le roi des amis. Les chroniqueurs parlent de ses larmes quand ses amis mouraient ou se faisaient moines.
Les antichrétiens, qui ont leur raison pour haïr Charlemagne, Taccusent de cruauté. Ils disent que c'était un convertisseur sanguinaire, qu'il a baptisé les Saxons dans leur sang. Ils sont doux et humains, ces gens-là I Ils ont horreur de la violence, et ils pleureront toujours les pauvres Saxons î Les Saxons avaient multiplié leurs révoltes, tuant les représentants de Charlemagne, envahissant ses domaines. Il frappa des ennemis vingt fois graciés, des traîtres qui avaient vingt fois violé leurs serments -, il épargna ceux qui demandèrent le baptême : ceux-là devenaient des hommes nouveaux.
Quand ces redoutables Saxons furent vaincus par les armes et surtout par la foi, Charlemagne consacra sa conquête à Jésus-Christ qui donne la victoire et au bienheureux. Pierre qui l'avait obtenue. Il remit les Saxons dans leurs antiques libertés, les déchargea de tout tribut envers lui et les rendit seulement tributaires de l'Eglise. Réduisant ensuite leur pays en provinces, il le partagea en diocèses, et, pour le garder dans le devoir, il y établit des cathédrales. C'était, disait-il, « à l'exemple des Romains. » Mais, à la place des proconsuls, il mettait des évêques !
On calomnie ses mœurs privées ; Bossuet les glorifie. Charlemagne a promulgué des lois admira-