LE VRAI INFAME
Mais voici le vrai infâme, près de qui les autres semblent innocents-, voici le monstre plus redoutable que le fou, pire que le païen.
C'est le prêtre ennemi de l'Eglise, le parricide; c'est Judas encore couvert de la robe des apôtres, la bouche encore pleine du mystère divin.
Il existe, je Tai vu, je l'ai entendu. De la synagogue au prétoire , il promène Pimpudence de sa trahison : — a A trente deniers le Juste !
« Qui me donne trente deniers, et je livrerai « le Vicaire de Jésus Christ; je prêterai mon nom « de prêtre pour tromper Fignorance des fidèles !
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(( Trente deniers! Je serai Caïphe, j'embrasse- (( rai Hérode et Pilate; je dirai que Pilate maince tient Tordre et qu'Hérpde garde la loi.
a Trente deniers ! Je porterai contre lui des (( accusations que vous n'inventeriez pas : je dé- (c poserai qu'il a transgressé les commandements.
(( Je Taccablerai d'injures plus meurtrières que « les vôtres, de calomnies que Ton croira mieux; « j'invoquerai l'intérêt du ciel. Trente deniers!
(c J'irai à Rome, et je reviendrai dire, moi, de {( ma bouche sacerdotale, que la religion se meurt, a que ce prêtre tue la foi;
(( Que ce prêtre usurpe; que ce n'est pas à lui (( que Dieu a donné le trône, mais à vous; que (( le salut du peuple exige que ce prêtre périsse.
a Quand vous l'aurez détrôné, pour trente de- « niers je chanterai le Te Deiim ; et si vous le ce crucifiez, pour trente deniers je bénirai les bourre reaux. »
Infâme I nous ne te raillerons pas, toi. Quelle que soit la misère de ton esprit , le crime est dans ton cœur, et ce crime est trop grand. Sois maudit pour le crime de ton cœur!
LE VR\I INFAME. Biy
Sois maudit du peuple, sois maudit des prêtres! Que la femxTie qui t'a enfanté maudisse ses entrailles ! Que révêque qui t'a sacré maudisse sa main ! Sois maudit dans les cieux î
Sois maudit, parce que tu trahis la sainte Eglise qui t'a formé lentement et tendrement pour être un prêtre selon son cœur ! et tu tournes contre elle ses propres soins et les puissances qu'elle t'a données !
Sois maudit, ostiaire qui ouvres à l'ennemi et qui sonnes la cloche de rébellion, lecteur qui fais mentir les saints Livres , exorciste qui invoques Béelzébuth, acolyte qui portes le flambeau devant Satan î
Sois maudit , diacre prévaricateur , toi qui as reçu l'esprit de Dieu, ad robur, pour défendre les biens de la sainte Eglise, et qui dis aux voleurs que le domaine sacré leur appartient !
Sois maudit, prêtre sacrilège, parricide abominable, profanateur de Tautelî Tout ce que tu trahis, tu le trahis dix fois. C'est de toi qu'il a été dit : Mieux lui vaudrait de n'être pas né !
Que Dieu compte tes pas dans la voie du mal, et qu'il n'en oublie aucun ! Que Dieu accumule
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sur toi l'infection des péchés que tu fais commettre et de ceux que tu aurais remis!
Que toutes les bénédictions que tu as reçues et que tu renies se retournent contre toi ; qu'elles tombent sur toi, qu'elles t'écrasent comme un sacrement de Satan !
Que les onctions sacrées te brûlent; qu'elles brûlent tes mains tendues aux présents de l'impie ; qu'elles brûlent ton front où devait rayonner l'Evangile et qui a conçu de scélérates pensées !
Que ton aube souillée devienne un cilice de flammes, et que Dieu te refuse une larme pour en tempérer l'ardeur! Que ton étole soit à ton cou la meule au cou de Babylone jetée dans l'étang de soufre !
A Saint-Pierre, j'ai retrouvé deux illustres personnages, l'un que j'aime et que j'admire, l'autre] que j'admire et que je voudrais aimer*, l'un, un
MOZART ET GOETHE A SAINT-PIERRE. 3fQ
charmant enfant qui était déjà un grand homme; l'autre, un grand homme qui n'a guère cessé d'être un terrible enfant. Ce dernier est Jean-VV^olfoaniî Goethe; l'autre, Jean-Ghrysostome-Wolfgang Mozart.
Je les ai trouvés chacun à sa place : Mozart dans le temple, devant la statue de saint Pierre dont il baise le pied, en bon catholique; Goethe à la porte, où il fait de la philosophie, en bon protestant. Cependant, sa philosophie n'est pas absolument protestante , pas absolument dehors. Il plonge dans l'intérieur son grand regard sym,pathique... Mais il n'entre pas.
Mozart avait quatorze ans ; il faisait son tour d'Italie, donnant des concerts, exécutant, hélas ! des tours de force, pour gagner ses frais de voyage. Il jouait des morceaux composés par lui; il improvisait sur le clavecin et sur le violon , il improvisait et chantait des airs avec accompagnement de clavecin, « sur des paroles non vues d'avance. )> Mozart ! !
Et cependant, c'était Mozart. Non-seulement son génie résistait à ce métier , mais sa gaieté et sa simplicité d'honnête enfant ne s'y perdaient point. Il étudiait , il riait, il priait, il obéissait. Son père le conduisait dans cette course à tra-
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vers les orchestres de Tltalie. Brave figure de père, de chrétien et de musicien, ce Léopold , père de Wolfgang !
On les recevait bien. Peu d'argent, mais beaucoup de courtoisie et une intelligence du génie qui ne lésinait point sur la louange. Dans « le très-jeune et très-expert signor Amadeo, » comme parlaient ses programmes, Taimable Italie devinait le grand Mozart. Il s'appelait Amadeo pour les Italiens : quel moyen de leur donner à prononcer Wolfgang ?
Ainsi, répandant les fugues , les motets , les symphonies, ébauchant des opéras, salué de sonnets, saluant de sonates, également satisfait du soleil, des oreilles et des voix, se sentant croître, un jour Mozart entra dans Rome. Il s'en fut tout droit à Saint-Pierre, où se faisait la fonction; du Jeudi-Saint. Il arriva près du Pape, qui ser-^ vait la table des pauvres.
(f Wolfgang avait de si beaux habits, et il était] si à son aise, dit Léopold, que les hallebardiers lui faisaient faire place, le prenant pour un gentilhomme allemand, même pour un prince, et| moi pour son chambellan. » Wolfgang finit par! se glisser entre deux cardinaux. L'un d'eux lui] dit : « — Ne voudriez-vous pas, en confidence, m'apprendre qui vous êtes? »
Il répondit : « — Le petit Mozart. — Quoi ! cet enfant célèbre dont on m'a tant écrit ! — Votre Eminence, dit à son tour Wolfgang, n'est-elle pas le cardinal Pallavicini ? — Et voilà T Eminence et Tenfant en conversation. Le cardinal trouva que Wolfgang parlait bien l'italien ; lui-même avait un peu d'allemand -, il le dit en six mots, où il s'accorda cinq fautes.
Prenant congé, Wolfgang baisa la main du cardinal ; le cardinal ôta sa barrette. Tels étaient ces fiers cardinaux. Le bonhomme Mozart, charmé, raconte à sa femme cette petite scène tout imprégnée du parfum de Rome. Wolfgang ajoute : (( J'ai baisé le pied de saint Pierre, et parce que (( je suis trop petit, il a fallu me soulever. »
Ah! cette auguste statue, quand je la verrai désormais, je verrai aussi dans le groupe, parmi ces riches, parmi ces pauvres, parmi ces enfants, je verrai le petit Mozart, posant sur le pied de bronze ses lèvres d'or, d'où tant de mélodies ont pris leur vol, douces comme la plainte, sereines comme la prière, pleines de désirs comme Tâme d'un exilé.
Le noble enfant est gai, on le sent heureux. Il s'amuse à voler le Miserere de la Sixtine ; il apprend des jeux pour les montrer à sa sœur ;
il écrit des billets en italien, il compose, il prend des leçons d'arithmétique, il demande des nouvelles de son canari. Mais tout autre chose que la musique Toccupe peu.
Un jour, après vêpres, il va au Capitole -, il y voit, dit-il, varie belle cose, et il passe. L'art, pour Wolfgang, c'est la musique. Il ne prend pas garde au reste, pas plus que Tabeille à la beauté des fleurs d'où elle tire son miel. Si nous entendions ce qu'il chanta sous Timpression du souvenir de Rome, alors nous saurions ce que son frère Raphaël lui a dit.
Seize ans après Mozart, en 178Ô, Goethe habitait Rome. Nous le trouvons sur la place de Saint-Pierre, avec un ami qu'il nomme Tischbein Tous deux se promènent en mangeant des rai-j sins achetés dans le voisinage. Ils avaient le temp; tranquille, le ciel pur, un soleil chaud. C'était li 22 noyemhTQ, fête de Cécile, dit Goethe; fête d( sainte Cécile, aurait dit Mozart, qui n'eût pai manqué la messe ce jour-là.
Les deux amis se promenaient donc de lonj^ en large, mangeant leurs raisins. Mais le soleil devint brûlant. Alors, ne pouvant se résigner quitter ce portique, plus beau que celui d'Athènes,!
ils se réfugièrent à Fombre de Tobélisquc , et l'ombre se trouva juste assez large pour deux. O Goethe , si tu l'avais voulu ! Dans la croix de bronze qui domine Tobélisque , Sixte a mis une parcelle de la vraie Croix.
Enfin, les deux philosophes se rendirent à la Sixtine. Mozart y avait été pour le Pape et pour Allegri; Goethe y allait pour ^Michel-Ange. Les fresques étaient bien éclairées. « Je ne pouvais , « dit Goethe, que regarder et m'étonner. La vice rilité intérieure de ce maître, sa grand iosi té surce passe toute expression. » Grandiosité! Mozart eût préféré Raphaël ; Goethe devait aimer Michel- Ange, un Titan.
Après avoir « contemplé et contemplé de nouveau , )) ils pénétrèrent dans la basilique , toute remplie de la plus belle lumière du ciel serein. « Sans se laisser égarer par un goût trop raisonnable, ils se réjouirent de ce qui les charmait. » Voilà le grand regard de Goethe -, le voilà simple comme Mozart. Il esi simple lorsqu'il n'y songe pas.
(( Ensuite, continue-t-il, nous montâmes sur le toit du noble édifice, où l'on voit Fimage réduite d'une ville bien bâtie. Du haut de la coupole , nous contemplâmes le clair pays des Apennins, le
Soracte, Tivoli, Frascati et la plaine, et la mer. A nos pieds les immenses palais, les coupoles brillantes, les grandes ruines, Rome I Gomme nous étions sur le fronton, le Pape passa en bas. 11 ne nous manqua donc rien... ))
Voilà ce que Ton pourrait lire sur le carnet de tout Allemand et de toute Anglaise; tout Français même, pourvu qu'il n'eut pas d'esprit à envoyer aux journaux, en saurait dire autant. On se demande pourquoi Goethe, avant de jeter ces notes incolores, s"écrie : « Il faut que je garde vice vant le souvenir de ce jour heureux ! »
C'est que ce jour-là, non pour la première fois, Goethe avait respiré le parfum de Rome. Avant ce jour de la fête de Cécile , passé tout entier à considérer Saint-Pierre, la plus merveilleuse fleur du sol romain , — fleur qui exhale son parfum perceptible aux sens, comme une enveloppe matérielle des grâces spirituelles que l'âme y peut puiser, — avant ce jour,'
Goethe, sans la saisir encore tout entière, avait indiqué la raison de cette allégresse qui l'accom^ pagnait à travers la ville de Dieu. Mozart y chantait comme un enfant dans la maison paternelle \ il ne cherchait pas à se rendre compte d'un bon-
MOZART ET GOETHE A SAINT-riERlŒ,
heur qui ne l'étonnait point. Goethe est un exilé; l'air de la patrie Tenivre d une joie immense.
^ Seulement , Goethe ne connaît pas la loi qui l'exile ; bien plus, il ignore qu'il respire Pair de la patrie, car il ne connaît pas non plus sa patrie; ou, s'il comprend que Rome est la patrie de son génie, il ne sait pas qu'elle est davantage la patrie de son âme. Il cherche d'où lui vient sa joie. Ecoutez le mystère de Rome :
ce Je vis ici dans une clarté et dans un repos dont c( je n'avais plus le sentiment. La sage habitude « que j'ai prise de voir les choses telles qu'elles « sont, de faire de mes convictions la lumière de « mes yeux, d'abdiquer toute prétention contraire, « me rend aujourd'hui bienheureux en moi-même.
c» Tous les jours quelque chose de nouveau et de « remarquable; tous les jours des images fraîches, « grandes, merveilleuses, et un ensemble pensé et (( rêvé depuis longtemps, mais qu'aucune imagina- « tion ne pourra jamais atteindre. ..
« Si maintenant je tourne mes regards vers moi- « même, alors je découvre un sentiment qui me réc< jouit. Celui qui regarde autour de soi sérieusece ment et qui a des yeux pour voir, celui-là doit
u devenir fort*, il doit arriver à une vivante com- '< préhension des choses solides et sérieuses. J
« L'esprit se marque du cachet d'une capacité a forte: il arrive au sérieux sans sécheresse, à la (( maturité avec joie. Pour moi, je n'ai jamais su (( apprécier les choses de ce monde d'une manière « aussi juste que je fais à présent. Ce séjour exerce cera sur ma vie entière une influence bénie. ^
(( Laissez-moi ramasser tout cela comme tout (( cela me vient. Plus tard Tordre se fera. Je ne suis « pas ici pour juger d'après mes idées reçues. Je (( veux m'efforcer de saisir la grandeur, et appren- « dre à me former avant d'accomplir ma quaran- « tième année. »
Et pourtant Goethe est resté protestant, et même il a marché dans les conséquences du Protestantisme et il est devenu païen. Il a écrit d'indignes paroles contre cette foi catholique devant laquelle il avait tenté de saisi'}^ la grandeur... Hélas! oui, et ce n'est plus le mystère de Rome, c'est le mystère de son âme.
Quand il disait, après ce grand jour de Saint- Pierre, après ce jour heureux : Nous avons vu passer le Pape, rien ne nous a manqué, Goethe trahissait la vérité, peut-être aperçue en ce moment-là^
L'ombre de la croix de Jésus-Christ avait porté sur lui le matin-, quand le vicaire de Jésus-Christ passa près de lui le soir, il a manqué à Goethe de se miettre à genoux.
S'il s^était mis à genoux, s'il avait adoré Celui qui passait sous une apparence mortelle -, s'il lui avait demandé ce don de l'amour qui enfante la beauté, alors, pressé du désir et du besoin de se rendre pur, et bientôt lavé du sang de T Agneau, il îùt été délivré de ces souillures qui obscurcissent le ^énie, de ces poids qui lui alourdissent les ailes, de :es chutes qui les brisent, de ces aveuglements qui ui cachent ce qu'il a vu si haut et si loin.
Alors le parfum de Rome serait entré tout enier dans son âme et l'aurait embaumée pour oujours • il y serait devenu parole, comme dans Lime chrétienne de Mozart -, il n'eut pas laissé chapper des accents mêlés, incomplets, deshonoés souvent ; ses plus beaux essors ne se seraient las arrêtés à mi-chemin de la grandeur.
Jean-VVolfgang Goethe, Jean-Wolfgang Moart! En ces deux hommes, Rome a vu passer, vant qu'elles naquissent, deux des plus grandes ouvres de Fart moderne : Don Juan et Faust ; t le parfum de Rome est sensible en toutes deux.
Dans Don Juan, le parfum de Tinténeur -, dans Faust ^ celui du dehors.
(( A la conception de leur œuvre ( ainsi me parlait un jour Marie Gjertz\ Goethe et Mozart se sont trouvés en face du même ennemi, et tous deux l'ont vaincu. Mozart, enfant docile de l'Eglise , l'avait rencontré au dehors de lui-même ; Goethe, enfant rebelle, l'a vu surgir de son propre cœur.
« Mozart reçoit d'un plat librettiste un t3*pe d'ignominie relégué dans la fange, hors de portée de la miséricorde divine. Mais, écoutant les harmonies de la sainte Eglise, d'un regard de son œil de colombe, il transfigure cette chair réprouvée. Il y met une âme, il lui prête des accents qui désarment la colère*, et afin de garder entières les lois éternelles de la beauté, à côté de don Juan il place dona Elvire , qui souffre par lui et qui prie pour lui.
« Et lorsque la pierre même crie contre le misérable, à travers les mugissements du puissant de l'abîme prêt à dévorer sa proie, tous ceux qui comprennent le langage des âmes, entendent les supplications triomphantes d' Elvire devant le trône de Dieu.
a L'abject héros du librettiste, le libertin vul-
^aire retourne à la pourriture de laquelle il est né ; mais la vraie création du poëte, le don Juan de Mozart, dépouillant Tenvcloppe de boue, s'élance vers la gloire du repentir sur les traces de l'amour outragé. Là, se rencontrent Mozart et Goethe, dans l'harmonie du parfum de Rome.
« Goethe n'était pas contraint de prendre son personnage des mains d'un vaudevilliste ; il avait la magnifique liberté de lui garder la noblesse , même dans ses égarements. Il en use. Avec quelle grandeur Faust écrase le principe de Terreur moderne, le libre examen, ce jouet indigne de Têtre pensant ! Comme il tressaille , comme il pleure au son des cloches de la Pàque catholique !
« C'est là vraiment Faust, le type de la pensée liumaine abandonnée à ses forces merveilleuses et Impuissantes -, c'est là ce beau débris, plein de fierté, plein d'ironie, plein de désirs plus grands 'que lui-même, portant au profond de son àme Je germe de Tamour, c'est-à-dire de l'humilité. jMais Goethe, fils du Protestantisme, s'est trouvé 'nférieur à cette glorieuse ébauche. Elle l'écrasait, il l'a déshonorée.
« Sur le front de Faust, il éteint l'étoile de a grandeur et le rend semblable, non pas au Ion Juan de Mozart, mais au don Juan du li- |)rettiste*, il le traîne au fond des gouffres inames, il le jette dans les bras du paganisme.
il le fait blasphémer en pensée, en paroles et en œuvres.
(( On dirait que, forcé d'être catholique avec Marguerite par la loi de TArt, qui le contraint de chercher la beauté, Goethe veut que la haine protestante soit à son tour satisfaite, même aux dépens de PArt. Pour se venger de l'importune beauté qui l'a fait frémir et pleurer, pour se venger des larmes de Marguerite, il souille à plaisir ces aspirations de Faust dont le seul terme logique est la foi, c'est-à-dire l'humilité, c'est-à-dire Tamour.
c( Mais tout à coup, dans le cœur du poète, rinstinct vainqueur de la beauté Tempofte sur la haine de la vérité. Il supprime le libertin , le blasphémateur -, ces ignominies disparaissent comme les monstruosités d'un rêve, et Goethe, à la plendeur du jour, ne garde que le Faust pour qui Marguerite mourante a prié. Ce Faust est le même que le don Juan de Mozart.
(( Qui sait ? Quand à la lin de ce jour dont il ne profita pas et qu'il ne devait pas oublier, Goethe vit passer le Saint-Père et sentit qu'il ne manquait plus rien à la beauté de la Ville et du Temple ; qui sait si alors, sous ces voûtes, quelques-unes des mélodies conçues par Fenfan; qui
serait Mozart ne vibrèrent point dans le cœur de l'homme qui créerait Marguerite et Mignon}
(( Qui sait si ces mélodies qui deviendraient le dénoûment de Don Juan, n'arrachèrent pas à Goethe le dénoûment de Faust : l'union de l'intelligence et de l'amour, portés au ciel sur les ailes de la pénitence et offerts à Dieu par les mains de Celle qui fut conçue sans péché? ^)
Jean- Wolfgang Goethe, Jean-Wolfgang Mozart! Mais le génie de !Mozart est plus clair et plus abondant que celui de Goethe. Au baptême catholique, Mozart avait reçu encore le nom de Chrysostôme. Il Fa gardé *, c'est lui qui est la bouche d'or.