‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 9 sur 230 · LA RAISON DU TEMPS · texte numérisé non relu

LA RAISON DU TEMPS

Un homme à vive physionomie témoignait quelque sorte d'impatience. Je crus qu'il voulait argumenter pour Pétrarque, à quoi ils s'escriment volontiers dans le Comtat. « — Messieurs, dit-il, pardon !

(( Vos dissertations vous empêchent d'admirer assez notre pays. Vous excuserez que je sois jaloux des vraies gloires de la Provence. L'un de vous. Messieurs, tient pour Pétrarque, l'autre pour les Papes -, je vous mettrai d'accord : voyez ces amandiers.

ce Arbre précieux ! Nous exportons des montagnes d'amandes en Amérique , Angleterre , Allemagne, Pays-Bas. Elles font boire. Chez les

peuples buveurs, la table est vaste, solide, en bois de prix; c'est l'autel domestique.

(( Notre temps, Messieurs, vaut mieux que le passé, plein de théologiens et de troubadours : il produit des jouissances. L'Américain et le Scandinave boivent du vin de Bordeaux en croquant des amandes *, avec leur or, le paysan nous achète... du papier.

(( Donc, l'humanité n'a plus besoin de Papes, ni de poètes. La liberté des transactions commerciales, politiques, morales, voilà ce qu'il nous faut. Que chacun se fabrique sa religion et sa poésie ! Ainsi veut le dix-neuvième siècle *, rien ne biffera ce décret. — J'ai Phonneur de vous saluer. »

On arrêta. L'homme sauta dehors. Un masque avait semblé se déchirer sur son visage. D'abord poli et intelligent, il était devenu sardonique, furieux , bête. Nous le crûmes fou; nous apprîmes qu'il était saint-simonien, très-enrichi et très-malheureux.

Beaucoup de millions, beaucoup de savoir-faire. Une seule chose manque : un peu de considération. Mais la considération ne se bâtit point comme une fortune, ne s'achète point pour quelques millions. Il est d'ailleurs puissant à Paris.

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