LE MENTEUR
Ils sont menteurs, dit Fra Gaudenzio, menteurs et rîls du Menteur. Leur généalogie est authentique : Vos esîis a patre Diabolo. Lignée cruelle de celui qui a menti et qui mentira contre le ciel et contre la terre, contre Dieu et contre l'homme.
Il a dit à rhomme : Tu seras Dieu, tu sauras tout, tu pourras tout, tu jouiras de tout. Et Thomme a perdu le Paradis. Déchu de sa science, de sa force, de sa joie, Thomme est devenu le sujet de l'erreur, de la douleur et de la mort.
Dieu s'est incarné pour racheter Thomme , et lui rendre, jusque dans l'épreuve, quelque chose des sérénités de FEden. Il a établi son Eglise pour distribuer à Thomme une nourriture d'immortalité que l'Eden même ne produisait pas!
LES Cr.OITRFS. 3/3
Le Menteur a encore séduit le fragile esprit de l'homme. Il lui a dit : ce Fuis ces lumières, elles te trompent; refuse cette nourriture, elle t'amollit; brise ces liens, ils t'enchaînent. C'est moi qui te remplirai de clartés et de délices, moi qui t'affranchirai. »
Le Menteur n'invente rien. La Vérité a tout dit, et il ne peut que contredire. Si vous voulez savoir son fond, il est le contraire de Celui qui a dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie; » Il est TAbîme, le Mensonge et la Mort.
Le contraire de ses affirmations, c'est la vérité sur lui-même et sur ses œuvres. Il promet la liberté, ce sera Tesclavage ; les jouissances, ce sera le travail servile ; Tabondance , vous aurez faim ; la concorde, comptez sur les guerres fratricides.
LES CLOrrRES.
Quelque galant homme , voulant protéger les monastères , a dit : — a Laissons des refuges ouverts aux grands repentirs et aux grandes douleurs. )) Cette sottise a fort bien pris.
Une procession passait. Dans ses rangs nombreux et magnifiques, il y avait des capucins chargés de leui: lourde bure, pieds nus et tête nue sous le soleil ardent.
Deux graves Français regardaient^ Fun voyageur du vin de Bourgogne , l'autre voyageur du vin de Bordeaux:^ tous deux envoyés des caves de Cette. INI. Rapet dit à M. Maréchal :
c( — Ces capucins , pour prendre une pareille vie, ils doivent en avoir fait! )> M. Maréchal répondit à M. Rapet : (( — Il n\' a pas, peut-être, parmi ces hommes, autant de scélérats que nous le croirions.
c( J'ai visité quelques couvents : ma parole ! on y voit d'honnêtes figures. » M. Rapet reprit : « — Ce sont des fainéants. » M. Maréchal continua : « — J'avoue qu'ils ne servent à rien. Mais
(( J'estimerais qu'on les doit laisser vivre selon leur goût. S'ils se punissent, cela ne nous fait aucun mal ; s'ils se consolent, nous n'en sommes pas plus à plaindre. Voyez-vous Rapet :
« Le monde parle quelquefois sans réflexion ! On a des tics contre ceci et contre cela. Planons sur les préjugés! Ces lieux de la pénitence, ces