LE NOUVEL EMPIRE ET LE NOUVEL EMPEREUR
Le monde et l'Église même ne croyaient pas que l'empire d'Occident fût mort à jamais. A travers les crimes de Rome et de Byzance, l'humanité entrevoyait dans l'empire l'institution humaine qui devait enfanter l'institution divine de l'Église. Il faut un bras à la justice, une force au droit, une protection à la vérité, un gardien armé de la paix. L'empire païen avait été une parodie infernale de cette pensée de Dieu ; la pensée devait être reprise et réalisée par l'Église, dont la mission est de tout établir et de tout ordonner en Jésus-Christ.
Dès le temps de Clovis, saint Avit, évêque de Vienne dans les Gaules, petit-fils d'un empereur, avait presque annoncé aux Francs que l'empire d'Occident renaîtrait d'eux. Mais le noviciat des Barbares n'était pas fini. Avant de s'abriter sous l'autorité, le genre humain avait à se désaccoutumer du despotisme. Il fallait que le torrent des invasions passât et repassât dans Rome, emportât le sénat, emportât les idoles, emportât l'infection de la débauche et de l'esclavage, creusât des abîmes entre Byzance et l'Italie, entre l'Italie et les autres parties de l'Europe; divisât en familles de peuples la multitude qui avait porté le joug, et, plaçant chacune en son lieu, posât les frontières, comme autant de forteresses où la liberté de l'Église enfanterait la liberté des nations. A ces conditions s'élèverait le