‹ Le parfum de Rome;Chapitre 34 sur 96 · LE NOUVEL EMPIRE · texte numérisé non relu

LE NOUVEL EMPIRE

saint Empire romain; Tantes molis erat Romanam condere gentem.

Les débris de l'empire formaient des empires qui, se choquant les uns contre les autres, croulaient aussitôt en fragments ennemis. L'Église s'en emparait, leur donnait une forme, leur assignait un ordre où la règle n'exclurait pas la liberté. Ses monastères, hardiment semés dans le chaos, résistaient aux tempêtes qui arrachaient les trônes. A ces arbustes, à ces brins d'herbe, les peuples errants se rattachaient et enfin prenaient demeure. Là s'élevaient les hommes qui ne désespèrent point. Patientia pauperum non peribit in finem. Les moines travaillaient les peuples comme ils travaillaient la terre: leur patient travail fertilisait toutes les aridités, disciplinait tous les torrents. Un jour, il se trouva que l'Église avait élevé un nouveau genre humain: Charlemagne apparut, rayonnant de courage, de candeur et de bonté.

Il y avait sept siècles et demi depuis Néron, quatre siècles depuis Constantin. On a vu quel empereur l'Église naissante avait trouvé dans le monde, et cet empereur était l'expression du monde païen. Voici Charlemagne, l'empereur que l'Église, libre depuis quatre siècles, donne à son tour au monde, et cet empereur est l'expression du monde que l'Église a formé. Monde encore inachevé sans doute, encore engagé dans le limon, et dont la tête lumineuse a conçu des plans que l'infirmité des organes inférieurs l'empêchera d'accomplir. Mais ce monde existe néanmoins; il fera des œuvres sublimes, et après

dix siècles, humilié, trahi, abattu peut-être, il existera encore; il se souviendra, il brûlera de généreux désirs, et s'il succombe, avec lui succomberont tant de lois et s'éteindront tant de clartés, que ce ne sera plus un monde, mais le monde qui périra.

Pépin, digne de mettre au jour Charlemagne, avait restitué à saint Pierre les villes prises sur les Lombards. Le Byzantin, qui les réclamait sans droit, les réclama sans fruit. Le Lombard, lorsqu'il n'avait plus sur la gorge le fer carlovingien, oubliait ses serments : Charles le contraignit de les remplir et confirma l'acte de Pépin, non seulement par un mouvement de piété, mais aussi à la prière des peuples. Tous les hommes vraiment grands savent démêler ce que la conscience publique réclame de vraiment juste. C'est là le génie des fondateurs, et leurs œuvres durent longtemps. Le fils de Pépin écouta le vœu des peuples. Pour les délivrer des Grecs et des Lombards, des eunuques et des brigands, il affermit le trône pontifical, il planta devant son épée : Guai a chi la tocca ! Et le roi Charles devint Charlemagne.

« Quand la dent lombarde mordit la sainte Église, Char'emagne sur les ailes de l'aigle romaine, vint à son secours et fut victorieux. » C'est tout ce que le Dante accorde à Charlemagne. Le Dante est grand poète et si l'on veut grand théologien: il n'est pas grand et intelligent catholique. Gibelin toujours et en tout, donnant ou refusant la gloire à tort et à travers, suivant qu'on a été ou qu'on aurait pu être Gibelin ou Guelfe, il n'aime pas

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