S AI NT- JEAN DE LATRAN
Du Colisée à Saint-Jean de Latran, du grand théâtre de carnage à la grande église, c'est le chemin du bon Dieu. La rue large et directe qui unit ces deux points porte le nom de saint Jean-Baptiste, le précurseur du divin amour. Nous y saluons l'église de Saint-Clément Pape, monument intact de l'antiquité chrétienne. Dans cette église, saint Grégoire le Grand a prêché, et l'on voit la chaire où il s'est assis. Parmi d'autres insignes reliques, on y vénère le seul ossement de saint Ignace que les lions aient laissé.
Voici ce haut Latran, le don de Constantin et de l'empire convertis. Constantin, vainqueur du
stupide Maxence, envoya chercher le Pape Sylvestre, fugitif. Le Pape se crut à l'heure du martyre; l'empereur victorieux l'établit dans sa propre demeure. Il y a encore ici un souvenir de Néron: Néron tua le consul Plantius Lateranus, fondateur de ce palais qui fit son nom immortel. Sur le même sol s'éleva rapidement une église, vaste et digne de l'empire. On la nomma la basilique d'or.
Premier séjour officiel des Papes, dernier séjour officiel des empereurs, c'est ici vraiment le lieu où Pierre, sortant des catacombes, prit possession de sa royauté, le lieu où finit l'empire païen. Ici César, qui n'était plus César, partant pour Byzance, roula dans ses bagages le palladium désormais sans vertu. Ici Charlemagne viendra s'agenouiller avant de recevoir, de la main du successeur de Pierre, une autre couronne impériale qui sera comme le sacrement sans lequel désormais les empires n'auront plus ni force féconde, ni véritable gloire, ni durée.
Lieu auguste dans Rome et dans le monde! Durant onze siècles le Latran fut la demeure des Vicaires du Christ. Ils y furent assiégés, ils en furent chassés, ils y sont revenus, ils en ont été éloignés encore pour subir la captivité et l'exil; cette demeure leur appartient toujours. À tout ce qu'ils touchent, les Papes communiquent un caractère d'éternité. L'église de Latran a vu trente-trois conciles.
Elle a été dévastée, renversée, brûlée; l'enfer s'est rué sur elle ; maintes fois, de la basilique d'or il n'est resté que des cendres. Elle est debout, plus