‹ Le parfum de Rome;Chapitre 51 sur 96 · LES GALLO-ROMAINS · texte numérisé non relu

LES GALLO-ROMAINS

la chérissent toujours plus. Conservant le caractère français, l'amour de Rome et le christianisme leur font dépouiller la morgue de supériorité que nous inspire volontiers la connaissance approfondie de nos mérites. Sans ignorer le côté faible des Romains, ils savent aussi ce qu'ils ont d'originalité, de grâce et de sérieux; ils en prennent quelque chose, et le tout forme un de ces composés humains qui animent l'esprit et reposent le cœur.

Quelle aimable journée! Après dîner, nous voulûmes faire encore une course. Nous revîmes le Forum et le Colisée. La nuit était sereine, le silence profond. Tout à coup, un vaillant chœur de voix italiennes s'éleva des ruines du Temple de la Paix. Nous nous arrêtâmes sur la voie Sacrée, entre l'arc de Titus et l'église de Sainte-Françoise-Romaine. Tout était doux et beau comme la douce et belle nuit.

Nulle autre ville ne peut être si belle. Ni le ciel, ni les monuments, ni les arts, fussent-ils les mêmes, ne sauraient ailleurs avoir le même accent. Cette terre a un arôme qui lui est propre. On y respire l'histoire telle que Dieu l'a écrite, avec ses conclusions applicables à chacun de nous. Il s'en élève des pensées qui ne sont que là.

Sa beauté n'est pas bourgeoise; mais n'est-il de beauté que bourgeoise ? Laissez-nous une ville dont les rues ne soient point tirées au cordeau; laisseznous des masures, des places irrégulières et des maisons qui se plantent à leur fantaisie. Dans les grandes rues larges et droites, point d'abri pour les madones, point de retraite pour les oiseaux.

i64 LE PARFUM DE ROME

Il n'y a point de façades de cent fenêtres, pas même celles des sacro-saintes casernes, aussi aimables à contempler que le palmier qui ombrage le mur lézardé du couvent des Maronites à San- Pietro in vincoli. Le boulevard de Sébastopol est très admirable, mais dans les environs de Monte- Cavallo, sur les rues tortueuses et solitaires, pendent les fruits d'or de l'oranger.

Comment croire que le monde laisse quelqu'un prendre Rome et souffre qu'elle ne soit plus à tout le monde? C'est le bien catholique, la terre de famille qui ne peut tomber dans les partages. Nos pères ont fourni leurs tributs aux monuments de Rome païenne; nous l'avons rachetée du sang de nos martyrs; de nouvelles offrandes ont élevé ses monuments nouveaux; tout l'univers lui a donné des Papes, des défenseurs, des artistes; elle est à nous.

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