EN CARAVANE
Monsignore Pietro Paolo est le doyen et l'exemple de ces Gallo-Romains qui, sans abjurer la France, se sont aperçus que Rome était leur vraie patrie. Depuis tout à l'heure quarante ans, il étudie Rome, la relit, l'explique. Il a l'œil qui comprend ces merveilles, le cœur qui les aime ; il jouit du bonheur de les faire aimer.
Rome lui rend bien ce qu'il lui donne. Elle lui a conservé la vigueur, la jeunesse, l'enthousiasme; chose plus étonnante, elle lui a conservé son français. Tout le monde en France n'a pas le don du français. Lui l'avait reçu d'une qualité forte et exquise; il n'en a rien perdu. Il goûte Corneille, Bossuet, Molière, La Fontaine, madame de Se vigne. Il cause avec ses maîtres, il se souvient de la conversation; ils lui ont dit telle chose hier, ce matin, l'autre jour.
Rome lui a donné le latin. Il sait faire une
inscription. J'ai ouï dire que ce n'est pas peu de
chose ! Dans Rome même, les écrivains lapidaires
sont comptés. Plus grand, sans être considérable,
est le nombre des juges. Lorsque ces dégustateurs attrapent quelque latinage nouvellement confectionné en Gaule, par les mains ou sous les ailes de l'Institut, ils rient comme on riait dans l'Olympe.
Monsignore Agostino est un amant passionné de l'armée française. Cette élection de Dieu, qui crée le prêtre, l'a jeté dans le sacerdoce; il le fallait bien! Qu'aurait-il fait s'il n'eût été prêtre? Où aurait-il porté la simplesse et la charité de cœur, l'ardeur de combattre et de ne pas blesser, le besoin de donner Dieu et de se donner lui-même, qui le poussent en avant, dans une joie perpétuelle ? Comment aurait-il vécu sans joie, et que serait devenue au milieu du monde la source pure de sa joie? Il a donc été prêtre ; il ne pouvait être autre chose.
Mais dans ce prêtre il y avait du soldat, et un peu plus que la mesure commune. Il s'est arrangé pour être soldat. Il s'est précipité dans un hôpital militaire. Là, il a trouvé ce qu'il cherchait: les discussions, le combat, les conquêtes, le francparler. Que ses soldats sont mignons! Quelles bonnes petites âmes, ingénues, pacifiques, cordiales! Il en raffole; et pourtant il place une chose audessus de l'armée française: c'est Rome. Pour contenter à la fois ses deux flammes, monsignore Agostino fait sa principale récréation d'enseigner Rome aux soldats.
Don Luigi était chasseur de Vincennes, sergent et protestant. La miséricorde divine lui envoya une bonne fièvre qui le mit dans l'hôpital de monsignore Agostino. Ils causèrent. Au bout de fort peu de jours, le prêtre dit au soldat: « —