‹ Le parfum des îles BorroméesChapitre 18 sur 53 · ELLE LAISSAIT ALLEK SA TETE CONTRE LE DOSSIER DE JONC · texte numérisé non relu

ELLE LAISSAIT ALLEK SA TETE CONTRE LE DOSSIER DE JONC

famille. C'était la maison où elle était née, où ils s'étaient connus, où ils avaient joué, enfants, où ils s'étaient promis pour la vie. Cette maison était située sur la pente de Fiesole, et les murs y étaient encore garnis de très anciennes peintures. Luisa revoyait par la pensée les jeunes seigneurs et les dames de couleurs passées qui l'avaient regardée grandir, impassibles, dans leur belle contenance, et qui étaient aussi pour elle des amis.

M. Belvidera l'avertissait précisément

interrompant sa rêverie, elle ouvrait de grands yeux égarés, et la réalité la stupéfiait. Était-ce à elle qu'il écrivait, lui, sur ce ton simple et confiant? Était-ce à elle que l'on racontait ces petits détails ? Jamais ces vieux murs, ces fresques, et les plus menus objets de la maison ou du jardin ne lui avaient paru si vénérables , si sacrés.

Ah ! la jolie villa ! Quelle paix, le long des chaudes journées ! et quelles délices, le soir venu ! On entend ronfler le tram-

way électrique de Fiesole ; Andréa revient de la ville ; elle le guette de la terrasse ; elle l'aperçoit sur la plate-forme ; il agite son mouchoir ; sa tête aimée paraît au-dessus des murs garnis de roses ; le train monte et décrit une courbe en ronflant plus fort ; puis un arrêt, une grille ouverte et refermée : il est là ; il lui apporte quelque surprise amoureuse et la franchise de ses baisers. On dîne, et l'on va, côte à côte, sous la loggia, voir tomber entre les sveltes pyramides des cyprès, le soleil tout au fond de la grande plaine de Florence. Et c'est la petite Luisa qui, de sa chambre, les appelle pour leur adresser des « bonsoirs » de ses deux petites mains appuyées sur sa bouche...

Ah çà ! personne ne va donc l'interrompre ! C'est un fait exprès : il ne passe ce matin sous le hall que des figures étrangères, des gens arrivés d'hier. Et elle pense, elle rçense, la malheureuse femme !

On a beau faire ; ce qui est ne cesse jamais tout à fait d'être. Elle le sent bien, sous son front, là, dans un petit endroit où il lui semble que toute sa mémoire est logée. C'est un point, une petite bille, une balle de plomb, et qui pèse. Jamais cette bille ne se déplacera.

Elle fronce les sourcils avec colère elle secoue la tête. Tout son cerveau s'ébranle ; en un seul point quelque chose reste fixe, et on dirait que tout pivote autour : la bille.

Elle ferme encore les yeux ; elle pense à mille petits frissons, à la volupté du vertige. Tout d'un coup la tête vous iourne et on se jette ; on pousse un cri; Mais c'est fait !

Enfin ! voici quelqu'un.

C'est Ghislaine.

La jeune fille a une gracieuse toilette mauve qui s'allie avec bonheur au blond tendre de ses cheveux. Sa taille a la souplesse d'un jonc que l'air fait ployer. La voir marcher vous donne de la fraîcheur. Elle est quelquefois joyeuse comme une enfant ; quelqu'un lui a dit un jour qu'elle était plus jeune que la petite Luisa, s~xi amie. D'autres fois un chagrin se devine

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en elle, c'en est l'ombre qui court en cercle autour de ses yeux purs. Madame Belvidera se sent soulevée, attirée vers elle. Ah! Dieu! embrasser cette jeune fille et parler d'enfantillages !

Elle a fait un mouvement vers Ghislaine ; elle a failli lui tendre les mains. Mais Ghislaine, passe, elle est passée !...

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