TRADUCTION
Alors par un autre Bhiksu ce vers lui «lit :
Les râla dans ce jardin d'arbres excellents extrêmement beau Sur le maître entré dans le Nirvana, ont fait une abondante offrande avec
[des fleurs.
Aussitôt après que le Buddha l'ut entré dans le .Nirvana, par r.akra. le roi des dieux, ce vers fut dit :
Oh! les composés sont impermanents.
Étant nés, ils ont pour loi de se détruire.
Après leur naissance, Us vont à la destruction ; Quand ils sont à peu près pacifies, c'est le bonheui
Aussitôt après <pie le Buddha fut entré dans le Nirvana, par Brahma, le maître «le l'univers, ce vers fut dit :
Par toutes les créatures en ce monde, il y aura rejet final de l'aecumu- Là où celui qui n'a point de pareil au monde, [lation.
Le Tathâgata qui a atteint les dix forces, qui a l'œil, Le Maître, pourtant tel, est entré dans le Nirvana.
Aussitôt après que le Buddha fut entré dans le Nirvana intégral, par l'âyusmat Anuruddha ces vers furent dits :
Lui qui par un cœur immuable faisait la protection.
Qui était arrivé à la paix inébranlable ,
En arrêtant le souffle expiré et inspiré .
Lui qui a l'œil, il est entré au Nirvana intégral.
Lui qui possédait toutes les espèces excellentes (sarvakarava- Lorsque le Maître a fait son terri | (ropotah
Alors il y a eu panique intense, Alors le poil aussi s'est dressé.
Avec un cœur- sans défaillance, Demeurant en dehors des [>erceptions Son cœur bien délivré .
Tout comme une lampe, il est éteint.
Stances d'Ananda.
Le conducteur excellent possédant un corps précieux,
Ayant de grandes magies , est allé au monde de Brahma.
Sur le corps du Buddha les cinq cents paires de cotonnade el [tentent
Les costumes religieux au nombre d'un millier l'enveloppaient eomplé-
Par un flamboiement intérieur le corps est échauffé (tapyate) Il est brûlé complètement sur toute sa surface. Sur lui, deux costumes ne sont pas brûlés. L'intérieur et l'extérieur, celui-ci second.
(,) L» confusion est constante entre b et c et entre l et r.
De la comparaison de ces textes, il résulte que le Dnl-ra reproduit très exactement les élances de YAvadâna-Çaiaka. On ne constate un léger désaccord que dans les vers d'Ânanda. L;i version tibétaine rend assez fidèlement le sens de ceux-ci. mais en bouleversant l'ordre des pada. C'est ainsi que Je- troisième pâda de i'avant-dernière stance sanscrite est devenu en tibétain le deuxième pâda de la dernière stance. La comparaison de ces deux éléments de vers est d'ailleurs assez délicate en raison du mauvais état des manuscrits indiens, dont la lecture est sur ce point très incertaine. En somme, si on néglige cet unique pâda douteux, on doit admettre que les parties versifiées du Dnl-ra reproduisent très fidèlement le contenu des stances de YAvaddna. Les divergences que présente la version chinoise de Yi-tsing sont donc vraisemblablement imputables à la fantaisie du traducteur ou aux altérations du manuscrit qu'il utilisait.
Si l'identité des stances de YAvadâna-Çataka et du Vinaya des Mulasarvâstivâdin est maintenant démontrée, il n'en va pas de même du contexte en prose. Dans YAvadâna-Çataka, les gathà d'Anuruddba ne sont séparées de celles d'Ânanda que par une seule phrase, tandis que le Vinaya présente à cette place un développement de plusieurs pages. L'auteur de !' \radâna a-l-il résumé le Vinaya ou bien a-t-il reproduit un texte préexistant? Cette question ne peut être tranchée qu'en versant d'autres textes au débat.
Par une chance heureuse, les deux collections du Tsa-ahan-king $É PqJ fë M. n°us fournissent les nouveaux éléments de comparaison dont nous avons besoin. Ces deux recueils sont des traductions chinoises d'un Satnyukta-Âgama aujourd'hui disparu, qui correspondait dans l'ensemble au Samyuila- Nihâya pâli. L'un de ces ouvrages, \eTm-a-kan-king $| PrJ & M. (Nanjio, n° bhk), que nous appellerons en abrège SamyuLia I . fut traduit entre h 35 et hhZ par (îunabhadrn, un (Jramana
originaire de l'Inde cenlrale. L'autre, que nous appellerons Sami/ukta B, est le Pie-i-tm-a-lunt- l.itig #'J If H PSf ^ $2 (Nanjio, n° 566), traduit entre 35o et 63i par un inconnu.
Retrouver dans le Saqiyvkta chinois un texte du \ inmja des Mulasarvastivadin n'est pas une trouvaille complètement inattendue. M. Sylvain Lévi a déjà montré que les principaux ;iv;i(lana de la légende d'Açoka font partie à la fois de X \mkàvadàna, du Divyâvadâna et du Snini/uLtn traduit en chinois ". On a signalé également que ces trois ouvrages font allusion à un prétendu voyage que le Buddha aurait accompli peu de lemps avant sa fin dans les régions du Nord-Ouest de l'Inde('2). Les légendes relatives à Madhvantika ei à la conversion du Cachemire se retrouvent fort analogues dans le Vlnnt/a des Mulasarvastivadin et VAçohàcadâna^K J'espère aussi montrer ultérieurement que le récit du Premier Concile dans YAçoicâvadàna est très semblable au récit correspondant du Viitaya des Mulasarvastivadin et que, d'autre part, un chapitre important de YÂçokàvadàna sur l'avenir de la Loi bouddhique a été inséré sans grandes modifications dans le Smnytihta chinois. On entrevoit ainsi que ce dernier recueil, VÂçokSvadâm et le I >nnijn des Mûiasarvâstivàdîn forment une série d'ouvrages étroitement apparentés, rattachés les uns et les autres à la tradition de l'Ecole des Mulasarvastivadin. La comparaison des stances prononcées après le Parinirvàna du Buddha fournit un nouvel argument à l'appui do celte thèse. Nous donnons ci-après en regard la traduction des Sutra parallèles de Sumyuhta I et Samyukta B.
(l! Cf. Sylvain Lkvi, Les élément* de formation du Divyâvadâna, Voung Peu, 1907. p. 1 «8.
W Le Nord-Oueti de l'Inde dam le \ 'inaya des Mûlasan'astwâdin , J. As. . 191 4, II, p. /19.5 et suiv., p. 538 et 558.
M Ibid., p. 5i8 à 537 et p. 538 à 555.
M. pnZYLi'Ski. 3
S&HYOITâ A(,).
(Extrait du Samyukta- Affama , XIII , A , p. 59*, col. 1.)
C'est ainsi que j'ai entendu.
Une fois, le Buddha se trouvait dans le royaume de Kuçînagara .
au berceau des Malla(î>, dans le bois fies arbres râla jumeaux. En ce temps-là, le Bbagavat était près du Parinirvâna. 11 dit au Vénérable Ananda : "Entre les arbres cala jumeaux, dispose une couche l , tête au Nord. Aujourd'hui, au milieu de la nuit, le Tathâgata entrera dans le Parinirvâua . dans le Nirvana sans résidu.* Alors le Vénérable Ananda reçut les ordres de l'Honoré du Monde. Entre les arbres çâla jumeaux, il disposa, pour l'Honoré du Monde, une courbe.
tête au INord. Alors l'Honoré du Monde se rendit auprès de la couche etse coucha, le côlé droit contre terre, la tète dans la direction du Nord.
un pied sur l'autre, les pensées fortement enchaînées , la conscience en pleine clarté (4).
Swni'kTA B<'>.
(Kxlriiit du Samyukta- Affama, Xlil, 1, ,,. :i7\ col. '..)
C'est ainsi qne j'ai entendu. Une
fois, le iiuddha se trouvait a Kuçinagara, au berceau des \lalla dans le bois des çâla. Alors, pour
le Tatliâgata le temps du Nirvana ('■lait venu. H dit à Ananda : -Il faut qne pour moi entre 1rs arbres jumeaux tu disposes une couche tête au Nord.- Mois Ananda. avant reçu les ordres du Ihnldha. entre les arbres jumeaux disposa une COUche, lèle au Nord, \\aut disposé cette rouche t il revint auprès du Buddha. Avec le sommet de la tète, il adora les pieds «lu Buddha, B assit en face de lui et lui dit :
itOhl Honoré du Monde! entre les arbres jumeaux j'ai disposé une courbe, lèle au Nord. Ce «pic j'avais à faire est terminé.! Alors l'Honoré du Monde se leva de son siège, se rendit à la courbe des arbres jumeaux et Se courba, la tête dans la direction du Nord, sur le côté droit.
U) Pour Samyukta A, cf. Avadâna- Çataka , n° 100; pour Samyukta I!, cf. Avadâna-Çataka , n° '10.
W Le mot itparartana, que le sanscrit emploie à propos deîf Malla, est donné par les dictionnaires sanscrits (<l. Amara, II. 1. s coûtons le simple synonyme de dopa et viçaya itpays, domaine». Le chinois semble préciser. Les deux versions du Samyukta rendent te mot par ^ j^ , qui est littéralement l'équivalent de jaimm bhîimi '«f terre de naissance".
W Le sanscrit donne monoo, c'est-à-dire <r plate-forme ». Samyukta A donne
j^| fifc, c'est-à-dire -une couche mâmatin. Samwikla H dit £]
W Les deux versions chinoises continuent la lecture des manuscrils sans crita : âlnkasamjni , que les éditeurs de V Antilaiiii-Çatoka étaient tentés d'écar-
Kn de lemps-h. l'Honore du Monde, au milieu de la nuit, entra flans le Parinirvâna. dans le Nirvana sans résidu. Quand il fut entré dans li1 Parinirvâna, les arbres râla jumeaux se couvrirent aussitôt de fleurs et de tous cotés s'abaissèrent pour rendre hommage à l'Honoré du Monde.
Alors il y eut un certain Bhiksu qui prononça cette gâthâ :
Les arbres fermes et excellent-
Ont abaissé leurs brandies pour adorer
[le Buddba.
Leurs fleurs merveilleuses, ils en ont
[ fait don
Au grand maitre qui e>t entré au
[Parinirvâna.
un pied sur l'autre, les pensées fortement enchaînées. I;i confidence) en pleine clarté : . Suscitant dans sou esprit l'illumination, il commença par produire la conscience du Nirvana *\ En ce temps-là, dans le royaume de Kuçinagara, il v avait un Brahmane nommé Subhadra ^ J$ p*£ 3>. . .
. . .Subhadra entra alors dan- I»' Nirvana el le Tathâgata entra ensuite dans le Nirvana'**.
Alors dans la multitude, il \ <ul un Bhiksu qui prononça cette gâthâ :
Les deux arbres, quand il entra au
[Nirvana ,
Leurs branches étendues de tout côté
S'alwissèrent et firent pleuvoir leurs
fleurs.
Les jetant à profusion au-dessus du
[Buddha.
Ce pourquoi ils firent pleuvoir leurs
fleurs,
ter comme «n'admettant pas d'interprétation plausibles. Avadâna-Çalaka , 1, p. a a 8 , note î .
W Voir page 4q8, note 4.
(,) Cette pbrase fait défaut dans Samyukta A.
(î) Samyukta B intercale ici l'épisode de Subhadra , qui fait complètement défaut dans Samyukta A. Cet épisode e4 identique au texte sanscrit du Subhadra Avadâna ( Avadâna - Çataka , n° Uo , depuis I. p. ié"], jusqu'à I, p. »34, I. 7).
(4) D'après ce récit, contrairement à d'autres versions, Subhadra serait donc entré dans le Nirvana un peu avant le Buddha Çàkyamuni.
+*( âo j**~-
r.ooj
Alors, à cette occasion, Çakrndevendra prononça celte gâthâ :
Tous les composés sont împermanents;
Ils sont tous soumi9 à la loi do la production cl de la destruction; Bien que produits, ils sonl aussitôt [détruits.
Le Nirvana , c'est le bonheur.
Alors le Seigneur du inonde de Sap'o ^ ^ (Salmmpati), Brahma, roi des deva, prononça en outre cette gâthâ :
Dans le monde, tous les êtres vivants Devront rejeter ce qui était dressé Puisqu'un maître si grand et si saint Qui n'a pas son pareil dans le monde, Qui a obtenu la force d'un Tatbâgata Et qui est l'oeil du monde, A fini par s'anéantir, Et est entré dans le Nirvana sans reste.
Alors Anuruddha prononça en outre ces gâthâ :
Il a cessé d'aspirer et d'expirer, Lui le Bienfaisant au cœur ferme.
Venu de son séjour antérieur Dans ce monde, il est entré au Pari-
Une grande frayeur s'est propagée
En sorte que sur le corps des hommes
[le poil s'est dressé
(Quand.) complètement doué de toute
[puissance de pratique O,
C'est parce que le Buddha était entré [au Nirvana.
Alors Çakiadevendra prononça en outre celle gâlliâ :
Les composés sont impormanonts.
Ils sont soumis à la loi de la proéac-
[lion et de la destruction.
La suppression de la production et de
[la destruction.
(l'est ce qu'on appelle le Nirvana.
Alors Brahma, le deva souverain, prononça en outre celte gâthâ :
Dans le monde, toutes les catégories
[d'êtres vivants
Devront rejeter le corps et rentrer dans
[l'extinction finale,
Puisque maintenant l'Honorable grand
[et saint
Qui possède au complet les dix !■
L'Honoré du Monde qui n'a pas son
[pareil Maintenant est entré au Nirvana.
Alors le Vénérable Anuruddha prononça en outre ces gâthâ :
Le Seigneur de la Loi , son esprit s'est
[arrêté.
Il a cessé d'aspirer et d'expirer.
Ce qu'un Tathâgata réalise
Comme puissance de pratique (caryaba-
lam)('',iH'a entièrement parachevé.
Maintenant, il est entré au Nirvana.
Son cœur, exempt de crainte.
A entièrement rejelé les attachements \insi, quand l'huile est épaiséo, la | lampe s'éteint.
(,) ff ~f] caryàbalam, c'est la septième des dix forces d'un Buddha. Mahâvyutpalti , S a6, n" 7.
iOl]
Le grand maître est entré au Pari- [ nirvana.
Son esprit n'était pas paresseux ni
[lent,
Et il ne restait pas dans les affections;
Son esprit, imbu de la Loi, est délivré,
De même qu'un feu s'éteint, faute de
[combustible.
Sept jours après le Nirvana du Tathâgata, le Vénérable Ananda se rendit auprès du caitya el prononça ces gâthâ :
Le Guide, avec ce joyau de corps,
Etait monté vers le dieu Brabma.
Lui cjui était doué d'une si grande
[force surnaturel 1< >.
I i) feu intérieur faisant retour sur lui-
[ [ même a consumé son corps.
Les cinq cents pièces de cotonnade qui [enveloppaient son corps Ont été complètement brûlées et anéanties.
Mille vêtements de coton fin Revêtaient le corps du Tathâgata Deux seulement n'ont pas été brûlés :
Celui du dehors et celui qui était au [contact du corps.
S'étant éteint, il est entré au Nirvana. Son esprit a obtenu la délivrance.
Alors la multitude ayant vu cela , Le poil de leur corps à tous se dressa ' .
Sept jours après l'entrée du Buddha au Nirvana, Ananda lit un pradaksina vers la droite autour du Tathâgata incinéré et prononça ces gâthâ :
Le Grand Miséricordieux *-, l'Ho.ioré [du Monde de Brahma W Dont le corps égalait les matières pré- [cieuses authentiques et pures Kt qui avait la force des grandes pénétrations surnaturelles, Par le feu qui jaillit, il a lui-même [consumé ce corps.
A vec mille étoffes de coton , on enve-
[ loppa son corps :
Deux (seulement), l'intérieure et l'ex-
[térieure, ne furent pas consumée-.
Tout d'abord une constatation s'impose. Snmyukln 1 est très voisin du texte de VAvadàna-Çataka et du Dul-va, tandis
(1) La fin de cette stance est séparée du début et confondue avec le texte en prose dans l'édition de Tôkyô. C'est manifestement une erreur, imputable soit au traducteur chinois, soit aux éditeurs.
Le traducteur a lu ou cru lire: tâyaka rsauveur- . au lieu de nàyaka ffguide» que donnent les autres textes.
(*' Le traducteur a lu : bikabhagavan au lieu de lukam agaman. La confusion du mm et du film est un fait courant et presque inévitable.
que Satpyukta B s'en écarte sensiblement. II est probable qw le premier traducteur qui lit connaître eu Chine cet igama n'était pas aussi capable que l'Hindou Gunabhadra de critiquer son texte et de retrouver les meilleures leçons. Il p as) pai douteux que le traducteur inconnu de Satftvukta II ;iit fait plusieurs contre-sens graves.
Si on écarte ce dernier texte et la version chinoise de ^ i-teing qui n'offrent pas des garanties suffisantes d'exactitude, il ne reste en définitive que trois fragments à peu près identiques dans leurs parties versifiées et appartenant probablement tous à l'école des Mularsavàstivâdin : le début du centième conte de WXradàiia-Çaldha , le Nirvâna-Sutra de Saijiyuktn A et le passage correspondant du Dul-va.
De ces trois textes, les deux premiers sont identiques tant dans les stances que dans les parties en prose. Pour achever de le démontrer, nous donnons ci-après en regard la braduclion des premières lignes de l'Âvadâna «Samgïtin et du \irvàna-Sûtra de Samyuhta A.
Samgïti.
(Avadiuui-ÇntaLa, X, 10; tract. Fekii.
Ann. du Musée Guimct, XVIII, p. /i3o.)
Le bienheureux Buddha. . . résidait à Kuçinagara. dans le voisi nage des Mallas. dans te petit liois formé par une paire d'arbres sala.
Alors, à ce moment, qui était le temps du Nirvana complet , liliagavat s'adressa à l'Ayusmat \nanda :
-inanda, lui dit-il, prépare pour le Talhàgata, entre les deux salas formant la paire, un lit qui ait la tète au Nord. \ujotird'bui , dans la veille du milieu de la nuit, aura lieu le Nirvana complet du Talhàgata dans l'élément du Nirvana, où
S\mvi:kta A.
(Extrait du Saiftyuita Agamti,
xtii, '1, i>. rxj*, coi. 1.)
C'est ainsi que j'ai entendu. Une lois, le Buddha se trouvai! dans le
royaume 4$ kuçinagara. au berceau des Malla, dans le bois des arbres cala jumeaux. EJn ce temps-là, te Hliagaval était près du Parinirvâna. Il dit au Vénérable lnanda:
ir Entre les arbres cala jumeaux, dispose une pouchç, l.'-le ,111 Nord, aujourd'hui, au milieu de la nuit.
le T;itlia;;ala entrera dans le Parinirvana, dans le Nirvana MM sidu. Alors le Vénérable Auanda reçut les ordres de PHoDOfé du
il n'y a aucun reste dTpadhi.-
-••ni. vénérable*, répondit I
mal Inanda; et, conformément
aux ordres de Bhagavat. il prépara, entre les deux arbres salas formant la paire, un lit qui avait la tête au Nord: après quoi, se dirigeant vers le lieu où était Bhagavat. quand il y fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat , puis se tint à une petite distance. Se tenant à une petite distance. l'Ayusraat Ananda parla ainsi à Bhagavat : <r Vénérable, le lit du Tathàgata est prêt, il est placé entre les deux arbres salas formant la paire: il a la tête au Nord.*
Alors Bhagavat se rendit au lieu mi était le lit: quand il \ fut arrivé, •ouelia sot le coté droit, plaçant hjen ses pieds l'un contre l'autre, se rappelant la notion intime de la lumière | intellectuelle) , mblant toute sa science, fixant uniquement dans son esprit la notion intime du Nirvana. Là. pendant la nuit, a la veille du milieu, Bhagavat obtint son Nirvana complet dans l'élément du Nirvana, où il n'y a aucun reste d'I padhi.
Aussitôt que le bienheureux Buddha fut entre dans le Nirvana complet, à cet instant même, des météores ignés tombèrent du ciel, les tambours des dieux retentirent dans les airs.
Aussitôt (pie le bienheureux Buddha fut entré dans le Nirvana complet, les deux <àlas. les meil-
Monde. Kntiv les arbres çâla jumeaux, il disposa pour l'Honoivdu Monde une couche, tête au Nord.
Alors l'Honoré du Mondrendit auprès de la c«>u.lie e coucha, le côté droit contre t la tête dans la direction du Nord, un pied sur l'autre, les pensées fortement enchaînées, la conscience en pleiue clarté.
En ce temps-là, l'Honoré du Monda, au nùlieu de la nuit, entra dans le Parinirvâna, dans le Nirvana sans résidu. Quand il fut entré dans le Parinirvâna. les arbres çâla jumeaux se couvrirent aussitôt de fleurs et de tous côtés s'abaissèrent pour rendre hommage à l'Honoré du Monde.
leurs des arbres qui conslituaienl le bouquet (d'arbres) formant la paire, [s'inclinèrent) et couvrirent de fleurs de sala la couche de lion du Tatbâgata.
Les compilateurs de YAvadàna-Çataka et de Sam // ///. tu 1 ont évidemment reproduit la même source (,), c'est-à-dire un I*;i rinirvâna-SuIra fort court, principalement composé de gàtbâ sobrement encadrées dans quelques lignes de prose.
Quant aux fragments que nous avons extraits du Vmaya des Mulasarvâstivâdin , ils font partie d'un Parinirvana-Sutra beaucoup plus étendu, qui a été incorporé en entier dans ce I liiai/a et qui relate les divers épisodes du dernier voyage du Buddha. Après l'arrivée du Maître au bosquet des cala, se place la conversion de Subhadra. Puis viennent les stances du Bhiksu, de Çakra, de Brahma et d'Anuruddha. Celui-ci s'entretient ensuite avec Ananda. Les préparatifs des funérailles sont minutieusement décrits, ainsi que le voyage de Mahâkâçyapa vers la cité deKuça. Le bûcher s'enflamme après l'arrivée de ce dernier et c'est seulement ensuite qu'Ananda prononce ses deux stances. Après quoi, le partage des reliques est raconté en détail. Si on confronte ce long sûtra avec le Waliâ parinibhâna-Sulta , on constate que les deux récits suivent une marche parallèle, sont construits sur le même plan et présentent à peu près les mêmes développements en prose.
(1* Le fait que les compilateurs de VAvodâna-Çataka ei du Sumyiiktu chinois utilisaient les mêmes sources ne ressort pas Béatement de la cuniparaw.ni de l'Avadàna rrSani{jiLin et du Nirvaua-Sûtra de Sainyakia I: la même cniiclusion s'impose h on confronte le ho' conle de VAvadàna-Çataka et la Nirv$na-Sûtra de Samyukta II. Ce dernier sûtra se retrouve en effet presque complètement (sauf les stances prononcées après le Nirvana du Buddha) au dëbul de IWvadana tSuboadra» (Av.-Ç.at., n° 60). De même que le Ninana-Sutra de Samyukta A a servi d'introduction à la légende de Sundara ( \v.-Ç.al. . n° 100), le iNirvâna-Sutra de Samyukta II constitue la première partie du /jn" récit de YAvadâua-Çulaka,
Il est probable que le Nirvâna-Sûtra inséré dans le Vinaya des Mûlasarvâstivàdin avant le réi it du Premier Concile faisait partie du Dïrgha-Agama des Mûlasarvâstivàdin. De même, dans le 1 maya pâli, le récit du Premier Concile est précédé d'un fragment du Mahâparmibbâna-Sulla extrait du Dïglta-.Mkâya.
Les récits des Conciles relatant des événements postérieurs a < akyamuni ne pouvaient prétendre d'eux-mêmes à la haute autorité qui s'attachait aux Sûtra. Par un détour assez habile, on leur conféra en quelque sorte une authenticité factice en h-s fiisant précéder d'un Sutra ou d'un fragment de Sûtra. Les 5 racontant la lin du Maître furent naturellement désignés pour servir de lien et de transition entre les écrits reproduisant la parole du Buddha et les chroniques des premiers siècles de l'Eglise. C'est pourquoi nous trouvons au début des récits du Premier Concile des fragments de Parinirvàna- Sûtra. C'est aussi pour la même raison que l'Avadâna nie Concile» est précédé d'un fragment du court \irvâna-Sûtra qui nous a été conservé dans le Samyukla chinois.
En somme, le canon des Mûlasarvâstivàdin contenait vraisemblablement deux Parinirvàna- Sûtra : l'un, très concis, presque entièrement composé de gâthâ, a servi d'introduction à l'Avadâna -le Concile v et se retrouve encore intégralenit-nt dans le SantyuLla chinois; l'autre, beaucoup plus étendu, comprenant de longs développements en prose, devait être inséré dans le Dïrgha- Agama des Mûlasarvâstivàdin et se retrouve encore en entier dans le Mnaya de cette secte où il est suivi du récit du Premier Concile.
La plupart des stances du centième récit de ÏAvadâua- Çmtnka se retrouvent dans des ouvrages écrits en pâli et faisant partie du Canon de la secte des Sthavira. A ce nouveau groupe
de textes appartiennent deux suiia de longueur fort inégale : l'un, trèl court, inséré dans le Samyntta-Mhïya ; l'autre, li-
MalwpariitibbâiKt-Suthi , compris dans le Ihj'Jia-Mknya. Pour faciliter la comparaison avec L'Avadana sanscrit, on a transcrit ri-après les stances pâlies original.
Samyctta-Nikâya.
(Sqgâtha vagga, I, p. i58.)
Parinibbute Bbagavati salia parinibbânâ Brahmâ Sahampati imam gâthnni abhâsi :
Sabbeva nikkhipissanti bhûlâ loke samussayam yâthâ etâdiso satthâ loke appalipuggalo Tatliâgato balappatto sambuddho parinibbuto li
Parinibbute Bbagavati saba parinibbânâ Sakko devânam indu imam galba m abhâsi :
Aniccâ vata sankhàrâ uppâdavayadhamraino uppajjilvâ iniujjhanli lésa m uipasamo suklio ti
Parinibbute Bbagavati saba parinibbânâ âyasmâ Anando imam gatham aliliasi :
Tadâsi yara bhimsanakam tadâsi lomahamsanam sabbâkâravarûpele sambuddhe parinibbute ti
Parinibbute Bbagavati saba parinibbânâ âvasinâ Anuniddlio imâ gâthâyo abhâsi :
Nâbu assâsapassâso thitacittassa lâtlino
ant'jo santim ârabbha rakklmma parinibbuto Vsailiiwna cillena vedauam ajjhavasayi pajjolasseva nibbânam vimokklin retaso aliu li
DïGHA-NltÂYA.
(Mahàparinibbana-Suttanta , II, p. 167.)
Parinibbute Bbagavati saba parinibbânâ Brahmâ Sabampati imam
;;,itliaiu ahhaM :
Sabbeva nikkhipissanti bbûlâ loke samussayam yathâ etâdiso satthâ loke appalipuggalo Tathugato balappatto sambuddho pariaibbuio li
Parinibbute Bhagavati saha parinibbânâ SakLo devânam indu imam gâtham abhâsi :
Aniceà vata sinikhârâ uppâdavavadhammino uppajjitvâ nirujjhanti tesaiu vùpasamo sukho ti
Parinibbute Bhagavati saha parinibbânâ âyasmà Anuruddho imâ gâthâyo abhâsi :
Nàhu assâsapassâso thitacittasa tâdino anejo santirn ârabbha yam kâlam akarï muni A>aliïnena cittena vedanam ajjhavâsayi pajjotasseva uibbânam vimokkho cetaso ahû ti
Parinibbute Bhagavati saha parinibbânâ âyasraâ Anando imam gâtham abhâsi :
Tadâsi yam bhimsanakam tadâsi lomahamsanam sabbâkâravarûpete sambuddhe parinibbute ti
A ne considérer que la lettre et non la disposition des stances. bjs variantes sont peu importante. Dana la stan Brahma, Digha et Samyutta donnent la leçon Tathàgato halapfuitio à laquelle convspond. dam \i<"lâna-Çataka , Tathâgatabalaprâptah ' .
Le quatrième pâda de la première slance d'Anuruddha est différent dans Digha i>t dans Samyutta. K la leçon : yam kâlam fkari muni du Digha. correspond dans Samyutta : cakkhumâ ibbuto. dette dernière leçon semble devoir être préférée1*2. Kllr est d'accord avec te sanscrit : caksusmàn parinirrrlah confirmé lui même par Dul-va.
Dans la distribution des stances, les différences sont beaucoup plus sensibles. La stance d'Ananda, qui dans Digha vient ■près celles d'Anuruddha. est placée avant celles-ci dans
f. Speter, Buddhat Tudeijahr nack dem Aradènaçalaka , '£. I). M. (i..
Lllf. p. 139.
'est l'avis de Speyer; mais, d'après ( ddfiiberg , le cas serait douteux. Cf. H. Oldbnbbbg. Studiên zur detchickle de* buddkitùn vken kiiuou . \achriiktrit der K. Uetelltckaft der Win. zu Gôltwgeu t îuia). p. 170.
Sanu/tttta. On remarquera d'ailleurs que la gtance d'Anauda dans les deux Nikâya palis n'est autre que la deuxième gâlhâ d'Anuruddlia dans Y Armlâna-Çalakn. Tout se présente donc conmiesi la deuxième stance d'Anuruddha de l'original sanscrit avait été placée au premier rang par les rédacteurs du SunnjuUii et au troisième rang parles rédacteurs du Dlgha. C'est ce que montre clairement le tableau de correspondance suivant :
I. tadasi yam bhinisanakain tadasi lomahamsanam sabbâkàravarûpete sambuddhe parinibhute ti
II. nâhu assiisapassâso thitarittasa tâdino anejo santim ârabbha cakkliiuiia parinibbuto
III. asallïnena cittena vedanam ajjhavâsayi pajotasseva nibbanam vimokkho celaso abù ti
AVADi!U-</ATAKA.
stbitâ açvâsapraçvâsâ slhiracitlasya tayinah anijyâm çântim âgamya caksusmân parinirvrtah
tadabhavad bhïsanakam tadabhûd romaharsanain sarvâkârabalopetah çâstâ kâlam yadàkarot '
asamlinena cittena vedanâm adhivâsayan pradyotasyeva nirvànam vimoksas lasya cetasa ili
nanti BMiwpii tliitacillasji tâdino anejo santim ârabblia yam kalam akarï muni
asallînona cillena vedanam ajjha> asayi pajjotasseva nibbanam vimmokkbo cetaso alui (i
tadasi \am uliiiiisanakain tadasi lomahamsanam sabbâkàravarûpete sambuddbe parinibbule ti
Il est également à noter que, dans les deux rédactions pâlies , Brahma parle avant Çakra, tandis que l'ordre inverse est suivi dans les textes des Mûlasarvàstivàdin.
Enfin, différence essentielle, la stance du Bhiksu anonyme et les deux gâtha prononcées par Ananda devant le bûcher du Buddha font complètement défaut dans Sonn/uttn et Dlgha.
On peut encore rattacher aux textes écrits en pâli un ouvrage dont l'original est perdu mais dont on possède une v.r-
C Si, dans la colonne iYAtad-Çalal.a , on fait permuter le h* pada de la stance i et le 4" pâda de ta stance t, on obtient, comme l'a signalé Speyer, la stance i du Ditfha.
W Les stances d'Anuruddha et d'Ananda se retrouvent encore dan* le recueil pâli de* Thi-rn-dathtt, Les stances j sont identiques à celles du SfMjNffa Nikdy*t
sion chinoise : le ^ |£ ÎS H ^ Ta-pan-mr-pan-liing I Nanjio, n° i 18), traduit par Fa-hien entre 3i~ et 4-jo.
Cél autre Maliàparinihbâna-Sutla est 1res semblable à celui du Ihgha pâli. Il n'en est sur bien des points que la copie ou la paraphrase. Toutefois, dans le Ta-pan-m'e-paii-h-mg, est intégralement inséré le texte d'un autre Suttapali: le Mahâsudassana-Suttanta , dont le début seulement se retrouve dans le Mahâparinibbâna. La légende du roi Sudassana est encore racontée dans plusieurs Nirvana-Sûtra dont nous aurons à nous occuper par la suite. Elle doit être considérée comme faisant partie en principe du Mahâparinibbâna. C'est sans doute à cause de son étendue que les compilateurs du Dïgha pâli l'ont détachée de ce Sutta et l'ont classée à part.
Extrait dc Ta-pà\-me-p' t\-kiM..
(Triptt., éd. Tokyo, XII, 10, p. 33'.)
\tnrs te grand Brahma, te roi des deva. prononça ces gâthâ :
Dans le passé et l'avenir
Ainsi que dans le temps présent.
H n'y a pas d'être vivant
Qui n'aboutisse à l'im permanence.
Le Tathâgata iui-mème, qui est supérieur aux deva et aux hommes Et dont le corps de diamant est ferme et solide. N'a pas échappé à l'impermanence.
A plus forte raison (en est-il de même 1 des autres hommes.
Tous les êtres vivants Aiment, épargnent et protègent le corps. Ou emlwume les restes 1 humains ) avec des aromates et des Heurs Sans savoir qu'ils seront nécessairement détruits.
Le corps couleur d'or du Talhâgala .
Les signes et les sous-signes l'ornaient. Après s'être uni à ce corps, il a dû aussi le rejeter. H a dû entrer dans le Parinirvâna.
Il était à jamais dégagé fies kleça; Il avait réalisé toutes les sortes de sage-
lu pourtant il ne put l'éviter. [dans 1rs Bons.
A plus forte rauoa (en est-il de même) des autre* Etres qui sont engages
Alors Çakradevendra prononça ces gâthâ :
Tout ce qui a une nature! de samskâra Ksi réellement soumis à la loi de la production et de la destruction'1' : Le plus noble des bipèdes Finit aussi par disparaître.
Les trois venins, comme un l'eu ardent. Consument sans cesse tous les êtres vivant-. Sans le grand Compatissant, ce nua;;v.
Oui pourrait produire la pluie qui les éteint ?
Alors Anuruddha |foj 'j£ |{| Sj-fc prononça ces gâtbâ :
Le Tathâgata, maintenant, Ses organes des sens ne sont plus ébranles. Son esprit, après s'être uni aux dlianna,
A quitté ce corps.
Paisible, il a mis fin à ses réflexions, Et il n'a plus d'impressions.
De même que, dans une lampe épuisée, la otarie s'éteint, Telle est l'extinction du Tathâgata.
Alors Ananda prononça ces gâthfi :
Soudain , la terre immense a tremblé.
Un vent furieux s'est levé des quatre (régions).
(1) Nous n'avons ici que les deux premiers pâda de la staiice prononcée par Çakra dans les autres textes. Cette stanrr m retrouve intégralement à mM autre place dans le Ta-pan-nie-p'an-kinfr , et elle >>t âlôri prononcée par le Buddha peu d'instants avant son entrée au l'arinirvana :
« . . .Alors le Tathâgata prononça celte stance :
Les samskâra sont impermanents,
La production et la destruction sont leur loi.
La production et la destruction étant supprimer-,
La Nirvana, c'est la félicité.*
v\ll, io, p. 33', col. 5.j
Les eaux de la mer ont été bouleversées :
Le Sumeru. ce joyau de montagne, a été ébranlé.
Les deva et les hommes ont été émus de pitié. Leurs larmes sont tombées, pareilles à une pluie. Tous ont eu une grande frayeur domine s'ils avaient été saisis par des elfes qui ne sont pas humains.
Et c'est parce que le Buddba est entré au Parinirvâna Que ces choses se sont produ
Il parait certain que fee fragment se rattache à la tradition
des Sthavira. La stance du Bhiksu anonyme et les <leu\ gatha
de la crémation v fout défaut comme dans les Snmifutt'i et Dlglm
palis. Brahma barle avant Çakra et l'or Ire des personnages
t le même que dans le Mnhâpnrinibbâxn-Suftn.
Toutefois le chant des dieux est beaucoup plu» développé que dans les textes précédents. Brahma récite cinq gâtha el dakra en pronom»- deux. Le contenu des stances ancienne» disparaît presque complètement sous le verbiage des amplifications tardives. Seules les paroles d'Anuruddha n'ont pas subi de modification profonde.
Si on écarte le Ta-p>in-n>f-p'<m-huig comme étant manilestement altéré, il ne reste, pour représenter la tradition des Sthavira. que le Sutta court englobé «lans le Sttntyutta-.Vkâuti et le Sutta plus étendu compris dans le Dxghn-Nikâyn.
iquèle que nous venons de poursuivre parmi les textesacrés de deux grand»- onduit à des résultats concordants. Dans le Canon des Sthavira ainsi que dans celui des Mulasarvâstivadin, nous avons discerné en dernière analyse deux Parinirrânn-Sûtni : l'un, très court, presque entièrement rédigé en v<t- Samijulc(<i A et S'imt/utUi pain, l'autre qui reproduit les stances du premier, mais en les encadrant dans
de longs développement! en prose [Vinmja des Mûlasarvàsti-
vadin et M/ihâparinibbânn-SiiKnj. Il s'agit maintenant de «'oiiiparcr ces quatre textes principaux en vue d'en expliquer lea différences et d'exposer les enseignements qui s'en dégagent
pour l'histoire de la tradition.
Les textes des raulasarvâstivâdin offrent Ions une suite <l<' huit stances. Dans les deux Sutta j)alis ce DOmbre est réduit à cinfj ; il y manque la première gathâ prononcée par un Bhiksu anonyme et les deux dernières attribuées à Ananda. La question se pose de savoir si ces trois gâthâ, existant dans les textes les plus anciens, ont été retranchées par les rédacteurs de l'Ecole des Sthavira ou si, au contraire, ces stances, de date relativement récente, ont été ajoutées tardivement dans \<> textes des Mfilasarvastivadin.
Le début de Sunn/ulda A fait défaut dans le Saniijulla pâli; mais on retrouve à peu près ce passage au commencement de la Ve partie du Maliâparinibbâna-Sutta. Dans ces deux textes. les faits sont d'abord presque identiques : le Buddha se rend au bois des çâla; il y fait préparer sa couche par \nanda. Puis les deux versions s'écartent sensiblement . I )ans Satjiyukta I . le Buddha s'éteint; c'est sur sa dépouille que les arbres çâla font tomber des fleurs hors de saison, et à cette occasion un Bhiksu prononce une stance qui glorifie les arbres cala et relate le miracle. Dans le Dlgha pâli, les fleurs hors de saison tombent sur le Buddha plusieurs heures avant son entrée au Nirvana. La stance du Bhiksu fait défaut; par contre, le Buddha déclare que lui présenter des offrandes n'est pas la meilleure façon de rendre hommage au Talhâgata. Il vaut mieux vivre en se conformant à la Loi que de prodiguer des offrandes.
La rédaction de Saqiyukta A parait être la plus ancienne. Le miracle des arbres cala se couvrant de fleurs hors de saison s'explique mieux au moment du Parinirvana que lorsque le Buddha arrive auprès de kucinagara. Dans le très court récit
|5I3| — tè{ 33 >**-
■nijukta A . le Parinirvâna est relaté immédiatement Mita l'arrivée du Buddha au bosquet des arbres râla ; ces événements successifs sont énoncés sans que la narration soit interrompue. Au contraire, dans le texte beaucoup plus développé du Lftgha pâli, une foule d'événements s'interposent entre l'armée du Buddha au bosquet des cala et son Parinirvâna.
au début de la Ve partie du Mahàpcrmibbâm SmHê qu'on voit \nanda préparer la couche du Maître, et l'entrée dans le Nirvana n'est racontée que dans la \T partie. Les compilateurs
Sutta avant mentionné le miracle des arbres çâla aussitôt après l'arrivée du Buddha dans le bosquet, la stancedu Bhiksu ne pouvait être maintenue à cette place . puisqu'elle fait allusion au Parinirvâna comme à un fait accompli :
yad avaklratâm puspaih çâstâram parinirvrtam.
Les rédacteurs du Mahàpavinihhâwi supprimèrent donc cette planée ' . En revanche, ils crurent devoir insérer un paragraphe pour enseigner que les bonnes actions ont plus de valeur que les offrandes aux yeui du Tathàgata. Cette moralité, supposant un sentiment religieux déjà très atliné, paraît bien être, elle anssi, l'indice d'un remaniement tardif.
En ce qui concerne les deux stances prononcées par Ananda devant le bûcher, les faits, bien que sensiblement plus complexes, ont évolué d'une façon analogue. Ces stances ont complètement disparu des textes palis, et les prodiges qu'elles relatent n'y sont plus racontés qu'en prose et dans le Dlglia seulement. Mais ici un élargissement du texte ne suffit plus à expliquer la disparition de ces stances; ce sont les traditions
W Cette suppression a probablement réagi sur Je Samyutta pâli.
M. PRZÏLl'SKI. 3
• -».( Il ).«<•- Illj
iim iriuif-. sur les funérailles du Buddha qui . en %q lran>lormiinl, ont entraîné la suppression de Ces ;;;itlia.
Si on consulte les parties versifiées de \'A<-mltïii<i-(jihiL<i <i du Vntnyii des Mûlasarvaslivadin , un apprend que le corps du Buddlia aurait été enseveli dans des vêlements de religieux : en sanscrit, cirant; en tibétain, ckox go» k robe de l;i l,oii. Par contre, d'après le texte en prose du Vintii/a des Mûlasarvaslivadin et du UahâparinibbâiitiSutla. I»' corps aurait été enroulé dans des bandes de coton superposées de manière à former mille épaisseurs (1). La première tradition semble remonter à une haute antiquité. Il nous faut rechercher pour quelle raison elle a été remplacée, par la seconde.
Avant qu'il n'eut été divinisé, Çakvamuni n'était pas. mix yeux de ses fidèles, essentiellement différent des autres hommes; il était le Bhiksu par excellence. La tradition la plus ancienne rapportait donc qu'il avait eu les funérailles d'un religieux et qu'on l'avait enseveli dans des cîvara.
Cependant la conscience populaire avait conçu un tvpe de rois supérieurs aux plus grands monarques dé la terre. Lu royauté fabuleuse des Cakravartin s'enrichissait sans cesse d'attributs merveilleux. Ce grand mouvement d'idées ne lit pas seulement sentir son influence dans l'épopée. Il eut aussi une profonde répercussion sur le développement de la légende du Buddha(2). Comment eût-on pu admettre en effet que le Buddba fut surpassé en gloire et en majesté par les nus de la légende? Il fallait que Çakyamuni parut leur être ('-gai ou même supérieur. De là l'obligation pour les fidèles de modifier en les ennoblissant les traditions relatives au Maître. Le Dffjka pâli laisse apercevoir en maint endroit des traces de ces retouches. La légende du roi Maha-Sudassana en est peut-être l'exemple le
(l> MnliâpariiiiliùiiiKi-Siitlti . VI, S îS.
'■" Voir Sknai.t, La Légende <lu liutidhn . p. 437 : "^* SH' ''" Buddlui n'>l pas l'épopée de Çakyamuni , tuais l'épopée du Maliapuruslia-Cakru\artiu.»
plus typique. Elle fut insérée tout entière dans le Tmpm
p'an-kinget d'autre- N ir\ ann-Siitra , mai^ les rédacteurs <lu Dtghâ préférèrent l'isoler pour en faire un Sutta indépendant. Cette légende a pour but de montrer que Cakvamuni, dans des existences antérieures, fut un puissant roi Cakravartin et que l'humble ville de Kuça où il mourut avait été jadis une capitale plus magnifique que la résidence des plus grands monarque>. Dana un autre passage du Mahâparimhbâna-SuUa . ce n'est pas seulement le Maître, mais aussi son dévoué serviteur Ananda qui est égalé aux saints rois Cakravartin.
L'ancien cérémonial des funérailles du Buddha parafait dès lors trop vulgaire. Le corps sacré, merveilleusement beau, ne pouvait avoir été enseveli dans des habits grossiers . usagés et malpropres. On admit bientôt que les funérailles de Çâkyamuni avaient été aussi pompeuses que celles des rois Cakravartin. On prétendit même que, peu de temps avant sa fin. il avait nettement exprimé ses intentions à ce sujet \ oici quelles auraient été sur ce point les dernières instructions du Maître d'après des passages parallèles du Mahàpaninbbâna-Sutta et du y maya des Mùlasarvastivâdin :
Mahâparwibbâ* a-Sitt a.
(Trad. Rhts Davids, p. 18a.)
On enveloppe le corps d'un mi des rois, ô \asettha. dans une éÊtéh neuve ' . Quand cela M fait, on l'enveloppe dans du coton feutré Quand cela est fait , on l'enveloppe dans une étoffe neuve, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on ait enveloppé le corps dans cinq cents paires 8 pires des deux sortes. Puis on place le corps dans une auge à huile en fer qu'on referme en la recouvrant d'une autre auge à huile en fer *.
1 a hâta s neuf, non tavén.
hâta -battu-. Voir plus loin, page 5i6. note a.
p' En pati tela-dom. On voit nettement dans les bas-reliefs cett'? double «rauge à huile-1. Cf. Fooche», Art gréco-bouddhique du Gcmdkâra, I, fig. a83 et a86.
.~tW 36 )*4~- [516]
Puis on construit an bûcher funèbre avec totttal sortes <l<- parfums el M brûle le corps du rai «les rois. Alors h un carrefour de quatre roules ou élève un liiniulus pour le roi des rois. . .
DlJL-VA.
(XI, p. 64o", dernière ligne ' .)
Citoyeus, le corps d'un monarque universel est enveloppé d'abord dans du coton et du colon feutré, el ensuite il est roulé dans cinq ceuti paires de colonnade , puis placé dans une boîte'1' de fer remplie d'huile végétale, recouverte d'un double couvercle de fer ' : alon on .omisse toutes sortes de boni odoriférants; il est brûlé avec eux et le feu est éteint avec du lait, et enfin ses os étant mis dans une urne d'or el un csôtys étant construit pour ces ossements à un endroit où se rencontrent quatre routes, on plante un parasol, des bannières et de longues banderoles d'étoffe, on leur rend hommage avec des parfums, des guirlandes, des poudres parfumées et des concerts de musique, après quoi on célèbre une grande fête.
VlNAYA DES MïLASUO ÂSTIVÂDIN.
(Trad. Yi-tsing, éd. Tokyo, XVII, 2, p. 86', col. i4.)
On commence par envelopper le corps avec de l'ouate 1^8 de coton É3 ^Hi puis on enroule complètement le corps dans mille épaisseurs de
(1> Nous reproduisons en la modiliant la traduction de Foucauv (Lstite- \ istara , appendice, p. /iao).
(s) Le tibétain dit : çin bal gyi 'da' bas dkri çin | çin bal gip '<ltt' hns bkrii na» | ras zuh lha brgyas bkri bar bya'o. Le mot 'da' ba qu'en ploie le tibétain signifie au propre «passer dessus, dépasser». Mais le nuit semble i<i Meceptible d'une précision technique. Pour désigner l'acte de «fouler pour faire du feutre» (l>byin pa), on emploie le verbe 'dvd fa, littéralement r pousser OD avant». Le verbe 'da' ba est considéré comme la forme neutre du verbe VW pa; il est donc très vraisemblable que le mot 'da' ba dans notre texte doit M traduire par «fouler». Le sens concorderait parfaitement avec le pâli vihatë qui signifie au propre «battre fortement».
(s) Tibétain : seront «a trunk or a portemanteau, a boi tbe inside ofwhich is made of wood or wickerwork and the outside iined witli lealliei - 1 Dictionnaire de Chandra Das).
(*) Tibétain : kha gab ghis Ai/m Mai ste «recouvert de deux couvercles de fer». Peut-être est-il fait ici mention d'un double couvercle à cause de la double
coton. On le place dans un cercueil dur qu'on remplit d'huile parfumée et qu'on recouvre d'un couvercle d'or. On en'.asse du bois de candana ainsi que dea parfums des rivages de la mer. On le brûle, puis on aiTOse le feu avec du lait de vache pour l'éteindre. On emplit un vase d'or avec les çarïra qui restent. Au carrefour de quatre grandes routes, on élève un stûpa. On l'enclôt de toutes parts; on y suspend des étoffes brodées, de» oriflammes, des parasols. En brûlant des parfums en poudre et des onguents et en jouant toutes sortes d'airs «le musique, on le vénère et on lui rend hommage: et on fait une grande fête.
Il n'est plus question en ceci de cïvara et la nouvel!»* tradition contredit implicitement la première. Pourtant, les idées plus récentes, une fois admises, ne réussirent pas à évincer complètement les anciennes. Comme il arrive fréquemment dans les textes de l'Inde, le passé survécut longtemps dans les vers tandis que le contexte en prose reflétait plus fidèlement les idées du jour. De ces anachronismes, le Vinaya des Mulasarvàstivàdin fournit un nouvel exemple : il est dit dans les stances d'Ananda que le corps du Buddha fut enveloppé dans mille vêtements de religieux: dans le contexte en prose, il n'est question que d'étoffes neuves dans lesquelles le corps fut roulé comme une momie.
Les rédacteurs du Mahâparimbbâtta-Sutta se sont montrés plus logiques. Ils ont supprimé les deux stances qui contredisaient les idées nouvelles, et il ne reste plus, dans le texte en prose, que les indications suivantes :
VI, S 18. — Alors les Malla de kusinârâ enveloppèrent le corps de Bhagavat dans une étoffe neuve. Quand cela fut fait, ils l'enveloppèrent dans du coton feutré. Et quand ce fut fait', ils l'enveloppèrent dans une
tela-doni. Le Dul-va , d'accord avec Yi-tsing, parle d'un cercueil «rempli d'huile». C>'st probablement un souvenir des rangea a huile- primitius. (if. Focchbr. Art frréco-bouililhiqitf tlu dandhâra , p.
i le cercueil n'est plus en 1er, mais en or, erponr satisfaire, sui>ant l'eipression de M. Foucher, le goùi plu- prétentieux dea fidèles- 1 ibid.. p. O7G;.
étoffe neuve, et ainsi de suite jusqu'à m qtVttl eussent envelnppé I. corps de Bbagavet dans cinq cents paires. . .
VI, 8 a3. — « [Après la crémation,] . . .il M mil que ItJ 0f« Des cinq cents paires d'étoffes, deux étoiles seulement furent ODQëlll l'intérieure et rextérieure(I).
L'ensevelissement et le miracle des linges non consumas sont également relaies en prose défis le Ta-pan-nie-fnii-hin}r ;
(P. 3 4«, col. ii.)
Au bout de sept jours, les Malla enveloppèrent le corps du Tathâgata de ouate neuve et pure et de coton fin.
(P. 34b, col. 30.)
Après que les flammes eurent spontanément dévoré le corps du Buddha, les Malla recueillirent les çarïra. Des mille épaisseurs de coton qui enveloppaient le corps du Buddha, la couche intérieure et une seconde à l'extérieur étaient intactes; elles n'avaient pas été consumées et enveloppaient encore les çarïra.
Faut-il conclure de ce qui précède que les deux stances attribuées à Ananda dans les textes des Mulasarvâstivadin représentent l'état le plus ancien de la tradition et sont exemptes de toute compromission avec les idées (dus modernes'' Ce serait aller trop loin. Dans ['Âvàaâna-Çataka, ces deux gâthâ sont écrites dans le mètre Rathoddlialâ, tandis que les six autres stances sont des çloka. On peut voir là un indice de remaniement qui est d'ailleurs corroboré par d'autres faits.
D'après les stances de X AwdânchÇaAaka et du Vinaya des Mulasarvâstivadin, le corps du Buddlia aurail été enseveli dans un millier de civara. Cette prodigalité ne convenait guère aux
M Ce texte contredit toutes les antres rédactions. Par stoatogife .i\i' Im stances des Mulasarvâstivadin et loua les Nirrâna-Sùtra traduits su chinois, on attendrait ici : trdeux étoffes ne furent pas consumées : l'intérieure cl t'exté Heure, ri 11 semble qu'il faille corriger ce passage et admettre que la négation na est tombée en pâli.
funérailles d'un Bhiksu et s'accordait mal également a>ec la qualité de l'étoffe dont étaient laits les vêtements dos religieux. Tout porte ;i croire que ce nombre mille a été emprunté au cérémonial plus récent, le corps d'un roi Cakravartin devant être roulé dans mille épaisseurs d'étoffe 1;. Quel était donc à l'origine le nombre des cïvara dont l'ut revêtu le Buddha ? Nous nous proposons de reprendre l'examen de cette question dans un chapitre ultérieur.
I n fait semble acquis désormais : les traditions relatives à l'ensevelissement dans des cïvara furent abolies de bonne heure dans la secte des Sthavira. tundis qu'elles persistèrent longtemps, malgré certaines altérations, dans la secte des Mulasarvastivadin. Des causes d'ordre général, telles que le respect du à la tradition, ne suffisent pas pour expliquer le fait. A cette survivance locale, j'aperçois des raisons locales. Les pèlerins chinois nous apprennent que les restes des vêtements du Buddha étaient conservés et vénérés dans de> uno* tuaires du Nord-Ouest de l'lnde(-'. S'il était admis à l'origine
1 LAvadâtKi-Çiitaha dit brièvement : pancabhir yugaçalaih sa vestilalt "il était enveloppé dan- cinq centaine* de poire*», et le »erj suivant développe aussitôt le sens de ce pâda elliptique :
sahaxra mâlrena hi cïvarânâm buddhasya kâyah parirestito 'bhut.
A en effet dans un millier exactement de costumes de moine que le corps du Buddlia avait été bien enveloppé.* L'insertion de hi -en effet? entre mâlrena et clrarânâm donne un relief particulier au détail des cïvara.
Malgré l'explication qui la suit, l'expression pancabhir yugaçalaih parait avoir embarrassé les traducteurs bouddhistes habitués à l'idée que le Buddha avait été enveloppé dans niilb- épaisseurs de coton. Loi lotsava tibétains ont glose d'une manière assez inexacte : -les cinq cents paires [de cotonnade] et les costumes de religieux au nombre d'un millier-. Les autres traducteurs n'ont pas été plus heureux. Gunahhadra écrit : «les sent pièces de cotonnade qui enveloppaient -on ■lyukta B et Yi-tsing ont esquivé la difficulté
et omis le pâda pancabhir yugaçalaih. . .
Fa-feien, chap. xm, et Sang ^un. Cf. Voyagé de Song J un dan» le Ganâhâra, trad. Ed. Cba vannes, B. E. F. E.-O., iyo3. p. 5o du tirage à part.
'in .€<•• [520]
que ces précieuses r**l i<| m*s avaient été miraculeusement préservées des flammes au moment de la crémation, on comprend que les écrivains de celle région n'aient renoncé qu'avec peine à une légende qui donnait une valeur particulière aux trésors de leurs monastères.
En somme, la disparition de la stance du Bhiksu dans le Mahàparimbb&m pâli parait dur au rejet de l'épisode des arbres cala dans une autre partie du Sutta. Ouant à la suppression des deux stances de la crémation, elle lerait due à la substitution d'un rituel à un autre : enseveli d'abord connue un religieux, le Buddba se serait vu attribuer par la suite le privilège des funérailles royales. Enfin, par voie d'analogie. le Saffiyuttu pâli aurait subi les mêmes transformations que Le texte du Digha.
On vient d'expliquer pourquoi, sur huit stances appartenant au centième récit de X Avadâna-ÇaUilni , trois sont maintenant introuvables dans les rédactions de l'Ecole des Sthavira. Les cinq gàthâ qui sont communes aux textes sanscrits et palis n'ont subi, autant dire, aucune modification dans leur forme, mais leur ordre et leur répartition ont été sensiblement modifiés. C'est ainsi que la deuxième stance d'Anuruddha de nos premiers textes est devenue dans les Sulta palis la stance unique d'Ananda. Comment expliquer cette nouvelle distribution?
On pourrait répondre que, les stances prononcées par Ananda devant le bûcher ayant été supprimées, comme un voulait garder un rôle à ce disciple, on lui fit prononcer une des stances attribuées jusqu'alors à Anuruddha. 11 est possible que cette considération soit pour quelque chose dans la mutation observée; toutefois il reste à expliquer pourquoi ee fut précisément la deuxième stance d'Anuruddha. el non une autre, qui fut assignée ù Ananda. La raison de ce chois nous semble
devoir ètn3 cherchée dans révolution de> idées religieuses relatives au Parinirvana el à la nature de l'Ailiat.
à la différence de la mort du Christ, qui a tous les aspects d'une catastrophe terrifiante tant dans l'ordre physique que
l'ordre moral, le Parinirvâna de Çâkvaniuni est une délivrance et une apothéose. Chez les disciples qui n'avaient point encore la notion exacte des vérités, la tin du Maître pouvait causer du désespoir ou de l'épouvante. Mais un saint qui voit toutes choses sous leur véritable aspect ne pouvait en éprouver ni étonnement ni frayeur. C'est ce qu'exprime clairement le texte suivant du Dïghn pâli : "Quand le Buddha mourut, parmi les frères qui n'étaient pas encore délivrés des passons, les uns tendirent les bras en pleurant , d'autres tombèrent la tète sur le sol, se roulant çà et là dans l'angoisse de cette
* : -Trop tôt. . . -: mais ceux des frères qui étaient délivrés des passions continrent leur douleur à la p Tous sool impermanents . . . ^(MâkjpërmiUsàà Sutta, d'après la traduction Rhvs Davids, chap. \. ? î o).
Cette distinction parait logique el conforme à la stricte orthodoxie. Peut-on dire qu'elle soit primitive ou seulement très ancienne?
Dans le Vmaya des Mïila>arvastivâdin, dont la prose est pourtant relativement tardive, la distinction entre les deux catégories de Bhiksu n'est pas encore très nette: Anuruddha et \nanda ont à peu près la même attitude. -Aussitôt que le Buddha Bhagavat fut délivré de la douleur, quelques Bhiksu se roulèrent à terre: quelques-uns. croisant leurs bras, poussèrent de grands cris; quelques-uns, accablés de chagrin, s'assirent sans remuer: quelques-uns qui se reposaient sur la religion dirent : Le victorieux qui nous instruisait. . ., le voilà d^paru, anéanti, détruit, perdu pour nous. Alors Pâyusmal Anuruddha dit à l'àvusmat Ananda : Si par quelques moyens de douceur vous n'apaisez pas les religieux, les dieux qui vivent
— *■»( û2 )*«■ [KM]
pendant plusieurs centaines de kalpas diront avec reproche et dédain : Il y a là bititi dos Bhiksa qui ont pris Ifl caractère religieui d'après les excellents préceptes de la discipline* mais (jui n'ont ni jugement ni reflétions (Duhvet, trad. Koucaux. Histoire (lu Buddhu . . . , p. h i 8). Ainsi Anuruddha conseille à Ananda de consoler les Bhiksu, ce qui impliqua qu'Ananda •■st parmi ceux qui sont le moins troublés.
Dans le Mahâparinibbâna au contraire, les deux catégories de disciples sont nettement opposées l'une à l'autre : d'une part, a ceux qui ne sont pas délivrés des passions», d'autre part ceux qui en sont délivrés, c'est-à-dire les \iliat. Anuruddha est parmi les seconds, tandis qu'Ananda en est exclu. Vu lieu do charger celui-ci du soin de consoler les Bhiksu, Anuruddha lui-même réconforte Ânanda. D'où vient l'élévation du seul Anuruddha au rôle de consolateur impassible?
En raisonnant sur les données traditionnelles, les théologiens de l'Ecole des Sthavira trouvaient le caractère d' Ananda déjà bien défini, tandis qu'Anuruddha moins populaire n'avait pas une physionomie aussi nette. On ne pouvait faire un Arhat de cet Ananda que sa nature douce et atlectueuse portail facilement à verser des larmes et dont le Maître avait dit qu'il ne trouverait la Voie qu'après la fin du Tathagata. Sur Anuruddha. la tradition ne donnait aucune de ces précisions gênantes. On pouvait donc la changer en un Arhat accompli, incapable de ffayeur et de faiblesse, doué d'une pénétration merveilleuse, tel en un mot que les nom eaux théologiens concevaient le saint parfait.
A ce stage de raffinement philosophique, on devait trouver choquantes su tout, au moins déplacées certaines paroles attribuées à Anuruddha par la tradition la plus ancienne: telle était la stance qui commença par ces mots : « Alors il j panique intense, alors le poil s'est dressé...» (les exclamations ne convenaient point à un personnage impassible et
complètement délivre des passions; elles ne traduisaient pas l'impression d'apaisement et de servilité que devait produire sur l'esprit d'un Sainl la scelle du Parinirvana. Au contraire, elle ne seraient pas choquantes dans la bouche d'un disciple encore sujet au trouble et aux mouvement du cœur. On retrancha donc cette stance du rôle d'Anuruddha et on la fît prononcer par Ananda. Hn somme, il ne faut voir dans cette mutation que l'effort conscient d'une sévère orthodoxie pour plier à son dogmatisme des traditions populaires et sponta-
Ainsi Ananda qui risquait de rester muet dans le concert du .Nmana, par suite de la suppression des deux stances prononauprès du bûcher, reçut en échange dans les textes palis uiif il-*, anciennes stances d'Anuruddha. La question se posait ah.r> de savoir quand il prendrait la parole. Chanterait-il avant ou après Anuruddha? Question qui n'est oiseuse qu'en apparence, car l'ordre des personnages révèle leur importance relative dans la multitude des dieux et des hommes accourus auprès du Buddha expirant. Cette difficulté de protocole ne fut pas tranchée de la même façon dans les deux Xikâya palis. Dans le BbHjfiiffu , Ananda parie avaal Anuruddha; dans le Dïglui , c'est l'inverse qui se produit. Ce cas mérite d'être examiné en détail.
! 'Mdenberg a voulu, suivant sa méthode habituelle, prouver que les textes palis représentaient la tradition la plus ancienne, il suppose, d'accord avec Speyer, que la stance d' Ananda du pâli, primitivement attribuée à ce disciple, aurait ete . par la suite, intercalée entre les deux gâthâ d'Anuruddha. Dans cette hypothèse, on ne voit pas pour quelle raison les deux Mkâya palis <ont en désaccord, tandis que les stances de l'Avadâna-Çataka et du Dul-va, qu'on nous dit être plus récentes, diffèrent à peine et sont en fait mieux conservées dan>le détail. Dans ces deux derniers textes, la stance tTtadabhavadbhîsanakamest la deuxième des gâthâ d'Anuruddha. Si cette stance provenait du pâli, on aurait dû la mettre avant ou après les deux stances d'Anuruddha; pourquoi l'avoir intercalée entre les deux ? On s'explique d'autant moins qu'elle ait été ette place que, d'après Oldenberg, les deux stances d'Anuruddha du pâli seraient étroitement liées l'une a l'autre : fgehoren unter einanderdeutlich nnd eng «usammen-. H. Olok.mskri, Stwtke» zur Grichkhle. . . , p. 109.
Dans les textes de l'Ecole des Mulasarvaslivadin les penon* nages sont toujours groupés dans l'ordre suivant : Bhiksa anonyme, Çakra, Brahma, Anuruddha et Ananda. Ils sont rangés là, semble-t-il, dans l'ordre d'importance croissante (1). Le Bhiksu anonyme est évidemment le plus humble acteur, et Çakra est nécessairement inférieur à Brahma. Partant de celte donnée, il faut admettre qu Ananda, venant le dernier, était considéré comme le plus grand de tous, supérieur aux autres disciples et aux dieux eux-mêmes. Si surprenante (pie cette conclusion puisse paraître aux esprits nourris des textes palis. elle est pourtant étayée d'un certain nombre de faite. Qu'on relise les derniers entretiens du Buddha et de ses disciples dans le Mahâparinibbâna-Sutla qui n'est certes pas suspect de favoriser Ananda. L'impression qui se dégage de cette lecture est que, le Buddha disparu, c'est Ananda qui doit le remplacer. C'est à lui que le Tathâgala s'adresse quand il fait ses BtinrémoS recommandations. Quand le maître demande à ses disciples si quelqu'un d'entre eux conserve des doutes, c'est finalement Ananda qui répond au nom de tous. Ailleurs, le Tathagata fait l'éloge d'Ananda et le compare aux saints rois (Jakravartin. Il est donc vraisemblable que, dans la tradition ancienne, \namla était le plus grand de ceux qui assistèrent au Parinirvana de Çâkyamuni. Peut-on admettre qu'il fut supérieur à (jakra et à Brahma '/Pourquoi non? Dans un passade important du Dirghm Agama chinois (éd. Tôkyô, XII, o,, p. 2ib), le Buddha le déclare expressément : «O Ananda! Les mérites que tu as acquis en me rendant hommage sont très grands. Pour ce qui est de rendre hommage, les deva, \lara, Brahma, les Çraj mânes et les Brahmanes sont inférieurs à toi.» Si nous ne retrouvons pas ces deux phrases dans le passage parallèle du Dlgha-Nikâya pâli, c'est sans doute parce que les théologien
(1) Cet ordre est fréquemment suivi dans les textes bouddhiques. \ exemple, dans le Mahâparimbbètut , III, ai, rénumération des huit assemblées
1 École des Sthavira, désireux de rabaisser un peu Inonda au profit de l'Arhat Anuruddha. ont atténué l'éloge fait parle Maître. D'ailleurs, si les dieu tiennent souvent une place éminente dans les textes bouddhiques de basse époque, cela parait bien être un signe de décadence et l'indice d'un abâtardissement de la doctrine. On ne saurait donc s'étonner que dans un texte ancien les premiers des disciples aient le pas sur les ;rands dieux.
Qu'on se reporte aux stances du Parinirvâna dans les deux Sotta palis. On constate que les personnages s'j présentent lans un ordre tout différent Le Bhiksu anonvme a disparu: Brabma chante d'abord; puis vient Çakra. I< i les chanteurs sont rangés dans l'ordre d importance décroissante, Dans ces conditions, lequel des deux disciples va chanter le premier? Les théologiens, imbus des nouvelles doctrines sur l'excellence de l'Arhat, voulaient sans doute que ce fut Anuruddha. tandis que les conservateurs, respectueux des vieilles traditions, voulaient que ce lut Ananda. Les stances du Samyiitta pâli montrent la tradition, encore puissante, maintenant Ananda au premier rang des disciples; dans les stances du Mtth'lfHirmibbâtïu. au contraire, on voit le triomphe des novateurs qui réussissent à repousser Ananda au second plan.
Résumons à grands traits les principales phases de ce d loppement dont nous venons d'analvser les eau- Dans la plus vieille tradition, celle dont le Samyukt/i chinois parait être un écho à peu près fidèle, les événements du Parinirvana se résument en quelques stances prononcées par les spectateurs. C'est d'abord un simple Bhiksu qui glorifie les arbres çàla laissant tomber leurs fleurs merveilleuses sur la couche du Tathâgata. Ensuite les dieux Çakra et Brahma, puis le vénérable Anuruddha prononcent des stances où les pensées sublimes se mêlent aux regrets. Enfin Ananda, le dis-
eiple préféré du Mettre, laisse éclater son détètpoir bu moment
où les flammes dévorent le bûcher et il célèbre le double mincit d<' la crémation : le bûcher qui s'est enflammé de luimême; les dftll étoiles qui. malgré l'ardeur de la flamme, sont demeurées intactes.
\\ec le temps, le récit l'allonge. Des traditions épars* cristallisent autour de ce noyau. Le conscience populaire associe à la notion du Buddha celle du (iakravarlin. monarque plus puissant (pie les plus grandi rois de l;i terre. Il faut que
le Buddha égale ou même qu'il surpatae les setivereina <le la
légende- Les traditions anciennes, qui représentaient li- Talliagata sYteiguaril simplement, puis enseveli sans faste, comme un simple moine, vont être transformées. On veut que Çâkya* muni ait été* incinéré suivent le pompeux cérémonial des saints rois Cakravartin. Sous l'action de ces nouvelles tendances, les stances de la crémation se modifient ou disparaissent.
Ananda lui-même, dont la physionomie trop tendrement humaine était déjà fixée en traits ineffaçables, ne devait pas larder à passer au second plan, de manière à laisser la place à un disciple moins populaire auquel on pût attribuer les mie* lités sévères et merveilleuses de l'Arhat. Anuruddba devient un Saint parlait et impassible, une sorte de magicien don! la pénétration surnaturelle est sans limite. Les théologiens de l'Kcole des Sthavira assignent alors à \nanda. qui n'est pas encore Arbat, une slance qui les choquait dans la bouche d'Anuruddho. Dans le Sami/iitt/i pâli, \nanda. bien qu'il soit <léjà inférieur aui dieux. est encore le premier disciple: mais son prestige est menacé, et déni le Dyr/ui pâli la transformation est complète : Anuruddba triomphe et réponse \nanda au dernier rang des chanteurs du Parinirvana.