CI-GÎT PIRON, QUI NE FUT RIEN, PAS MEME académicien
20 ce qui, si nous comprenons bien le français, revient à dire qu'un académicien, c'est moins que rien!
Pour dire de quelqu'un qu'il mange beaucoup ou qu'il fume beaucoup, les Français disent: manger comme quatre, fumer comme quatre. Or Piron dit un jour des 25 académiciens: •
<{ Ils ne sont que quarante, mais ils ont de l'esprit comme quatre ».
Ainsi, si nous en croyons Piron, il faut quarante aca-
démiciens pour réunir autant d'esprit que quatre mortels qui ne sont pas académiciens!
Un roman de Daudet tout entier, L'Immortel, est une satire contre l'Académie. Il convient d'expliquer qu'on dit couramment: un immortel pour: un académicien, car 5 on feint de croire que tous les académiciens sont de grands écrivains, donc que leurs noms ne seront jamais oubliés de la postérité, donc qu'ils sont eux-mêmes en quelque manière immortels. Or, cela n'est pas tout à fait exact. Relisez la liste des académiciens en une année 10 prise au hasard — 1850, 1780, 1695 — et vous serez surpris de constater (même si vous êtes Français et connaissez bien l'histoire de la littérature française) combien peu de ces noms sont encore connus aujourd'hui.
Certains Français, surtout les jeunes, affirment que, 15 pour être membre de l'Académie, il est avant tout nécessaire de n'avoir aucun talent, et que les vrais talents n'entrent jamais à l'Académie. Et ils invoquent le cas de Molière, ou celui de Pascal, ou celui de Balzac, qui n'ont certes pas manqué de génie, et n'ont jamais été 20 académiciens. C'est cette conviction qui a poussé les Concourt — deux frères qui ont joué un grand rôle dans l'histoire des lettres françaises au dLx-neuvième siècle — à fonder une académie rivale de l'Académie Française. Cette Académie s'appelle l'Académie Concourt, et n'a 25 jamais plus de dix membres. Chaque année, elle décerne un prix à l'œuvre nouvelle qui paraît aux Dix la plus intéressante et la plus belle. Et il faut reconnaître que, surtout pendant la guerre, l'Académie Concourt a eu la main fort heureuse. 30
De temps en temps, malgré tout, l'Académie Française
ouvre ses portes à de vrais grands hommes. C'est ainsi qu'elle les a ouvertes, vers la fin du siècle dernier, à Anatole France, ce subtil penseur, qui, au lendemain de la guerre, malgré son grand âge, a si bien compris l'es- 5 prit des temps nouveaux. Mais, d'une manière générale, surtout depuis quelques années, et en exceptant quelques talents vraiment originaux, pour faire partie de l'Académie, il faut autant que possible éviter d'avoir des idées originales ou avancées. Une bonne médiocrité vous conlo duit plus sûrement sous la Coupole.
Depuis la fin du siècle dernier, l'Académie Française est devenue immensément riche. C'est en effet devenu l'habitude, parmi les riches qui meurent sans postérité, de léguer la plus grande partie de leur fortune à l'Institut.
15 C'est le duc d'Aumale qui semble avoir donné l'impulsion en faisant hériter l'Institut de son magnifique château et de ses merveilleuses collections de Chantilly. Plus récemment, l'Institut a hérité, en Bourgogne, d'une vieille abbaye et du très beau domaine qui l'entoure. De
20 plus, un nombre incalculable de vieilles dames et de vieux messieurs ont légué à l'Académie des sommes considérables, pour qu'elle décerne chaque année des prix de vertu aux hommes ou aux femmes qui les ont le mieux mérités par leur courage, ou leur amour filial, ou leur
25 esprit de sacrifice. Il se distribue ainsi, chaque année, des centaines de milliers de francs, répartis en prix de trois cents, cinq cents, mille ou deux mille francs. Et voici l'Académie devenue, par une sorte d'ironie, l'une des plus importantes et des plus utiles parmi les institu-
30 tiens charitables I
Paris est par excellence la cité des musées. Musées d'anthropologie ou musées de géographie, musées artistiques ou musées pédagogiques, musées historiques ou musées littéraires, il y en a pour tous les goûts. Il en est de fort anciens, que fondèrent les rois de France en des 5 siècles passés, et oii déjà dames et gentilhommes allaient volontiers promener leurs pas. C'est qu'en effet on avait des loisirs dans ce temps-là, et on aimait fort les employer à s'instruire par la vue des choses du passé.
Bon nombre en revanche ont été créés par les magis- 10 trats de la Troisième République, qui se sont toujours intéressés aux œuvres d'éducation et dans l'opinion desquels un musée bien ordonné, pourvu de belles vitrines remplies d'objets parlant aux yeux, vaut bien un excellent professeur. 15
D'autres sont tout récents, si récents qu'il est des Parisiens, et même des Américains qui n'en connaissent point encore le chemin. Le plus connu peut-être de ces derniers est le Musée Rodin, ainsi nommé parce qu'il contient, — outre la collection de sculptures anciennes 20 recueillies par le maître, Auguste Rodin, — les œuvres sorties directement de son esprit et de sa main. Ce musée a un charme tout particulier, car il n'est rien
d'autre que l'imposant vieux palais des ducs de Biron, tout naturellement adapté à son nouvel emploi.
De ces musées, il en est dans tous les coins de Paris, là même oii l'on s'attendrait le moins à les rencon- 5 trer. C'est ainsi que le Musée Victor Hugo, oii sont rassemblés toutes sortes de souvenirs du grand poète — livres, autographes, manuscrits, portraits, dessins, mobilier — se trouve Place des Vosges. Or la Place des Vosges, autrefois Place Royale, n'est plus, comme au
lo temps de Henri IV et de Richelieu, le rendez-vous des élégants et des élégantes en même temps que le terrain préféré des duellistes. C'est maintenant un lieu presque désert d'où la vie s'est retirée, un quartier pauvre et mélancolique oii les étrangers sont surpris de rencontrer
15 une maison tout entière consacrée à la gloire de cet éclatant génie, Victor Hugo.
Le plus parisien de tous ces musées est naturellement le Musée Historique de la Ville de Paris, dit Musée Carnavalet, situé au numéro 23 de la rue de Sévigné, oii se
20 trouvent exposés de fort anciens et fort précieux documents et souvenirs se rattachant au passé romain, galloromain ou français de la cité. On y peut notamment examiner un grand nombre de monnaies du moyen âge qui ont été retrouvées au fond de la Seine: elles remplis-
25 saient jadis les tiroirs des boutiques en bois construites sur les différents ponts du fleuve, et, comme ces boutiques ont été plusieurs fois incendiées au cours des siècles, les piécettes sont tombées dans la rivière avec toutes
sortes d'objets de métal, charnières de portes, clefs, serrures, etc. Et quand on a construit sous l'Ile de la Cité le tunnel du Métropolitain, il y a de cela une douzaine d'années, on a retrouvé toutes ces reliques du passé, et elles sont allées enrichir les collections du Musée Carnavalet. 5
Nous pourrions encore citer le beau Musée de Cluny, situé au cœur du Quartier Latin, et dont les collections sont abritées dans un charmant palais de la Renaissance, mais nous avons hâte d'aborder les deux grands musées parisiens, les plus connus de tous, en France et à l'étranger, 10 le Musée du Luxembourg et celui du Louvre.
Le premier est situé sur la rive gauche de la Seine, en bordure du jardin du Luxembourg, ce qui en rend la visite singuUèrement agréable: dès qu'on est un peu fatigué de la vue des tableaux et des sculptures — et, 15 avouons-le, on ne peut pas visiter un musée consciencieusement sans que cela entraîne un peu de fatigue physique — on n'a que quelques pas à faire pour respirer l'air le plus pur et le plus frais dans le jardin anglais, sous les marronniers centenaires, parmi les massifs de 20 bégonias ou de sauges. C'est vraiment là la situation idéale pour un musée. Les Américains ont d'ailleurs eux aussi bien compris que l'art trouve sa place toute naturelle au milieu de la nature, car le Metropolitan Muséum à New- York occupe un coin du Central Park, le Musée 25 de Saint-Louis est au centre d'un parc grandiose, et le musée que se bâtit Kansas City s'élève également dans un cadre d'arbres, de gazon et de fleurs.
Le Musée du Luxembourg est consacré à l'art moderne, et ses morceaux les plus fameux peut-être sont des toiles françaises signées par Carrière ou Cézanne, des bustes français sculptés par un Falguière ou un Rodin. Mais 5 l'Ecole américaine y est aussi étonnamment bien représentée, et plusieurs tableaux de Whistler y peuvent être admirés par les visiteurs. C'est qu'en effet les Etats- Unis ont produit de grands peintres, et une exposition d'art moderne ne serait pas complète qui n'offrirait pas
lo aux Parisiens quelques toiles signées par des artistes d'outre-Atlantique.
Au demeurant, les Français sont très fiers que la plupart de ces artistes soient venus étudier à Paris et que beaucoup de leurs chefs-d'œuvre soient d'inspiration et
15 de tendances françaises.
Quant au Musée du Louvre, ce n'est pas un musée, c'est une douzaine de musées pour le moins, un véritable monde d'art et de beauté, un dédale de bâtiments, d'ailes et de salles où l'on peut parcourir des kilomètres et des
20 kilomètres, et oii il est assez facile de se perdre. Aussi sont-ils peu nombreux, ceux qui peuvent se vanter de le parfaitement connaître.
On sait que le Louvre fut jadis le château des rois de France. C'était même à l'origine un château fortifié,
25 entouré de fossés larges et profonds, et auquel on ne pouvait avoir accès que par pont-levis. Mais de ce château primitif il ne reste rien, et le Louvre tel que nous le voyons ne remonte qu'au XVI ^™^ siècle dans ses parties les plus anciennes. L'architecte en fut le
célèbre Pierre Lescot. Au cours des siècles, des ailes nouvelles ont été construites, faisant du Louvre le très noble et imposant édifice que nous voyons maintenant s'étendre en longueur et en profondeur, tout près de la Seine. 5
Il serait trop long d'énumérer les différents « pavillons », les différentes « galeries » et les différents « salons » dont se compose ce vénérable musée. Mentionnons cependant la somptueuse Galerie d'Apollon, et le Salon Carré, où sont réunis des chefs-d'œuvre de la peinture italienne de lo la Renaissance. Le plus connu de ces derniers est sans doute la Joconde, de Léonard de Vinci, qui fut emportée par un hardi voleur un beau jour de l'été de 191 1, et qu'on ne retrouva qu'assez longtemps après. La presse parisienne fut pendant des semaines remplie de la Jo- 15 conde, et ce fut presque un deuil national que la subite disparition de ce portrait, dont le mystérieux sourire reste un des secrets impénétrables de l'art.
Parmi les antiquités grecques, la Vénus de ,Milo est sans doute la statue la plus populaire. Elle aussi a son 20 secret. Car, avant que ses deux bras ne fussent mutilés, quel geste pouvait bien être le sien? Se regardait-elle dans son miroir? Ou tenait-elle entre ses mains un fruit, un flacon de parfums? . . .
Le touriste épris de mystère trouvera encore bien des 25 énigmes à résoudre dans la salle des sphynx égyptiens ou dans celle des ivoires sculptés par nos vieux imagiers. Car tout grand art est mystère.
Si l'on consulte les statistiques — or personne de nos
jours ne peut vivre sans statistiques — on verra que
Paris n'a relativement pas autant de superficie plantée
en parcs et jardins que les autres grandes villes du monde,
5 Londres ou New- York par exemple.
La raison en est aisée à découvrir: Paris a été ville fortifiée — on dit techniquement « camp retranché » — pendant la période de sa plus grande croissance, c'est-àdire la seconde moitié du dix-neuvième siècle et le comlo mencement du vingtième. Comme la ville ne pouvait pas facilement s'étendre en dehors des fortifications, elle a tout naturellement eu tendance à s'étendre à Vintérîeur de ses fortifications. Cela veut dire que les terrains, très rares, sont devenus très chers, et que de 15 nombreux jardins particuliers sont devenus terrains à bâtir.
Les conditions ne sont pas du tout les mêmes à New- York et à Londres. Sans doute New- York est bâti sur une île, et ce fait a influencé son développement, mais 20 New- York, aussi bien que Londres, n'a pour ainsi dire jamais eu à se protéger contre un envahisseur terrestre ou maritime, et a toujours été ce qu'on appelle une « ville ouverte ». Aussi est-il naturel de trouver un
Hyde Park à Londres ou un Central Park à New- York, alors qu'on ne trouve rien d'analogue, ou du moins rien d'aussi grand, à Paris.
Toutefois, Paris possède un certain nombre de parcs et de jardins publics qui, pour petits qu'ils sont, n'en s remplissent pas moins un rôle de grande utilité. On sait que des villes sans arbres sont des villes malsaines à habiter, car les arbres ont pour effet de purifier l'atmosphère et de lui rendre une partie de l'oxygène que mangent les cheminées de ses maisons et de ses usines. lo
Paris était jadis une ville malsaine, comme toutes les vieilles villes européennes qui existaient déjà au moyen âge. Les rues n'en étaient souvent guère plus larges que l'intervalle qui sépare les deux roues d'une voiture ; les toits des maisons se rejoignaient par-dessus la tête des 15 passants; l'humidité et l'obscurité étaient partout, l'air et la lumière nulle part. Aussi les épidémies faisaientelles rage, et les habitants mouraient comme des mouches.
Mais le Paris d'aujourd'hui n'est depuis longtemps plus le Paris du moyen âge. Paris n'est plus une ville 20 malsaine, grâce d'abord à ses très nombreux boulevards et avenues plantés d'arbres. Nombreux sont ceux qui ont, non pas deux, mais quatre rangées d'arbres. Ces arbres sont le plus souvent des marronniers ou des tilleuls, mais souvent aussi ce sont des platanes, dont la 25 feuille plus coriace résiste mieux à la chaleur et à la poussière. Comme les feuilles du marronnier poussent un bon mois avant celles du platane, souvent celles du premier sont abîmées par la gelée, alors que celles du second restent indemnes. 30
De plus, la Seine, avec ses larges quais plantés de peupliers, constitue un incomparable réservoir d'air pur, et il n'est pas de plus belle promenade que celle qui consiste à flâner le long des quais.
5 Mais surtout, Paris a — malgré tout — quelques jardins publics. Les deux plus grands sont situés sur la rive gauche de la Seine et s'appellent l'un le Jardin du Luxembourg, l'autre le Jardin des Plantes.
Le Luxembourg, situé à la limite du Quartier Latin,
lo est d'assez honnêtes dimensions. Il y a soixante ans environ, il trouvait une sorte de prolongement dans le parc clos d'un ancien couvent. Ce parc était connu sous le nom de Pépinière. Le baron Haussmann — le grand architecte qui a tant ait pour embellir et assainir Paris
15 sous le règne de Napoléon III — aurait fort bien pu, s'il l'avait voulu, agrandir le Luxembourg de ce terrain, assez étendu. Il ne l'a pas fait, et c'est là une faute que les Parisiens lui pardonneront difficilement. Au lieu de cela, on a bâti sur ce site une école coloniale, un lycée,
20 et divers autres établissements qu'on eût pu avec avantage installer en dehors de Paris.
Tel qu'il nous reste, le Luxembourg est un bien joli jardin, qui a fait, et fera à coup sûr, les délices de générations d'écoliers et d'écolières. Il est d'âge respectable,
25 car il était déjà ouvert au public du temps de Mohère et de Madame de Sévigné, qui en parlent plusieurs fois, l'un dans ses comédies, l'autre dans ses lettres. Il est à présent surtout fréquenté par les enfants de professeurs et de fonctionnaires habitant dans le Quartier Latin.
Le soir, après quatre heures — heure à laquelle un roulement de tambour ou une sonnerie de cloche annonce joyeusement la fin des classes — , le dimanche après-midi, et également le jeudi après-midi (jour de liberté pour les écoliers français), le Luxembourg est particulièrement 5 animé. Ce ne sont que bandes d'enfants qui ont jeté livres et cahiers quelque part sur un banc et qui jouent à la balle au pied, qui se courent les uns après les autres, qui jouent à cache-cache ou à saute-mouton. D'autres font voguer leurs frêles petits bateaux sur le bassin creusé 10 devant le Sénat.
Il y a quelques années, le diabolo était fort à la mode. On se souvient sans doute que ce jeu consiste à faire tourner une bobine sur une ficelle tendue entre deux bouts de bois. On tient les bouts de bois entre les mains, 15 et au moment où le diabolo tournoie en équilibre sur la ficelle, on lui imprime un fort et brusque élan qui l'envoie pirouetter en l'air. L'art consiste à rattraper la bobine sur la ficelle sans la laisser tomber à terre. Les habiles jettent la bobine à des hauteurs vertigineuses. Malheur 20 à ceux qui la recevraient sur la tête, comme cela peut quelquefois arriver!
Au moment où ce jeu était le plus populaire, filles, fillettes, garçons et garçonnets ne rêvaient que diabolo, et les bourgeois inoffensifs couraient de sérieux dangers 25 pour leur chapeau ou même pour leur crâne s'ils s'avisaient de traverser le Luxembourg.
Il s'y pratique d'autres jeux encore, tels que le tennis. Une certaine année, même, de jeunes Américains, élèves à l'Ecole des Beaux-Arts, se sont amusés à introduire 30
la pratique du foot-ball. Leur terrain de jeu était la clairière rectangulaire ménagée parmi les marronniers du Jardin Anglais. Et allègrement nos jeunes Américains s'escrimaient après le ballon, chaque après-midi en se- 5 maine, jusqu'à ce qu'un événement malencontreux vînt mettre une fin subite à ce noble sport.
Un beau jour que la partie était vive, un sénateur vint à passer, en redingote et en tube, comme il convient à un sénateur. Il n'est certes pas extraordinaire de ren-
lo contrer un sénateur au Luxembourg, car le Palais du Sénat touche au Jardin du Luxembourg, ou plutôt le Jardin du Luxembourg n'est en somme pas autre chose que le Jardin du Sénat. Tous les jours, des sénateurs grands ou petits, gros ou sveltes, mais tous également
15 vieux et chauves, passent sous les ombrages, l'air digne
et grave, avec leur serviette sous le bras — leur serviette
gonflée de paperasses indispensables à la vie de la Nation.
Mais ce jour-là, il arriva véritablement quelque chose
d'inouï: par quelque malicieux coup du sort, il fallut que
2o le ballon des Américains vînt frapper violemment, emportât, et envoyât rouler au loin le tube de notre sénateur. Si ce monsieur n'avait pas été sénateur, s'il avait été un simple mortel, comme vous et moi, ce n'eût point été un grand malheur, il eût ramassé son huit-reflets,
25 l'eût essuyé du coin de son mouchoir ou du revers de sa manche, eût accepté les excuses de l'Américain, et eût tout simplement continué son chemin.
Mais ce mortel n'était pas un simple mortel, il était sénateur. Il se fâcha. Il crut que l'Américain avait fait
30 exprès de le viser, que la dignité de la République Fran-
çaise n'était pas sans souffrir de sa mésaventure — car tout sénateur est (et a conscience d'être) une fraction (et non la moins importante) de la République. Il se fâcha donc, grommela quelques menaces contre « ces étrangers qui se croient tout permis », « contre ces sau- 5 vages d'outre-mer qui introduisent des jeux barbares dans les parcs publics de la cité la plus policée du monde », remit sur son auguste tête son chapeau endolori, que lui tendait le joueur maladroit, et alla son chemin, tout en méditant une vengeance dans son cœur. 10
La vengeance du sénateur ne se fit pas longtemps attendre. Le lendemain, quand nos étudiants s'apprêtèrent à reprendre leur jeu, malencontreusement interrompu la veille, ils furent tout à coup accostés par un des gardiens galonnés du Luxembourg, qui leur interdit 15 de jouer « à leur jeu ». Toutes les représentations furent inutiles. Le gardien avait reçu une consigne sévère, et se refusa à discuter plus longtemps. L'équipe navrée ne put que faire demi-tour, impressionnée sans doute par la puissance et la majesté de la Haute Assemblée, 20 dont un seul membre avait assez d'autorité pour mettre fin à leurs ébats.
Au surplus, le Luxembourg n'est pas seulement un terrain de jeux pour les jeunes, il est aussi un salon de lecture où il fait bon lire son journal, assis à l'ombre d'un 25 bouleau. Les pauvres s'asseyent sur les bancs de bois, disposés le long des gazons, qui appartiennent à tout le monde. Les richards n'hésitent pas à prendre possession d'une des chaises métalliques peintes en jaune que l'on
rencontre le long des allées ombragées. La loueuse de chaises, du plus loin qu'elle aperçoit un client ou une cliente assis sur l'une de « ses » chaises, bondit sur lui, et lui présente un ticket de location, qui coûte la somme 5 de dix centimes. Le plus souvent, on se dépêche de payer ses dix centimes, pour se débarrasser de la vieille — car toutes les loueuses de chaises sont vieilles, et de plus affreusement laides. Elles ont invariablement le nez crochu et la bouche édentée; toute leur physionomie
lo inspire la frayeur, et cette impression d'horreur est encore augmentée par leur chapeau de paille à ruban noir, qui épouvanterait même des pierrots de Paris. Or on sait qu'il n'y a pas plus effronté, pas plus impavide qu'un moineau parisien. . .
15 Parfois, dans un coin solitaire du Jardin Anglais, on aperçoit sur un banc une grand'maman qui tricote en surveillant du coin de l'œil ses deux petits-enfants qui jouent au cerceau. Ailleurs, une étudiante travaille, ses cahiers sur les genoux. D'une main elle porte à la
2o bouche un croissant qu'elle grignote: elle a sans doute une heure de liberté entre deux cours et prend un lunch frugal tout en relisant ses notes pour l'examen qui approche.
Dans un autre coin du jardin, derrière les statues de
25 reines et de princesses qui bordent le parterre central, on entend tout à coup des salves d'éclats de rire enfantins. C'est tout un auditoire de bambins et de bambines assis sur des miniatures de bancs, en plein air, les yeux fixés sur la scène du guignol. Guignol est précisément
30 battu comme plâtre par son énergique épouse, Madelon.
Cette dernière a réclamé à son mari l'argent de sa semaine, qu'il doit rapporter au complet tous les samedis soirs, pour les besoins du ménage. Or Guignol a tout converti en bon vin blanc, et le bon vin blanc a tout été bu, avec l'aide de quelques copains complaisants, au café voisin s du Chariot d'Or. Visiblement Guignol a mauvaise conscience. Il sent qu'il a eu tort. Il est presque reconnaissant à sa femme de le battre, et c'est ce qui fait tant rire toute cette innocente enfance.
Le guignol est inséparable du Luxembourg. S'il n'y lo avait pas de guignol au Luxembourg, le Luxembourg ne serait assurément plus tout à fait le Luxembourg. Même pendant la guerre, les représentations quotidiennes ont continué sans autre relâche que l'interruption habituelle de l'hiver, et l'une de mes amies américaines m'a 15 conté le fait suivant, qui l'a beaucoup frappée:
Un jour de l'été 1918, pendant le bombardement à longue distance que les Allemands infligèrent à Paris, il se trouva que Guignol fut battu par sa femme (cela lui arrive assez souvent!) pour quelque peccadille, au mo- 20 ment précis où un gros obus éclatait avec fracas devant l'Ecole des Mines, à deux pas du Luxembourg. Et aussitôt de frais et joyeux rires partirent de tous les bancs, comme si c'était une réponse à l'obus allemand: petits Parisiens et petites Parisiennes suivaient avec tant 25 d'attention les démêlés domestiques de Guignol et de sa femme, l'irascible Madelon, qu'ils n'avaient même pas pris garde à l'éclatement de l'obus!
Dieu merci, ces temps belliqueux sont passés, et tous les Parisiens espèrent qu'ils ne reviendront jamais. Main- 30
tenant, les seuls bruits qui viennent parfois troubler la paix et la quiétude du Luxembourg sont le ronflement, dans le lointain, de quelque aéroplane, ou bien, vers l'heure du crépuscule, les roulements de tambour du 5 soldat bleu horizon qui se promène à pas mesurés dans les allées pour annoncer: « On ferme! On ferme! ».
Le Jardin des Plantes est à vrai dire un jardin scientifique, et fait partie du Muséum d'Histoire Naturelle. Il est situé près de la Seine et est lui aussi très visité par
lo la jeunesse des environs. Peut-être s'attendrait-on à y rencontrer de vieux naturalistes à lunettes. Mais ce n'est pas souvent le cas, et les savantes inscriptions latines qui accompagnent chaque plante — et lui donnent son vrai nom en « us » — ne sont que rarement
15 déchiffrées par les promeneurs. Ceux-là, il faut dire, ne savent pas toujours lire, car beaucoup sont des bébés à la mamelle ou au biberon, véhiculés dans leurs voitures, qui ne sauront guère épeler que dans cinq ou six ans, et les mamans ou les nounous qui promènent leurs nour-
20 rissons sont plus préoccupées de surveiller leur sourire que d'apprendre le nom latin de l'œillet ou de la primevère.
Le Jardin des Plantes offre surtout deux attractions: le labyrinthe et la ménagerie.
25 Le labyrinthe est un dédale d'allées circulaires qui tournent autour d'une petite colline artificielle. Il paraît qu'on peut même s'y perdre, avec un peu de bonne volonté. Il le faut, d'ailleurs, car un labyrinthe oii on ne pourrait pas se perdre serait un mauvais labyrinthe.
Au sommet de la colline se dresse un magnifique cèdre. C'est le premier cèdre qui fut jamais planté en France. Un savant naturaliste français le rapporta jadis du Liban — dans son chapeau, d'après la légende populaire. Il faudrait à présent un chapeau bien grand pour le contenir, 5 car c'est un arbre majestueux, qui n'a pas l'air de sentir les atteintes de l'âge, malgré ses deux siècles d'existence.
La ménagerie n'est pas bien loin. Elle fait la joie des enfants, car, comme chacun sait, il y a des liens de mystérieux amour entre les bêtes et les enfants. Les enfants 10 aiment les bêtes, et je crois bien que les bêtes aiment assez les enfants. Je connais pour ma part certaines bêtes qui aiment tant les petits enfants qu'elles en mangeraient bien volontiers un de temps en temps.
Quoi qu'il en soit, l'éléphant, la girafe, les singes, et 15 Martin l'ours (tous les ours s'appellent Martin) sont toujours entourés d'une rangée de têtes bouclées, et la marchande de pain et de brioches fait toujours de bonnes affaires: les enfants adorent donner à manger aux animaux, et c'est si amusant de voir l'éléphant saisir tout 20 un petit pain à l'extrémité de sa trompe et le fourrer droit en bouche, sans jamais le mettre à côté!
Sur la rive droite, le jardin le plus connu et le plus fréquenté est sans doute le Jardin des Tuileries, qui est de création assez récente. Situé tout près du Louvre, au 25 bord de la Seine, il s'étend sur l'emplacement d'un ancien palais des rois de France, construit jadis par Catherine de Médicis, et qui fut incendié pendant la Commune. Les Tuileries ont aussi leur bassin, où les enfants font
naviguer leurs bateaux à voile. Les marronniers et les tilleuls y entretiennent une ombre et une fraîcheur propices. Les pigeons et les moineaux y sont si absurdement gras — tant les enfants leur jettent de miettes de pain S et de gâteau — que l'on s'étonne qu'ils soient encore assez agiles pour voler.
Il est rare que dans un coin du jardin on ne rencontre pas le charmeur d'oiseaux bien connu des enfants. Il est environné d'une nuée de moineaux qui ont pour lui
lo toutes les familiarités: ils mangent dans sa main et jusque dans la poche de son veston, ils se perchent sur son chapeau, sur son épaule, ils rattrapent au vol les miettes que leur jette leur géant ami. Il les connaît tous, malgré que pour le profane un moineau et un autre moineau se
15 ressemblent comme deux gouttes d'eau; il leur a donné des noms; il les désigne chacun par le sien, et quand c'est Jacquot qu'il appelle pour lui lancer une miette, c'est bien Jacquot, et non Jeannot ou Colin, qui accourt manger sa miette.
20 Naturellement, il y a toujours foule autour du charmeur d'oiseaux, et les enfants ne peuvent pas se lasser d'observer toutes ces petites bêtes sautillantes et piaillantes. Parfois, ils veulent imiter le charmeur, et avancent la main pour attraper un moineau. Mais jamais
25 ils n'y réussissent, car, frr . . . t!, toujours le moineau s'envole avant! ,
Paris possède d'autres parcs encore, mais nous ne pouvons songer à les mentionner tous. De plus il est à Paris une multitude de squares^ c'est-à-dire de tout petits
jardins publics, entourés d'un semblant de clôture. Certains ne consistent guère qu'en un bouquet d'arbres et une pelouse, avec quelques fleurs et une statue au milieu. Les Parisiens assurent souvent qu'un arbre de plus et une statue de moins feraient bien mieux leur affaire, car s Paris est véritablement semé de statues. Et elles ne sont pas toujours belles. Et parfois elles sont fort laides.
Il y a quelques années, un journal organisa un concours parmi ses lecteurs pour savoir laquelle de ces statues était la plus laide. Mais on ne réussit pas à tomber lo d'accord, et il y a à Paris une douzaine au moins de statues pour lesquelles on peut revendiquer la gloire d'être « la plus laide de Paris ».
Si petits que soient ces squares, ils sont de bons et modestes serviteurs du peuple. Leurs allées sont sablées, 15 et il est bien rare que des enfants ne profitent pas de l'occasion pour faire des pâtés de sable avec leurs pelles et leurs seaux. L'été, des employés municipaux arrosent buissons et gazons à grands jets d'eau, et quand, pour taquiner les enfants les plus curieux qui s'approchent 20 trop près, l'arroseur dirige sur eux son jet et les mouille, ce sont des éclats de rire et des fuites éperdues!
Parmi ces squares, citons-en au moins deux.
L'un est le Square de Cluny, d'un pittoresque tout particulier. Il est contigu au musée du même nom. Au 25 milieu du jardin, se trouvent les Thermes de Julien, l'empereur romain. Les Thermes sont encore fort bien conservés, et l'on reconnaît parfaitement la piscine. Et pourtant ce lieu historique subit bien des vicissitudes à travers l'histoire. Pendant la Révolution, il fut converti 30
en une blanchisserie, puis, pendant d'assez nombreuses années, un tonnelier y répara ses tonneaux !
Un autre square très charmant est le Square de l'Archevêché, situé à la pointe de l'Ile de la Cité, derrière la S cathédrale Notre-Dame. De grands beaux arbres y épanouissent leur ombre touffue, et il est peu de spectacles plus inspirants que cet enchevêtrement de branches, d'arcs-boutants, de feuilles vertes et de clochetons gris. C'est peut-être de tous les coins de Paris celui qui a été lo le plus amoureusement peint par des générations de peintres américains.
Il convient d'ajouter ici que Paris a malgré tout conservé un certain nombre de jardins privés. Ces jardins sont pour la plupart ceux de vieux hôtels ayant jadis
15 appartenu, ou appartenant encore, à des familles de l'aristocratie française. Quelques-uns entourent des couvents, dont il subsiste plus d'un au cœur même de Paris. Mais, comme nous l'avons expliqué, ils tendent à disparaître. Du temps de Balzac, il y en avait bien
20 davantage. S'il y avait eu une Tour Eiffel en ce temps-là, et qu'on eût contemplé Paris du haut de ses trois cents mètres, Paris eût semblé encombré d'îlots de verdure. Il n'y a d'ailleurs pas si longtemps, l'emplacement même oii se trouve actuellement la Tour Eiffel était. . . un
25 rustique vignoble donnant de fort bon vin I
Dans ces prochaines années, on va démolir nombre de maisons trop vieilles, trop humides, qui jamais ne reçoivent la lumière du soleil — de vrais nids à tuberculose. On
avait déjà commencé ce travail de démolition en 1914, quand la guerre est venue interrompre cette œuvre utile pour plus de six ans. Il est à espérer que ces vieilles maisons ne feront pas toutes place à de nouvelles, et que beaucoup seront tout simplement remplacées par des 5 arbres et des pelouses. Une ville, et surtout une grande ville, a besoin de respirer comme un homme. Et ses poumons à elle, ce sont les arbres, les buissons, l'herbe et les fleurs !
Le café joue un grand rôle dans la vie du Parisien. C'est le club oii il est sûr de rencontrer les mêmes amis à la même heure, et d'être servi à la même table par le même garçon. C'est en même temps une sorte de bureau
5 où il peut régler une affaire délicate avec un client venu de province, ou habitant une partie éloignée de Paris. La « terrasse » du café, où des chaises vous invitent à vous asseoir devant une petite table ronde, est un admirable observatoire d'où l'on voit défiler la foule hu-
lo maine sur les trottoirs des boulevards. Cet observatoire est particulièrement recherché des Parisiens le jour du Mardi gras, car, ce jour-là, ce ne sont que rires, cris et bousculades. Chacun a son sac de confettis, et les jeunes gens en jettent de pleines poignées à la tête — et dans
15 les cheveux — des jeunes filles qui passent. Ces dernières
se défendent bravement, et plus d'une attaque — sans
provocation — le paisible bourgeois assis devant son
verre de bière.
Le café est en même temps un lieu où le Parisien peut
20 faire sa correspondance, sur du papier et avec l'encre que lui apporte le garçon, jusqu'à ce que sa femme ait fini ses achats au grand magasin d'à côté. S'il est poète, il y écrit des vers. C'est dans les cafés du Quartier Lati»
que Verlaine, et tant d'autres, ont écrit quelques-uns de leurs plus beaux vers.
Chose paradoxale, aller au café, c'est parfois, en France, faire des économies: l'hiver est dur aux employés, aux petits rentiers; il faut se chauffer, il faut s'éclairer, et 5 cela coûte fort cher, surtout par ces temps oii l'on n'a de rien en abondance et où le charbon est si rare. Or la tasse de café — la demi-tasse — ne coûte que quelques sous, en échange desquels on a aussi la clarté de l'électricité et la chaleur du poêle. Plus d'un personnage a 10 débuté ainsi. Plus d'un humble, qui est devenu par la suite grand magistrat, est allé tous les soirs avec sa femme travailler dans un café, où il trouvait revues et journaux.
Les cafés pourvoient à tous les besoins du Parisien, 15 ou presque; souvent ils sont en même temps des restaurants. Beaucoup offrent au consommateur des chansons et des danses après dîner. Dans d'autres, il peut assister aux meilleures parties d'échecs ou de billard qui puissent se disputer dans la capitale. S'il demande, dans 20 un autre, une tasse de thé, il peut entendre le grand écrivain X . . . (qui n'est pas membre de l'Académie) discuter les lois de la bonne prose française avec quelque disciple, ou le grand peintre Y . . . expliquer pourquoi il ne peut pas expHquer son dernier tableau, qui a fait sensa- 25 tion au Salon d'Automne. Ailleurs, des officiers en retraite jouent au bridge ou disent du mal du ministre de la guerre actuel, tandis que des étudiants fument la pipe dans un coin et parlent philosophie.
Beaucoup d'Européens, dont les pays sont trop froids 30
n LE PARIS D'AUJOURD^HUI
pour que l'institution du café en plein air puisse y exister, ne comprennent pas le rôle que joue le café à Paris. Ils voient surtout dans le café un endroit oii l'on perd son temps et où l'on boit sans avoir soif, simplement parce 5 que c'est l'habitude de boire, parce que les autres boivent. Ces étrangers oublient une chose, c'est qu'ils ont chez eux exactement la même institution, avec cette différence qu'ils l'appellent club, non café, et qu'ils y causent et y boivent entre quatre murs, invisibles aux regards profanes,
lo au lieu de causer et de boire en public, au grand jour. Aussi est-il ridicule de prétendre que le Parisien ne connaît pas la vie de famille, ne peut pas avoir de vie de famille parce qu'il vit au café. En réalité, les femmes, en France, vont beaucoup moins souvent au café que les
15 Anglaises ou les Américaines ne vont à leur club, et elles n'y vont qu'accompagnées de leur mari ou de leur père. Quant à des clubs, les Parisiennes n'en ont pour ainsi dire pas. Leur club, c'est précisément leur maison, leur cuisine, leur salle à manger, leur salon, leur mari et leurs
20 enfants. Aucune femme ne s'occupe davantage de son intérieur que la Parisienne. Aussi la vie de famille n'estelle nulle part plus développée, plus intime, plus charmante qu'à Paris.
Il est des villes qui sont la création d'un seul homme. Alexandrie fut fondée par Alexandre le Grand, Pétrograd par Pierre le Grand. De même, Versailles doit la vie à Louis le Grand, qui l'a conçu lui-même, et à qui nous devons l'énorme château bien connu des touristes s étrangers.
A vrai dire, Versailles est le complément de Paris, et ce serait une hérésie de visiter Paris sans visiter Versailles. Jadis, Versailles était le rival de Paris, et les Parisiens ne voyaient pas d'un bon œil cette ville sans passé, cette lo parvenue qui s'improvisait capitale de la France et d'où partaient les ordres que Paris n'avait qu'à exécuter bien humblement.
Maintenant, cette rivalité semble définitivement terminée au profit de Paris. Paris est la vraie capitale de la 15 France. C'est Paris qui vit, alors que Versailles n'est plus guère qu'un merveilleux musée de choses mortes. Versailles ne fait plus l'histoire de France, sauf un jour tous les sept ans, le jour où le Sénat et la Chambre des Députés se rassemblent en congrès au château de Ver- 20 sailles et élisent un nouveau Président de la République. Exceptionnellement, il s'y peut toutefois dérouler quelque acte d'une suprême importance internationale, comme la
proclamation de l'Empire allemand le i8 janvier 187 1, ou la signature du traité de paix entre l'Allemagne et l'Entente, le 28 juin 1919. Mais vite Versailles retombe dans sa torpeur, et redevient un simple but de promenade S pour les Parisiens, ou les étrangers séjournant à Paris, qui s'y peuvent rendre en une demi-heure d'auto (par l'excellente « route de Versailles ») ou en un quart d'heure de chemin de fer.
Autrefois, Versailles n'était qu'un petit hameau, quel-
10 ques maisons à peine, perdues dans les bois qui entouraient Paris. Ces forêts étaient fort riches en gibier, et comme les rois de France étaient d'enragés chasseurs, il leur arrivait de passer à Versailles en allant à la chasse ou en en revenant. Louis XIII y eut un pavillon de
15 chasse. Le site en plut tant à Louis XIV qu'il résolut d'y bâtir un palais et de s'y faire dessiner un jardin « à la Française ». C'est ce palais qui subsiste encore, avec quelques additions postérieures.
Ce qui frappe avant tout, au palais de Versailles, c'est
20 son immensité. C'est un vrai dédale de salons succédant à d'autres salons, de galeries succédant à d'autres galeries. Beaucoup de ces salons ont conservé d'admirables boiseries du dix-huitième siècle. Plusieurs sont pour ainsi dire meublés comme il l'étaient du temps du
25 Grand Roi. C'est ainsi que l'on voit encore, dans la Chambre du Roi, le lit même où coucha jadis Louis XIV. Les murs sont ornés d'innombrables tableaux, quelquesuns gigantesques, qui dépeignent des scènes de l'histoire de France. Ces scènes sont pour la plupart des batailles
Ilf^
où des soldats tuent d'autres soldkts à coups de flèches, ou de mousquets, à moins que ce ne soit à grands coups d'épée ou de sabre. Des généraux à cheval, avec de grands panaches, mènent des régiments à la charge. Vraiment on croirait que l'histoire de France n'est qu'une 5 interminable succession de batailles. Et c'est, hélas, vrai! La France a subi plus de guerres peut-être que n'importe quel autre pays, et c'est pour cela que les Français et les Françaises ont appris, mieux que n'importe quel autre pays, à haïr la guerre, à haïr toutes les guerres ! 10
Mais le palais de Versailles n'est pas qu'un musée d'histoire et de peinture historique. Il ne faut pas le considérer en lui-même, car, pris en lui-même, il est froid, pompeux, monotone. Il faut le voir comme partie d'un tout, comme partie de cet admirable ensemble 15 qu'est le parc de Versailles. Chacune des innombrables fenêtres du palais offre une vue incomparable sur quelque coin de ce parc, et c'est cette vue qui constitue le vrai décor des salles d'apparat, plutôt que leurs tableaux ou leurs tapisseries aux somptueuses couleurs. 20
Le parc est infiniment varié dans ses aspects. Sa partie la plus fameuse et la plus majestueuse — majestueuse avec élégance — est la perspective de plus de trois kilomètres qui conduit le regard de la Galerie des Glaces au Tapis Vert et au Grand Canal. Ces belles hgnes 25 d'eau et de verdure sont uniques au monde.
Ce ne fut d'ailleurs pas sans peine que Louis XIV créa tous ces bassins, cai le site de Versailles avait un grand défaut: il y manquait une rivière, il y manquait de l'eau.
Louis XIV ne demeura pas longtemps embarrassé par cette difficulté. Il ordonna tout simplement d'amener une rivière à Versailles, et celle qu'il choisit fut un affluent de la Seine, l'Eure, dont il capta les eaux à cent kilo- 5 mètres de là, près du village de Pontgouin. Et l'on peut encore admirer aujourd'hui les vestiges de ses gigantesques travaux, notamment les ruines du magnifique aqueduc de Maintenon, qu'il fit bâtir, et dont les trois rangées d'arches superposées enjambent la large vallée de l'Eure tout
lo comme si elles dataient du temps des Romains, grands bâtisseurs de ponts. . .
Ce projet grandiose ne put cependant être réalisé, car trop de guerres vinrent saigner les finances du Roi et de la France, et surtout, Louis XIV avait besoin, sur les
15 champs de bataille, des ouvriers qui devaient assembler ces régiments de gros moellons. Mais le Grand Canal a tout de même de l'eau, de l'eau qui vient de plus près, et maintes fois Louis XIV observa de sa fenêtre, sur ce canal, de gracieuses évolutions de gondoles vénitiennes
2o — car il avait fait venir de Venise gondoles et gondoliers, pour se distraire les jours d'ennui.
De temps en temps, on lâche les « Grandes Eaux », c'est-à-dire que de partout — de la gueule des animaux de bronze qui ornent les bassins, d'entre les rocailles et les
25 nénuphars — jaillissent des jets énormes d'eau éblouissante, ou plutôt de féerique poussière de diamant. On croirait alors que tout le parc n'est plus qu'une danse folle de gouttes d'eau qui se jouent avec les rayons du soleil. Les dimanches de « Grandes Eaux », tout Ver-
30 sailles, et des multitudes de Parisiens, se donnent rendezvous dans les allées du parc.
Pendant la guerre, les Grandes Eaux ne jouèrent pas une seule fois, car Versaillais et Parisiens avaient d'autres préoccupations en tête. Aussi fut-ce une véritable fête — et point seulement pour les enfants, qui adorent naturellement ce spectacle — que le jour du printemps 1919 oii 5 pour la première fois depuis cinq ans on ouvrit tout grands les robinets. . .
De chaque côté de la perspective centrale du Grand Canal, il y a de magnifiques rangées d'arbres — marronniers, ormes centenaires, tilleuls — , des bosquets his- 10 toriques, d'autres bassins, agrémentés de jolies statues mythologiques, des plates-bandes de fleurs, des roseraies, des buissons taillés en formes bizarres, des allées bordées de buis — bref, une combinaison de nature et d'art qui fait du parc de Versailles une des plus belles choses qui 15 soient.
Abrités derrière un rideau de verdure, on aperçoit le Grand Trianon d'abord, puis le Petit Trianon.
Ces deux palais, beaucoup plus petits naturellement que celui de Versailles, ont eux aussi leur histoire, quoi- 20 que plus jeune d'un siècle. Ecoutons le gracieux récit qu'en fait Bachaumont dans ses Mémoires:
« La Reine, étant Dauphine, avait témoigné son désir d'avoir une maison de campagne à elle, oii elle pût faire ce qu'elle voudrait. Sa Majesté, qui en était instruite, 25 lui a dit, il y a quelques jours:
— Madame, je suis en état de satisfaire à présent votre goût. Je vous prie d'accepter pour votre usage particu- Her le Grand et le Petit Trianon. Ces beaux lieux ont
toujours été le séjour des favorites des rois: conséquemment ce doit être le vôtre.
« La Reine a été très sensible à ce cadeau et surtout au
compliment galant par où l'offre en a été terminée. Elle
S a répondu au Roi, en riant, qu'elle acceptait le petit
(Trianon), à condition qu'il n'y viendrait que lorsqu'il y
serait invité. »
Des deux Trianons, le petit est peut-être le plus charmant. A demi dissimulé parmi les arbres, joli dans son
lo artificielle simplicité, se reflétant dans l'eau d'un étang idyllique, on aperçoit le Hameau de Marie-Antoinette. La jeune Reine de France venait y oublier les soucis de la royauté et les exigences de l'étiquette. Là, dans sa ferme, elle s'amusait à traire ses propres vaches; dans
15 son poulailler, elle venait nourrir de ses propres mains ses propres poussins; dans sa laiterie, elle faisait son propre beurre. Il ne manquait rien pour faire le bonheur d'une élégante de la cour métamorphosée en paysanne, ni le Moulin, ni le Boudoir, ni même le Temple de l'Amour
20 aux blanches colonnes. . . Et pourtant Marie- Antoinette n'y fut pas heureuse. Elle avait beaucoup d'ennemis à la cour, et on se souvient de sa triste et sanglante fin. . .
Tout à côté, les curieux peuvent aller voir la salle des voitures, où des rangées de carrosses dorés alignent leurs
25 paires de roues. Chacun de ces carrosses d'aspect prodigieusement démodé a joué son rôle dans quelque occasion solennelle,, au sacre de Charles X ou à la visite de quelque roi ou empereur.
L'amateur de pêche peut aller exercer son talent non
30 loin de là, dans le très poissonneux Etang des Suisses.
Il ne sera d'ailleurs point seul au bord, car on y voit toujours des rangées de cannes à pêche parallèles maniées par de bons vieux Versaillais. La ligne de chemin de fer de Brest passe tout à côté, et c'est à toute minute un bruyant va-et-vient de trains. Mais nos pêcheurs ne 5 daignent pas même lever la tête. Leurs poissons les intéressent bien davantage. Ce sont pour la plupart des > retraités — anciens professeurs, anciens officiers, anciens magistrats. Qu'on ne s'étonne pas d'en voir tant ici: Versailles est par excellence la ville des retraités. La vie 10 y est calme et tranquille. A peine quelques lignes de tramways. Presque toutes les rues y sont des avenues démesurément larges, plantées de quatre ou même de six rangées d'arbres. Chaque maison est si éloignée de la chaussée qu'on entend à peine, des balcons, les bruits de 15 la rue. Toute l'armée française pourrait aisément camper sur ces spacieux trottoirs. Aussi bien, pendant la guerre, on y concentra des automobiles miUtaires par miUiers. Par-ci par-là, quelques hôtels, de ces vieux hôtels où l'on mange une cuisine exquise, et où personne ne songerait 20 même à faire de bruit. , .
Là est l'un des grands charmes de Versailles: on y est à deux pas de Paris, la plus active, la plus agitée des villes; et quand on revient de Paris, le soir, on s'en croirait à mille lieues ou plus, tant, à Versailles, la paix 25 est profonde et le silence inviolé.
La France est par excellence le pays des vieilles cathédrales romanes et gothiques. Nul autre pays d'Europe n'en possède autant, ni d'aussi parfaites.
L'Angleterre a les siennes, et elles sont fort impres- 5 sionnantes, avec leur alignement de créneaux, mais leurs voûtes sont étroites et manquent de hardiesse.
L'Allemagne a les siennes, et il en est de remarquables, mais comme leur sculpture paraît souvent pauvre et mesquine !
lo L'Italie a les siennes, et qui n'a admiré leurs majestueuses colonnades de marbre, leurs mosaïques éclatantes? Mais il y manque les vitraux, sans quoi une cathédrale n'est pas tout à fait une cathédrale.
L'Espagne a les siennes, mais celles du Nord sont 15 influencées par l'art français, celles du Midi par l'art arabe.
Mais c'est la France, et la France seule, qui a inventé et réalisé le type accompli de l'église gothique. Et les contemporains ne s'y sont pas trompés, car, lorsqu'un 20 évêque ou un archevêque étranger désirait bâtir une cathédrale à ses paroissiens, ou bien il faisait venir un architecte français dans sa ville de Hongrie ou d'Espagne, ou bien il envoyait ses sculpteurs se perfectionner dans leur art aux ateliers de Reims ou de Chartres.
Dans la seconde moitié du siècle dernier — alors que les habitants des divers pays d'Europe venaient de découvrir l'incomparable beauté de leurs vieilles cathédrales— une grande controverse naquit: oii fallait-il situer le berceau de l'art gothique? En France ou en 5 Allemagne?
A cette question, les Allemands répondirent bruyamment: «En Allemagne, parbleu!» et ils prouvèrent — ou plutôt crurent prouver, à force de l'affirmer — que l'art gothique était né au bord du Rhin, à Aix-la-Chapelle, 10 à Spire et à Cologne, que de là, cet art germanique avait gagné, par la Suisse et la Belgique, l'Italie et la France.
Les archéologues français conservaient bien quelques doutes, mais les Allemands étaient si affirmatifs et les Français si timides et si naïfs qu'ils ne songèrent pas à 15 contredire sérieusement les affirmations allemandes.
Petit à petit, grâce au travail des savants, la vérité se fit jour, et elle est maintenant clairement établie, et les archéologues allemands la reconnaissent de bonne grâce: l'art gothique est un art essentiellement français. 20 Son berceau est l'Ile-de-France, cœur de la France. La première grande église gothique qui fut jamais bâtie est l'église abbatiale de Saint-Denis, aux portes de Paris. D'autres suivirent, la cathédrale de Chartres, celle de Paris, celle d'Amiens, celle de Bourges, puis des douzaines 25 et des douzaines, toutes différentes, et pourtant toutes se ressemblant par l'esprit.
Bientôt, cet art nouveau gagna l'étranger — Allemagne, Italie, Angleterre. Mais c'est en France qu'il en faut étudier les tvoes les plus achevés. 30
Nous ne pouvons songer, en quelques pages, à donner un « guide » des cathédrales françaises, mais au moins pouvons-nous essayer de les expliquer, et fournir sur elles quelques données essentielles.
S John Ruskin, le célèbre écrivain anglais, a in ti tu ré
Bible d'Amiens un de ses livres les plus connus, consacré
à la cathédrale d'Amiens.
Impossible d'imaginer un titre mieux choisi. Une
cathédrale française est une Bible, une sorte de Bible lo des Pauvres, une véritable encyclopédie à l'usage des
chrétiens, contenant tous les enseignements, toutes les
connaissances nécessaires à l'homme.
Qu'on ne l'oublie pas, il n'y avait pas de livres au moyen
âge, et, tout ce que pauvre ou riche devait savoir se 15 trouvait soit sculpté en pierre au grand portail de son
éghse, soit dessiné en fresques sur les murs intérieurs de
son église, soit peint en verre sur les vitraux de son église. Tout dans une cathédrale a une signification. Les
bonnes gens de l'époque comprenaient sans peine le sens 20 de ces vitraux et de ces statues, ils connaissaient sur le
bout du doigt les merveilleuses aventures de ces hommes
de pierre. Mais nous, nous ne connaissons plus, nous ne
comprenons plus, et il faut qu'on nous explique: ces
trois petits enfants nus nichés sur les genoux de ce vieil- 25 lard assis, ce sont les âmes des Justes au Paradis, qui
reposent dans le sein d'Abraham.
Cet homme couché, avec ce petit enfant nu qui a l'air
de sortir de sa bouche, c'est un Saint sur son lit de mort;
le petit enfant, c'est son âme, qu'il rend à Dieu.
Cette jeune femme qui s'appuie sur une roue, et tient une palme à la main, c'est Madame Catherine, Sainte et Martyre, qui fut rouée vive par son cruel persécuteur, parce qu'elle était chrétienne, et cette palme qu'elle tient au long de son épaule, c'est sa palme de martyre, le sym- 5 bole de sa mort glorieuse.
Ces scènes, qui ont toutes un sens, et dont l'ensemble ^ forme une véritable encyclopédie, peuvent se diviser en quatre miroirs^ pour parler comme au moyen âge.
I. Le plus important de ces quatre miroirs est le 10 Miroir Historique. Mais l'histoire qui importe pour le chrétien, ce n'est pas l'histoire des rois, des empereurs, des guerres ou des peuples. C'est l'histoire de la création du monde, l'histoire du peuple d'Israël, l'histoire de Jésus-Christ. Autrement dit, c'est l'Ancien et le 15 Nouveau Testament.
Ce qui importe aussi, c'est l'histoire des Apôtres et l'histoire des Saints.
Comme les conteurs du moyen âge avaient beaucoup d'imagination, ils ont inventé à ces Apôtres et à ces Saints 20 des histoires fantastiques, adorablement naïves. C'est ainsi que Saint-Thomas est allé aux Indes convertir les païens, et là il a construit des palais féeriques.
Pour prendre un autre exemple, les aventures de Saint- Eustache se trouvent racontées dans presque toutes nos 25 cathédrales, mais particulièrement sur un vitrail de Chartres.
Le vrai nom d'Eustache était Placidas. C'était un général païen, marié, et père de deux fils. Il aimait beau-
coup la chasse. Un jour qu'il courait un cerf, Jésus- Christ lui apparut, l'invitant à se convertir. Placidas tomba à genoux, ébloui par cette vision, et devint chrétien. Sa femme et ses enfants se convertirent avec lui. 5 Mais l'empereur, qui était païen, se mit dans une grande colère contre lui: il lui enleva son commandement et lui confisqua ses biens. Il ne resta plus à Eustache qu'à émigrer en Egypte avec femme et enfants.
Quand la famille, très triste, arriva au port en Egypte,
lo comme Eustache n'avait pas d'argent pour payer son passage et celui des siens, le méchant patron garda sa femme et refusa de la laisser partir. Eustache débarqua donc seul, avec ses deux fils. Longtemps ils marchèrent. Finalement, ils arrivèrent à un fleuve, gonflé par de
15 grandes pluies. Comment le traverser?
Il y avait bien au bord un tout petit bateau, mais il n'y avait place dedans que pour deux, pas pour trois. Eustache laissa donc sur la rive l'un de ses fils, afin de transporter l'autre d'abord. Quand il eut transporté le
20 premier sur l'autre rive, il se remit en route pour aller chercher le second. Malheureusement, comme il se trouvait déjà au milieu du fleuve, des loups vinrent, qui emportèrent l'un de ses fils. Et, au même moment, un gros lion apparut sur l'autre rive, qui se jeta sur son
25 second fils et le dévora.
Après avoir perdu sa femme, voici donc qu'Eustache avait perdu ses enfants. Il ne lui resta qu'une chose à faire, devenir soldat pour gagner sa vie. C'est ce qu'il fit. Il était si brave, et tua tant d'ennemis, qu'il ne tarda
30 pas à devenir de nouveau général.
Un jour qu'il se trouvait dans une hôtellerie, il y vit deux beaux jeunes gens en uniforme de soldat, et il pensa: « Ils ont tous deux l'âge qu'auraient mes deux fils s'ils vivaient. » Au même moment l'hôtelière pensait: « Cet homme ressemble beaucoup . à mon mari bien- 5 aimé. »
Et toute la famille se retrouva au complet, car c'étaient bien la femme et les enfants d'Eustache qui se trouvaient ' dans l'auberge: sa femme avait été relâchée par le patron de la barque, et elle s'était faite hôtelière. Ses fils avaient 10 été sauvés, l'un de la gueule des loups par des bergers, l'autre de la gueule du lion par des paysans. Us avaient été élevés par leurs sauveurs, avaient grandi, et étaient devenus soldats dans l'armée même de leur père, sans le savoir. 15
Pendant quelque temps, la famille vécut heureuse, mais l'histoire finit tragiquement. De nouveau Eustache refusa d'adorer les idoles. Sa femme et ses enfants refusèrent aussi. Et, au sommet du vitrail de Chartres, on voit Eustache et sa famille enfermés dans un taureau 20 d'airain, sur l'ordre du cruel empereur. Us ont les mains jointes en prière, tandis que de méchants bourreaux allument un grand feu sous le taureau et font rôtir la famille martyre.
Cette histoire paraît enfantine et fantastique. Mais 25 elle est tout à fait typique. Tous les Saints au moyen âge avaient des légendes aussi merveilleuses, et l'on ne peut pas comprendre les cathédrales si l'on ne connaît quelques-unes au moins — les plus répandues — de ces légendes. 30
2. Le second miroir sculpté aux façades des anciennes cathédrales est le Miroir Moral.
La vie du chrétien, pour les vieux imagiers français, est une continuelle lutte entre le vice et la vertu. Le chrétien S doit rechercher la vertu et fuir le vice. Et voilà pourquoi on voit à Notre-Dame de Paris et à Notre-Dame de Chartres, entre autres scènes de vices et de vertus, deux scènes curieuses: un guerrier se sauve à toutes jambes, l'air épouvanté, jetant son épée pour mieux courir. On
lo se demande ce qui a pu lui faire si peur. En regardant la scène de plus près, on s'aperçoit que c'est. . . un petit oiseau à Notre-Dame de Paris, et un colimaçon à Notre- Dame de Chartres! Un mot latin est gravé à côté: IGNAVIA. Or ignavia signifie lâcheté. La lâcheté était
iS en effet, au moyen âge, considérée comme un des pires vices, qu'il faut éviter comme la peste.
3. Le troisième miroir est le Miroir de la Nature. Les douze mois de l'année sont représentés chacun par une scène caractéristique. En mars, on taille la vigne. Aussi
20 le mois de mars est-il représenté par un paysan, capuchon sur la tête, qui taille sa vigne, afin d'avoir une bonne vendange.
Mai est le mois où il est le plus agréable pour les chevaliers et leurs dames de chasser, après le long hiver.
25 Aussi mai est-il figuré par un chevalier qui tient un faucon sur le poing: chacun sait qu'au moyen âge on aimait beaucoup chasser au faucon.
En décembre, il fait trop froid pour sortir, la terre est couverte de neige, le paysan n'a pour ainsi dire rien à
faire. Aussi décembre est-il représenté par un villageois qui a retiré ses sabots, les a soigneusement posés à côté de soi et — assis sur un escabeau — se chauffe les pieds au feu de sa cheminée.
4. Le dernier miroir — celui qui complète cette en- 5 cyclopédie religieuse — est le Miroir de la Science et des Arts. Les sciences et les arts y sont représentés par ' un personnage marquant: l'agriculture par Abel gardant ses moutons, l'éloquence par Cicéron, la musique par Pythagore faisant tinter des cloches avec un marteau, 10 etc.
Ce sont ces quatre « miroirs » qui ornent et décorent la cathédrale de Strasbourg comme celle de Rouen, celle d'Amiens comme celle de Laon.
Ils n'ornent plus ni ne décorent, hélas ! la perle des 15 cathédrales, celle de Reims, car quatre ans de bombardement allemand presque continuel ont non seulement détruit les beaux vitraux de la cathédrale, mais mutilé les admirables statues des trois portails, crevé la voûte, massacré les arcs-boutants, émietté la dentelle de pierre 20 des rosaces. . .
Avant le bombardement, la cathédrale de Reims était le chef-d'œuvre de la sculpture française du treizième siècle. Nulle part ailleurs les sculpteurs champenois — qui sont sans doute les premiers sculpteurs de France — 25 n'avaient prodigué tant de grâce, ni fait preuve de plus de science. La façade principale, à elle seule, comptait plus de cinq cent trente statues, chacune d'elles un chefd'œuvre.
De plus, la cathédrale de Reims était, de toutes les cathédrales françaises, la plus remplie de souvenirs historiques. C'est là qu'ont été couronnés les rois de France pendant des siècles. C'est là surtout que Jeanne d'Arc, S récemment devenue Sainte- Jeanne, a mené se faire oindre le roi Charles VII. Et c'est ce sanctuaire sur lequel les Allemands ont déversé jusqu'à dix mille obus par jour !
Le plus étonnant est que la cathédrale soit encore debout, malgré toutes ses blessures. C'est que les archilo tectes du moyen âge bâtissaient lentement, qu'ils bâtissaient pieusement: ils ne bâtissaient pas pour une génération, mais pour toutes les générations. Ils ne bâtissaient pas pour un siècle, mais pour tous les siècles.
Reims restera longtemps, j'imagine, celle des cathé- 15 drales d'Europe qui attirera le plus de visiteurs. Car elle est la plus fameuse. Et, de plus, elle est au cœur même des champs de bataille, destinés à rester un but de pèlerinage pour toutes les nations qui ont combattu en France pendant la récente guerre.
20 Mais elle n'est pas la seule qui puisse être aisément atteinte de Paris en deux heures de chemin de fer ou d'automobile. Dans un rayon de moins de cent milles autour de Notre-Dame de Paris, au nord ou au sud, à l'est ou à l'ouest, le touriste peut visiter les merveil- 25 leuses cathédrales de Beauvais et de Rouen, de Noyon, de Saint-Quentin et de Soissons (ces trois dernières en pleine zone dévastée, et fort dévastées elles-mêmes), de Laon et d'Amiens, de Chartres et de Sens, d'Evreux et de Châlons.
Notre Dame
Comme Paris est le nœud du réseau routier français — de même qu'il est le nœud du réseau de chemins de fer — c'est Paris qui restera le quartier général tout désigné de tous les excursionnistes épris de beauté gothique.
Il y a d'ailleurs tout à parier que les routes resteront s généralement préférées aux chemins de fer, car, malgré la guerre, les grandes routes de France demeurent les plus belles, les mieux entretenues d'Europe, et, rouler sur elles ' en auto, c'est quasiment rouler sur du velours.
La terre de France est littéralement couverte de châteaux. On en trouve partout, et de toutes les époques.
Les lins sont en granit, les autres sont en grès. Les uns sont totalement en ruine, et les arbres croissent au flanc 5 de leurs remparts, les autres sont encore habités.
Tantôt ce sont des châteaux forts, bâtis dans la montagne, sur un roc abrupt, dont le donjon dresse encore sa fière silhouette. Ces châteaux sont particulièrement nombreux dans les Vosges: ils sont à portée de la plaine lo d'Alsace et des routes, car les ducs et les comtes qui les ont bâtis étaient les plus grands pillards que la terre ait portés. Ils surveillaient attentivement l'horizon, et, à peine avaient-ils aperçu quelque innocent marchand se rendant à la ville prochaine, qu'ils se jetaient sur lui, et 15 lui enlevaient ses marchandises, ses vêtements (s'ils avaient quelque valeur), et souvent, par la même occasion, la vie.
Tantôt ces châteaux sont des châteaux de plaisance, bâtis pendant la Renaissance, à une époque oii l'artil- 20 lerie du Roi avait rendu peu efficace la protection des remparts et des créneaux. A cette époque, les châteaux sont surtout construits en vue d'une existence élégante et raffinée. Les fenêtres sont de vraies larges fenêtres,
et non plus d'étroites meurtrières. Parfois les fossés subsistent, remplis d'une eau stagnante où se promènent lentement les grosses carpes noires. Mais cette eau — et le pont-levis qui permet de la franchir — ne sont plus un moyen de défense, mais un décor, un simple élément de 5 pittoresque.
Tantôt, enfin, ces châteaux ne remontent guère plus haut qu'au dix-huitième siècle, ou même au dix-neuvième. Ce sont des résidences spacieuses, consistant la plupart du temps en une partie centrale et deux ailes. Elles 10 sont le plus souvent toiturées d'ardoises. Elles appartiennent à de riches familles parisiennes qui viennent passer l'été à la campagne, à « leur » campagne.
Non loin du château, se trouve la ferme, qui fournit le lait et le beurre aux châtelains, et les écuries, qui abritent 15 les chevaux de labour et d'attelage. Ces écuries sont parfois immenses, comme au château du Grand Condé, à Chantilly. Mais elles ne contiennent plus guère de chevaux, car au cheval de labour se substitue de plus en plus le tracteur automobile, et au cheval d'attelage, la 20 limousine.
Plus loin, faisant toujours partie du domaine, ce sont des vignes ou des champs, où les lièvres et les perdrix s'offrent au fusil du chasseur, pour peu qu'il soit adroit.
Ou bien c'est la forêt, une de ces forêts françaises, 25 rationnellement soignées, dont les Français sont justement fiers. Chaque arbre y est compté. Le service des « Eaux et Forêts » y connaît exactement l'âge de chacun. Quand cette forêt est, par exemple, une forêt de chênes (et les plus belles forêts nationales de France sont des 30
m LE PARIS D'AUJOURD'HUI
forêts de chênes) aucun arbre n'y peut être abattu avant d'avoir atteint sa cent quatre-vingtième année. Aussitôt abattu, ce géant est remplacé par un nain, qui, dans cent quatre-vingts ans, sera lui-même géant.
5 Mais, ce qui frappe le plus l'Américain qui visite ces forêts, c'est eur propreté. Pas de troncs morts étendus sur le sol ! Pas de branches mortes sous les arbres ! Et si peu sur les arbres ! Au lieu que les forêts américaines sont encombrées d'arbres morts, debout ou couchés, qui
lo pourrissent sur place. Toutes les cheminées de France pourraient être chauffées, pendant des années, avec le bois mort des seules forêts du Wisconsin !
C'est qu'en France, depuis deux mille ans, automne après automne, paysans et paysannes ont ramassé le
15 bois mort dans la forêt du châtelain pour se chauffer pendant l'hiver. Il n'est donc pas étonnant que nos forêts soient d'apparence si propre, si soignée, si civilisée.
Parmi ces innombrables châteaux, nous pouvons dis- 20 tinguer deux groupes qui offrent peut-être les plus fameux spécimens: le groupe de la région parisienne, et le groupe des châteaux de la Loire.
Le siège permanent de la cour française a toujours été, dans les derniers siècles, Paris ou Versailles. Or les 25 grands seigneurs, courtisans assidus, n'aimaient pas se trop éloigner de la cour. Le grand nombre de châteaux qui entourent Paris n'est donc point pour nous surprendre. Mentionnons au hasard le château de Rambouillet, situé à une quarantaine de kilomètres de Paris. Il est depuis
plus d'un siècle la propriété du chef de l'Etat, c'est-à-dire, depuis cinquante ans, du Président de la République, qui vient de temps en temps y chasser, quand ses fonctions lui en laissent le temps. La forêt qui l'entoure est de toute beauté, et fort riche en faisans. 5
Non loin de Rambouillet, se trouve le château de Maintenon, qui appartint jadis à Madame de Maintenon, la favorite de Louis XIV. On y peut encore voir la chaise à porteurs dans laquelle Madame de Maintenon faisait ses courses à travers Paris — comme c'était la mode à 10 l'époque — pour éviter la boue de la capitale. Mais le plus curieux, c'est le délicieux et tout petit oratoire de Madame de Maintenon, éclairé par de charmants vitraux de la fin de la Renaissance. Car cette grande dame était une grande dévote. 15
La rivière Eure passe au pied du château, et les ruines grandioses de l'aqueduc construit par Louis XIV, qui émerge par endroits de la forêt, donnent un cachet tout particulier à l'exquis paysage dont le château reste le centre. 20
Cette belle résidence est maintenant celle des ducs de Noailles.
Le château de Coucy — non plus à l'ouest, mais au nord-est de Paris — appartient à une tout autre époque. C'est le plus beau type d'architecture militaire du 25 Xiiième siècle qu'il y ait en France. Ou plutôt ce l'était. . . car, hélas ! les Allemands l'ont fait sauter lors de leur retraite de 191 7, sans qu'on sache trop pourquoi, car le château n'avait plus la moindre valeur ni offensive ni défensive. 30
Au pied, coule une jolie et paisible rivière, qui porte le paisible et joli nom d'Ailette. Et pourtant, que de sang y coula, pendant la Grande Guerre !
Le château de Fontainebleau — situé près de la ville
S et au milieu de la forêt du même nom — est un des nombreux châteaux que construisit François P"". Au commencement du dix-neuvième siècle, il a été habité par Napoléon I". Depuis, il a servi à toutes sortes d'usages. Tout récemment, on a eu l'idée d'en faire une sorte de
lo Conservatoire de Musique. Les compositeurs et musiciens les plus illustres de Paris viennent y professer pendant les mois d'été. Cette institution nouvelle a aussitôt conquis la faveur d'un très grand nombre d'Américains et d'Américaines désireux de se perfectionner dans leur
15 art. Ils trouvent en effet les conditions idéales: toutes les ressources musicales de Paris — ce très grand centre musical — sont à leur disposition, et cela dans le plus admirable site que l'on puisse rêver pour l'été.
François I*''", grand bâtisseur de châteaux, n'a cepen- 20 dant pas moins aimé d'autres sites, celui surtout que le quinzième siècle avait déjà mis à la mode: le pays de Loire.
Ces beaux paysages verts et riants, avec leurs riches vergers et leurs nobles lignes de peupliers, ce coin de 25 « douce France » chanté par des générations de poètes, l'attiraient .lui comme les autres, et bien souvent, sous son règne, la cour s'attarda en ce paradis terrestre. Il ajouta une aile — et non la moins belle — au château royal de Blois. Cette aile comporte un escalier sculpté
d'une si merveilleuse et originale beauté que plusieurs y ont vu le chef-d'œuvre d'art de la Renaissance.
Les parties plus anciennes du château sont, sans doute, moins intéressantes du point de vue artistique, mais leur histoire est peut-être plus curieuse. En effet, 5 la reine Catherine de Médicis y habita. Or la reine Catherine de Médicis aimait se distraire. Sa distraction favorite consistait à se faire pharmacienne et à fabriquer des parfums et des poisons. On a récemment retrouvé les formules de quelques-uns de ces parfums, et il a 10 fallu constater qu'au seizième siècle Catherine de Médicis en savait à peu près autant sur l'art de fabriquer les parfums les plus exquis, les plus subtils, que tous les Pinaud et tous les Pivert du vingtième !
Quant aux poisons, elle les essayait indistinctement sur 15 ses amis ou sur ses ennemis. Rien de plus simple! On montre encore, au château de Blois, les petits placards dans lesquels elle cachait, dit-on, ses poisons les plus mortels, fines poudres blanches d'inoffensive apparence.
Mais on ne faisait pas que s'empoisonner entre amis, 20 au seizième siècle, on s'amusait aussi de plus innocente façon. Il se donnait, dans tous ces châteaux, des fêtes brillantes auxquelles toute la cour prenait part.
Parmi ces fêtes brillantes, les plus brillantes peut-être se donnèrent au château de Chenonceaux. Cette belle 25 demeure est bâtie sur la rivière Cher, ou plutôt une belle galerie du château traverse la rivière sur une rangée d'arches, ce qui est du plus gracieux effet.
Aujourd'hui, le château de Chenonceaux est un musée, et un fort beau, car tous les meubles, tous les tableaux, 30
toutes les tapisseries y sont de l'époque, et l'harmonie entre les salles à meubler et l'ameublement est complète. Il faudrait encore mentionner le château de Chambord, dont la forêt de clochetons, vue à distance, rappelle un 5 de ces prodigieux châteaux féeriques que l'on voit sur des illustrations de contes de fées. Il faudrait mentionner le château de Chinon, où Jeanne d'Arc eut son entrevue mémorable avec le roi Charles VII. Il en faudrait mentionner cent autres, dont chacun a son type de beauté lo propre. Mais toutes les descriptions qu'on en peut faire ne sont qu'un pâle reflet de la réalité. Le mieux est encore de faire le voyage et, comme on dit, « d'y aller voir ».
Questions
Pourquoi la physionomie de Paris change- t-elle rapidement? Le Paris d'aujourd'hui est-il entièrement différent du Paris de jadis? La cathédrale Notre-Dame a- t-elle changé de place depuis le siècle dernier? Y a-t-il encore beaucoup de chevaux à Paris? Qu'est-ce qui a remplacé les omnibus à chevaux? Par quoi sont remplacés les becs de gaz? Qu'est-ce que le Métropolitain? A-t-on beaucoup construit à Paris pendant la guerre? A-t-on recommencé à construire à Paris? Y a-t-il plus ou moins d'habitants à Paris qu'avant la guerre? Existe- t-il encore des fortifications à Paris? Pourquoi a-t-on démoli ces fortifications? Qu'y a-t-il maintenant à la place des anciennes fortifications? Que trouverat-on dans le bâtiment « Paris, Marché du Monde » ?
Exercise
Traduisez en français les phrases suivantes:
Paris has many bridges. Some hâve been built by the French kings, some by the French emperors, some by the republican government. There are many new buildings in Paris. There would be more if the war had not taken place. Some buildings are built with bricks, others with stones. Most buildings hâve slate roofs. Paris has a very extensive subway. There are several ttmnels under the Seine. The fortifications of Paris are gone. The
Parisian workmen used to grow salads and cabbages in the military zone of the fortifications. Those fortifications were perfectly useless. They hâve been pulled down. Now Paris can breathe better.
Questions
Tous les soldats américains qui sont allés à Paris y sont-ils allés avec une permission régulière? Les soldats américains ont-ils remporté de Paris l'impression d'une ville triste? Comment les soldats américains ont-ils surnommé Paris? Pourquoi Paris est-il une ville gaie? De quoi le savetier de La Fontaine se plaignait-il? Travaille- t-on beaucoup à Paris? Quelle est la ville du monde où l'on travaille le plus? Est-ce que Paris s'est construit en un jour? Les Parisiens se lèvent-ils très tard? Est-ce que Paris fabrique seulement des articles de luxe? Citez quelques articles de luxe qui se fabriquent à Paris. Qu'est-ce qu'une midinette? Quel est le talent qu'ont les midinettes? Qui a essayé, pendant la guerre, de créer une mode? Cet effort a-t-il réussi? Pourquoi cet effort n'a-t-il pas réussi? Quelle nouvelle industrie s'est créée à Paris pendant la guerre? Les jouets des enfants français étaient-ils français avant la guerre? Paris manque-t-il d'ouvriers? Que fabrique-t-on, par exemple, à Paris et aux environs?
Exercise
(i) Pouvez-vous dire la guerre récente au lieu de la récente guerre?
(2) Donnez l'imparfait du verbe jouir et celui du verbe jouer.
(3) Evidemment se prononce comme si le second e était un a. Pouvez-vous citer d'autres adverbes se terminant en emment et ayant la même prononciation?
(4) Donnez l'adverbe de fiévreux et celui de constant.
(5) Donnez une expression ayant le même sens que l'adverbe ponctuellement.
(6) Donnez un équivalent français de l'expression passer sous silence.
\ (7) Quel est le contraire de sale'/ de bruyant'/ de oisif/ de indolent/ de riche/ de éloigné/
m. LES RÉCRÉATIONS DU PARISIEN '
Questions
Quelle loi la Chambre française a-t-elle récemment votée? Combien d'heures l'ouvrier parisien travaille- t-il par jour? Les autorités françaises ont-elles toujours un préjugé contre le sport? Quel est le sport le plus anciennement pratiqué par les Parisiens? Quel jeu les élèves des lycées parisiens aiment-ils beaucoup? Les Parisiens jouent-ils depuis très longtemps au foot-ball? Sont-ils bons joueurs? Quel jeu américain les Parisiens pratiquent-ils depuis peu de temps? Où les Parisiens vont-ils, quand ils veulent faire des promenades à pied? Qu'a fait le journal Femina poiu: populariser le golf parmi les Parisiennes?
Exercise
Traduisez en français les phrases suivantes:
Tennis was formerly a French game. Tennis is a favorite game with many Parisians. There are not so many golf-links in France as in England or in America. The newspapers and magazines hâve donc much to make sport popular in France. The French hâve some very good champions. The European heavyweight champion is a Frenchman. France has some very good foot-ball Jïlayers. The French national team sometimes beats the English national team.
Questions
Qu'est-ce que Paris possède en plus grand nombre que les autres villes du monde? Dans quelle partie de Paris trouve-t-on des théâtres? Toutes les pièces de théâtre qu'on donne à Paris sontelles bonnes? Sont-elles toutes mauvaises? Les salles de théâtre sont-elles pleines à Paris? Quel est le théâtre parisien le plus connu? Que fait l'Etat pour aider la Comédie-Française? Quelle sorte d'acteurs y a-t-il à la Comédie-Française? Pourquoi les étrangers vont-ils volontiers à la Comédie-Française? Quelle est la grande actrice dont un théâtre porte le nom? Les billets de théâtre sont-ils encore très bon marché? Qu'arriva-t-il en 1919? Pourquoi les théâtres ont-ils la réputation d'être meilleurs à Paris que dans les capitales étrangères? Qu'est-ce qui fait partout concurrence aux théâtres?
EXERaSE
(i) Quel est le contraire de rire? de mauvais? de considérable? de excellemment? de parfait? de meilleur? de cher (au sens de " expensive ") ? de régulièrement?
' (2) Pourquoi dites-vous: plus que triplé et plus de vingt grandes dames (et non plus que vingt grandes dames)?
(3) Pouvez-vous dire les européennes capitales au lieu de les capitales européennes?
Questions
Combien d'habitants a Paris? Est-il très facile de nourrir trois millions d'habitants? D'où arrivent les premiers légumes frais
de l'année? Que voit-on par la portière en allant à Versailles par le train? Qu'est-ce qui contribue à nourrir Paris? Les Halles sont-elles très animées l'après-midi? Les Halles sont-elles très modernes? Que Vend-on aux Halles? Que crient les marchandes des quatre saisons? Les Parisiens sont-ils très satisfaits de leurs HaUes?
Exercise
Traduisez en français les phrases suivantes:
Chicago is about as big a city as Paris. Of course there are more theaters in Paris. There are more libraries too. Over fifty public libraries in Paris hâve more than 50,000 books. There are no more than four or five such Hbraries in Chicago. Chicago is a young city. Paris is an old city. That makes much différence. The Chicago wholesale markets are much better organized than the Halles of Paris.
Questions
Qu'est-ce que la Seine? Qu'est-ce que Paris doit à la Seine? Qu'est-ce que Paris était à l'origine? Donnez le nom de deux îles dans la Seine. Y avait-il beaucoup de forêts dans la Gaule? La Seine a-t-elle des affluents? Donnez le nom d'un affluent de la Seine. Quel est le nom du général romain qui a conquis la Gaule? Savez-vous quelles sont les armes de Paris? Pourquoi les quais de la Seine sont-ils si pittoresques? Que vend-on sur les parapets des quais? Qui va acheter des livres sur les quais? Que fit un académicien pour prouver sa reconnaissance aux bouquinistes des quais? La Seine est-elle toujours calme et tranquille? Y a-t-il des moyens de préserver Paris contre les inondations de la Seine? Paris est-il maintenant à l'abri des inondations?
n^ EXERCISES
Exercise
Traduisez en français les phrases suivantes:
Paris is reputed for her quays. London has very few quays. Another French city, Lyons, has very fine quays too. Paris is the only city where old books are for sale (d vendre) on stone parapets. Some books are valuable. Some are not. Many are soiled. There are many people on the quays in summer, when the weather is nice. There are very few people on the quays in winter. When it rains, the booksellers close their boxes, for the rain would spoil their books. Books are more expensive now than they were before the war. The price of paper is very high. Paper is made out of wood.
Questions
En quoi Paris est-il divisé? Quel numéro reçut d'abord Passy? Quel numéro porte maintenant Passy? Pourquoi le numéro treize faisait-il peur aux bourgeois de Passy? Pourquoi le Quartier Latin s'appelle-t-il latin? Quelle langue y parlait-on au moyen âge? En quelle langue s'y donnaient les cours? Les cours s'y donnent-ils encore en latin? Quelle est l'Université qui a le plus d'étudiants au monde? Quel nom donne-t-on généralement à l'Université de Paris? Qui rencontre-t-on le matin de bonne heure sur le Boulevard Saint-Michel? S'amuse-t-on beaucoup au Quartier Latin? Les étudiants étrangers travaillent-ils eux aussi? Que disait O. W. Holmes de Paris? Décrivez le costume que portaient autrefois les étudiants parisiens. De qui se moque- t-on dans les chansons du Quartier Latin?
Exercise
Corrigez les fautes que vous trouverez dans les phrases suivantes: Paris a beaucoup des étudiants. Paris est divisé en vingts
arrondissements. Les bourgeois riche sont superstitieux. J'ai de puissantes amis politiques. J'ai étudié la grammaire latin. La Seine coule à le pied de la Colline Sainte-Geneviève. Je suis plusieurs courses à la Sorbonne. Le nombre des étudiants américains à la Sorbonne continuellement augmente. La Sorbonne était construit au fin de la siècle dernier. Les besoins de l'esprit n'est pas les seuls. Cette jeunesse travailleur a besoin beaucoup des livres.