‹ Le Parisien, comédie-vaudeville en un acte. Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théatre des Folies-Dramatiques, le 20 mars 1837Chapitre 3 sur 20 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes M°"= BONNEFOL M">' BONNEFOI, regardant les draperies avec col(^re. Dieu! que d'argent dépensé en futilités !.. oh! cela va trop loin! vous direz tout ce que vous voudrez, M. Bonnefoi , mais je suis lasse de vos prodigalités, et la main me démange pour arracher tous ces oripeaux !

(Elle désigne les draperies du fond.) BONNEFOI.

Un jour comme celui-ci, un peu d'extra est bien naturel !

j,m8 BONNEFOI.

Taisez-vous ; le mariage d'Élise va, j'en suis certaine, vous servir de prétexte pour mettre la maison sans dessus dessous pendant plus d'un mois.

JEANNETTE, à part

Bon! ça commence!

M"« BONNEFOI, à Jeannette.

Jeannette, descendez de suite chez le pâtissier, et décommandez toute les chateries dont monsieur mou mari prétend encombrer mes buffets.

JEANNETTE

SI madame le veut absolument.,.

BONNEFOI

Madame ne saurait vouloir faire un pareil affront à ma soirée... d'ailleurs , les gâteaux sont payés d'avance.

M'"= BONNEEOI.

Comment! payés d'avance.

BONNEFOi.

Mais...

«'"<• BONNEFOI

Eh ! bien , je saurai m'en venger sur les rafraîchisseraens ; Jeannette , je vous ordonne de baptiser à grande eau, les orgeats, citrons, groseilles et limonades...

BONNEFOI

Et moi , Jeannette , je vous le défends.

JEANNETTE

Lequel écouter?..

M™" BONNEFOI

Si VOUS n'obéissez pas, je vous chasse.

BONNEFOI

La bonne, si vous obéissez, je vous mets à la porte.

M"« BONNEFOI, à Jeannette.

M'avez-vous entendue?..

JEANNETTE

Oui , madame.

Avez-vous réfléchi?

Oui, monsieur.

Eh! bien?...

Par conséquent...

JEANNETTE, à part.

Je vous accorderai tous deux... allons conter tout à M"* Elise. SCÈNE IV.

M. et M™= BONNEFOI.

BONNEFOI

Savez-vous M"""^ Bonnefoi , qu'il faut que je sois doué et imbibé de toute la patience du saint homme Job, pour ne pas éclater ici comme une boule fulminante?

jjme BONNEFOI.

Eclatez si vous voulez , peu m'importe ; vous n'aurez pas le sens commun davantage.

BONNEFOI, de même.

JEANNETTE

1^"= BONNEFOI

BONNEFOI

BONNEFOl

Me parler ainsi ! à moi qui fait tout pour le mieux ! car enfin , au bout ilu compte, je ne cherche qu'à faire honneur à notre maison; je désire que Ber)jarain, mon neveu , ne nous prenne pas pour des Hurons et des Topinambous; quand je songe qu'il arrive en droite ligne de la capitale du monde civilisé!

M""^ BONNEFOl.

Oui . il vient de ce pays dont les petits merveilleux se croient des phénix, parce qu'ils se collent aux yeux un petit morceau de verre carré, se sanglent Comme des chevaux , séduisent des grisettes et ne savent se servir de leurs dix doigts que pour les enfourcher dans des gants jaunes.

BO.NNEFOI.

Tout cela est admirable, parce que tout cela se fait à Paris; parce que tout cela est de bon ton ; le grand mal , quand Benjamain aurait eu , comme tous les jeunes gens à la mode, des chevaux et des gants jaunes?., le point essentiel, c'est que depuis dix ans qu'il a quitté le pays, il ne soit pas changé au moral , comme il doit l'être au physique, et qu'il aime sa cousine aussi cordialement qu'autrefois; j'espère que pour l'obtenir, il nous a adressé assez de protestations et de prières!...

M'"^ BONNEFOI

Oui; des prières qui nous coûtaient chaque fois quinze sous de port!.. Enfln , j'ai consenti à ce mariage ; je vous ai donné ma promesse et je ne m'en repens pas.

BONNEFOI

Vous verrez que le jeune homme va parfumer de son esprit et de ses belles manières, toute notre bonne ville d'Avalon.

M™^ BONNEFOl.

Pourvu qu'il n"aille pas nous toiser du haut de sa grandeur! pourvu surtout, qu'après s'être bichonné en descendant de diligence, il n'arrive pas au bal que vous lui avez annoncé nour sa réception , comme s'il nous faisait une charité d'y venir étaler sa fatuité et ses étiquettes.

BONNEFOl.

Parce que vous n'aimez pas les étiquettes, ce n'est pas une raison pour faire les honneurs de chez vous, d'une manière rélrognonée, et donner une soirée qui ressemble au thé de M"= Gibou.

M"" BONNEFOl, en colère.

M-"' Giboul

BONNEFOl.

M""" Gibou! je répète le mot.

M™'= BONNEFOl.

Qu'est-ce à dire? avez-vous l'intention, monsieur mon époux, de comparer votre femme à cette caricature?

BONNEFOl.

Mais...

M"= BONNEFOl.

Moi, une M""" Gibou!.. Tenez, vous êtes un...

BONNEFOl,

Assez, de grâce , si nous en venons aux épithètes, je vous cède la place.

M"'= BONNEFOl . !e retenant.

Kon pas , vous m'entendrez... je n'ai pas une langue pour rien.

BONNEFOl.

Oh ! je ne le sais que trop ; et celui qui vous a coupé le filet , n'a certes pas volé ges cinq sous.

M™^ BONSEFOI.

Air : Dès le malin c'est la laitière, (comtesse da Tonneau.)

Je vous préviens qu'il faut le prendre Avec moi sur un ton plus doux , Si vous ne voulez pas m'entendre Proclamer que mon vieil époux

Est un querelleur.

Est un cliicaneur ,

Est un bredouilleur ,

Est un raisonneur.

Est un rabâc-heur .

LE PARISIEN. i

Est un barbouilleur, Est un radoteur Dont je n'ai pas peur; Si ma volonté Vous trouve indocile , J'ai de mon côté L'esprit ergoté.

Toujours le mari D'une femme habile Doit être aplati , Soumis et pélri ; Malgré le lien , Déjà trop ancien. Qui vous fit le mien.

Pénétrez-vous bien, Que vous n'êtes rien , Non... vous n'êtes rien.

BONNKFOI.

La loi me nomme votre maitr«.

Et malgré tous ces vains discourt.

Il faudra, bien le reconnaître.

Car près de vous , j'aurai toujouri

De la liberté.

De la fermeté.

De la volonté.

De l'autorité.

De la majesté,

De l'aspérité.

Et de râpreté.

Et de la fierté;

Oui, jusques au bout,

Dans cette harangue.

Pour vous mettre à bout ,

Vous entendrez tout;

J'emprisonnerai

Votre bonne langue ,

Je vous soumettrai.

Je vous réduirai;

Malgré mon lien ,

Déjà trop ancien,

Pénétrez-vous bien

Que vous n'êtes rien ,

Non... vous n'êtes rien.

(On reprend eatombla la» troit dtrnicn r« ri )

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