Livre-nous l'officier français caché dans ta demeure
BLIZOT, hochant la tête, et avec dignité.
Vous VOUS trompez : il n'y a point d'officier réfugié chez moi.
KLH:ISEK, avec emportement.
Pourquoi mentir, vieillard I (ii se lève, et s'adressant à Biizot, avec rudesse.) J'ai la certitude qu'un capitaine d'état-major, blessé, a reçu, ce soir, l'hospitalité sous ton toit.
BLIZOT, qui est descendu pondant que l'Allemand parlait, vient au milieu de la scèni, à gauche, pose les deux mains ■ur la table, et le penchant vers Kleiser, qu'il regarde biea en face.
J'ai la prétention de savoir tout aussi bien que vous, ce qui se passe chez moi...
KLKISER, à Blizot.
Eh bien I donc, parle I
BLIZOT, se redressant, et avec farmaté.
Les renseignements que vous avez eus sont faux . je ne cache ici personne.
KLEISBR, avec méfiance et duraté.
flt... tu es prêt à jurer ce que tu avancesT
BLIZOT, avec fierté.
Nous autres, Lorrains, nous ne connaissons point deux manières de parler; la vérité ne gagne rien à être précédée de serments solennels : un oui, un non, suffisent.
KLEISER, souriant avec dédain.
Tu veux te dérober I... Mais, justement, je tiens à fentendre affirmer ce que tu prétends être vrai.
BLIZOT, avançant d'un pas, et étendant la main, avec un* condescendance un peu hautaine.
S'il vous faut un serment, me voilà tout prêt à le prononcer...
Durant cette scène, et ce qui suit, Prosper se tient à l'écart, pâle, anxieux; quand son oncle s'apprête k jurer, puis jure, il fait un mouvement comme pouf l'arrêter, mais il réprime vite ce geste compromettant pour les siens, et demeure immobile, les peings oris» pés, avec une expression d'angoisse.
KLEISER, hochant la tôte, puis fixant sur le maire des regards d aoier.
Réfiéchis, du moins, avant de parler, aux conséquences de tes paroles... Si tu nous trompes, avant une heure, tu seras fusillé.
BLIZOT, grave, et légèrement dédaigneux.
Un sentiment plus noble que la crainte m'empôcherait, en tous cas, de trahir la vérité... (Avec c«im« et simplicité.) Si j'avais offert l'hospitalité à quelque malheureux blessé, je refuserais de répondre à vos questions, simplement. (Avec lenteur et tristesse.) Mais je n'ai point, ainsi que vous le croyez, l'honneur d'àbriter un fugitif sous mon toit; c'est pourquoi je voui 4i8 : l'on vous a trompé!
KTjBISBR, avec autorité.
Jurel
BLIZOT, gravement, d'une voix forte, debout devant les Allemands, qui l'éooutent curieusement.
Moi, Nicolas Blizot, maire de Blonville. (ii étend U main droite.) A la face du ciel et de la terre, j'affirme, sous serment, qu'il n'y a, à cette heure, ni officier, ni soldats français dans ma maison : je le
jure... (Il laisse retomber la main qu'il avait levée, et s'adressant plus directement à Kleiser, d'une voix moins grave.)
Maintenant, si j'ai menti, envoyez-moi deux balles dans le cœur; c'est votre droit.
Pendant le serment de son oncle, Prosper a'étreint douloureusement le front de ses deux mains. Au moment où le maire prononce : t si j'ai menti, envoyez-moi deux balles dans le cœur », Prosper chancelle et s'appuie, terrifié, contre la muraille.
KLEISER, se lève furieux, et fait un signe à ses soldats qui ■e précipitent sur Blizot. Le maire n'oppose aucune résistance aux soldats, qui se mettent en devoir de lui attacher étroitement les mains derrière le dos.
PROSPER, se jetant, avec rage, au devant des soldats, et faisant de vains efforts pour délivrer son oncle
Ah! le malheureux!... je... je ne veux pas!...
L'un des soldats saisit Pjosper à la gorge, et le presss brutalement.
KLEISKR, après avoir, d'un geste, arrêté le soldat qui malmenait l'étudiant, s'adressant à Prosper, avec une bienveillance hautaine.
Si tu tiens à sauver ton oncle, ce n'est point par la force, mais plutôt en prouvant son innocence, que tu y parviendras.
Prospsr, fait un gssts d'impuissaaos, «t eomprenaat iV
■atilité de toute intervention de sa part, a'^oarte da nouveau, désespéré.
BLIZOT, doucement, à Prosper, qu'il suit des yeux.
Gesse de craindre pour moi, Prosper. On connaîtra bientôt que je n'ai point menti.
KLEISER, aèohement, à Blisot.
Marche devant nous ; nous commençons chez toi une perquisition.
Kleizer ayant indiqué du doigt l'escalier, les soldats mon> tent, poussant devant eux Blisot ; l'ofâcier les suit, et tous disparaissent, par la porte d« la chambre du mair*. Prosper demeure seul, en bat.