PROLOGUE
NominatiOE des commissaires ciiargés de suppléer le Parlement. — Leurs noms, leur
origine, leur uii^-sion.
Le 12 juin 1549, Henri II signait les lettres-patentes qui instituaient les Commissaires chargés de « tenir la justice » souveraine au ressort de Bordeaux durant la surséance du » Parlement. » Cette commission, à la tête de laquelle il mettait le premier président Delaage et le tiers président René Brinon, était composée de 24 conseillers, tous étrangers au Parlement de Bordeaux, savoir :
10 conseillers du Parlement de Paris :
M*'^ Robert Tiercelin, Guillaume Bourgoing Jean Odoart, Louis Chabannier, Jean Bermondet,
M^^ Gaston de Gryen, François Thomas, Thierry Dumont, André Maillard, Jacques Morin.
8 conseillers du Parlement de Toulouse :
^/[es Pierre de Lagarde, Jean de Lhospital, Antoine Malras, Jean de Teula,
M^^ Jean du Tornoier (i), Jean Eynart, Pierre Robert, Pierre Sabatier (-).
(') Ce nom, comme du reste ceux de quelques autres conseillers, se trouve écrit de diverses façons dans les lettres-patentes et les arrêts. On y lit les variantes suivantes : du Tornoer, du Terurer, du Toiirnode, etc.
(^) Ou Savatier, Sevatier.
Enfin, 6 conseillers du Parlement de Rouen
M^^ Robert Leroux,
Nicole Blancbaston, Rob* de Croesmarie (*],
M®^ Constantin de Burres, Jean Matorel, Nicole DE Laplace.
Les lettres-patentes rappelaient ensuite les événements dont Bordeaux avait été le théâtre en 1548, et les mesures qui avaient été prises tout d'abord par l'autorité royale ; puis, elles signalaient les personnes et les corps, Université, Parlement, Jurade, qui avaient été plus ou moins compromis dans la sédition, ainsi que le renvoi devant le Parlement de Toulouse des affaires relatives à ces corporations. — Mais, ajoutait le roi, il ne fallait pas laisser plus longtemps les nombreux justiciables du Parlement de Bordeaux privés de tout recours à une justice souveraine. En conséquence, une organisation nouvelle était faite de ce Parlement dans lequel étaient établies deux chambres composées « de gens des » autres Parlements. y> L'une de ces chambres s'appellerait la chambre civile^ l'autre la chambre criminelle. Leur compétence devait être en tout égale à celle du Parlement de Bordeaux lui-même. Le greffier de cette Cour, Jean de Pontac ('^), serait le greffier des nouveaux commissaires qui devraient être répartis entre les deux chambres, suivant l'ordre de priorité de réception dans leurs offices, chacun
(1) Ou Crosmarc.
(2) Jean de Pontac, fils d'Arnaud Pontac, qui avait été sous-maire de Bordeaux en 1515, était greffier civil et criminel du Parlement depuis 1523, époque où il avait acheté cet office, pour le prix de 14,250 livres tournois, à François de Marcillac, qui était alors président des généraux des finances, et qui, lui-même, l'avait acheté 13,000 livres tournois à Bertrand d'Estissac, maire de Bordeaux, à qui le roi l'avait donné après la mort de Jean de Marcillac, décédé le 16 avril 1516. Cet office avait été, depuis 1486, occupé successivement par Pierre de Marcillac, Jean de Marcillac (1510) et François de Marcillac, dont la carrière avait été si brillante. V. suprà, p. 27. — Les Poiîtac devaient occuper ce même office pendant bien des années. V. infrà^ p. 116.
d'eux devant du reste servir à tour de rôle dans la chambre criminelle. Les deux avocats généraux au Parlement de Bordeaux étaient maintenus. L'un d'eux, M^ Bernard Delahet, devait faire dans la commission Toffice de procureur général; l'autre, IVP Fronton de Bérault, l'office d'avocat général (^). Enfin, il était dit qu'en Tabsence des présidents, le plus ancien conseiller présiderait, etc., etc.
On remarque avec quel soin bien significatif les conseillers de Bordeaux étaient tous exclus de cette commission. On ne pouvait, en effet, mieux dire combien ils étaient devenus suspects au pouvoir royal, malgré les grands services que lui avaient rendus plusieurs d'entre eux {^). Ne semble-t-il pas que l'influence maligne du connétable de Montmorency dominât encore sans contrôle dans les conseils de Henri II?
(*) Ces deux magistrats formaient, avec le procureur général Antoine de Lescure, le parquet des gens du roi près le Parlement de Bordeaux, en 1549. On a déjà vu suprà, p, 13, les persécutions dirigées contre Antoine de Lescure, à la suite de la sédition de 1548. — Bernard Delahet avait été reçu avocat général, le 26 août 1530, en remplacement de Thomas Cusimer ou Cusinier, promu président au Parlemen^t de Provence, et qui lui-même avait remplacé Jean Chambon, — Fronton Bérault avait été pourvu du second office d'avocat général créé au Parlement de Bordeaux, par l'édit d'octobre 1537, et reçu en conséquence le 26 novembre 1537. 11 devint plus tard premier président de la Cour des Aydes de Périgueux, à l'époque même de l'institution de cette cour où devait siéger Michel Montaigne.
(2) On a vu suprà, p. 26, les services individuellement rendus à la Couronne, dans les ambassades et diverses autres missions politiques, par plusieurs membres du Parlement. En 1549, il y avait encore quelques-uns de ces hommes éminents dans les rangs de cette Compagnie, qui, alors, ne comptait pas moins de cinq présidents, quinze conseillers clercs, dont deux étaient présidents des enquêtes, et quarante conseillers lays, dont un était président des enquêtes. Parmi les derniers venus, se distinguait déjà Jacques Benoist, si célèbre plus tard sous le nom de Lagebaston. On remarque encore Guy de Brassac, Charles de Malvin, Guillaume de Lur, les deux cousins-germains Jean et Léonard Alesme, Arnault de Ferron, Pierre Yalier, Jean Dupont, le premier des conseillers qui devait se déclarer pour la réforme, etc., etc.