CONFLITS AVEC LA MUNICIPALITÉ
susceptibilités, d'éviter, de tempérer tous les conflits.
C'est avec des arguments sérieux que le barreau luttait contre la magistrature, c'est avec l'ironie et à coups d'épigrammes qu'il guerroyait en 1745 contre les représentants de la cité. A cette époque, la municipalité eut l'étrange idée de prendre une délibération qui obligeait les avocats à monter la garde, sans doute en raison de l'insuffisance de la garnison. La mesure provoqua dans le barreau des protestations fort vives, un cri unanime d'indignation. L'avocat Bauquier, qui était originaire d'Ornans, prit sa plume pour venger ses confrères et livrer les magistrats municipaux à la risée publique. Il publia tout un volume.
En 1749, les avocats furent appelés à siéger avec le premier président, deux conseillers c \ les distributeurs et professeurs de l'Université, à l'effet de statuer sur le mérite des candidats à une chaire de professeur de droit. Mais ils ne parurent pas apprécier les fonctions qui leur étaient confiées. D'Aguesseau, informé par le premier président, ne s'expliqua pas cette attitude et manifesta son étonnement dans une lettre où nous lisons ces lignes : « J'ai été surpris de voir que les avocats du Parlement connaissent assez peu leurs véritables intérêts pour ne pas s'empresser de jouir de l'honneur que le roi a bien voulu leur faire en les admettant au nombre des électeurs à la tête desquels vous * êtes avec des conseillers au Parlement. » Les avocats se ravisèrent, ils. délibérèrent, se dirent flattés de la confiance de Sa Majesté et prêts à remplir au concours
prochain, avec zèle et exactitude, les fonctions d'électeurs 0).
On a vu combien le barreau faisait cause commune avec les magistrats dans toutes les épreuves infligées à ces derniers par le pouvoir royal. Non seulement il leur restait dévoué, mais il manifestait publiquement et ses sympathies pour la magistrature et sa réprobation contre les mesures rigoureuses dont elle était victime. En 1759, lors de l'exil de trente parlementaires, l'avocat Verny fut envoyé loin de Besançon par lettre de cachet, pour avoir exprimé trop ouvertement son opinion. On peut dire que tous les avocats partageaient les sentiments de leur confrère. Lorsque trois d'entre eux se décidèrent à comparaître à la barre, sous la présidence de M. de Boynes, devant les rémanents, ils furent vivement blâmés non seulement par le barreau, mais par toute la population. Ce fut l'avocat Bassand qui le premier plaida au Parlement pendant l'exil. Le lendemain, était affiché dans les rues de la ville un placard ainsi conçu : «On a perdu une épée à monture de plomb doré, sur le pommeau de laquelle est représentée en ciselure une chimère à deux têtes, l'une de mulet, l'autre de lièvre; sur la poignée, des rameaux de cèdre et de tremble entrelacés ; sur un côté de la garde un pot de terre brisé contre un pot de fer, et sur l'autre un écolier en hauts-de-chausses, en bas, aux genoux de l'avocat Bobilier, son maître, qui le menace du fouet. La poi-
(1) Délibérât, du 27 juillet 1749. Archives départ. B. 2847.