‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 109 sur 176 · AVOCATS POURSUIVIS · texte numérisé non relu

AVOCATS POURSUIVIS

conseil de Tordre depuis plusieurs années, estimé pour sa science juridique et son expérience, M e Marguet occupait au barreau une haute situation que justifiait son talent, lorsque plusieurs inculpations de nature à entacher la loyauté, la droiture de son caractère, furent . portées contre lui. On lui reprochait d'avoir sciemment dissimulé des pièces dans un procès soumis à des arbitres ; d'avoir porté sur la copie d'un mémoire injurieux pour ses adversaires et composé par lui seul la signature d'un de ses confrères, M e Lebaut, bien que ce dernier eût été complètement étranger à la rédaction de ce travail ; d'avoir en outre produit pour l'instruction d'un procès des plans dans lesquels il avait eu soin de supprimer des lignes essentielles du plan original. Le 27 décembre 1783, Marguet comparut à l'assemblée générale, où assistaient soixante-trois avocats, et présenta lui-même sa justification. Soit que les faits ne fussent pas suffisamment prouvés, soit qu'ils ne parussent pas d'une gravité suffisante, Tordre ne crut pas devoir rayer M c Marguet du tableau, mais il lui enjoignit « d'être plus circonspect à l'avenir et d'user de plus d'exactitude et de délicatesse de sentiments, soit dans ses consultations, soit dans ses écrits. »

Cette affaire n'aurait pas eu d'autre suite sans un incident d'audience qui survint quelques semaines plus tard. Le 7 février 1784, M e Marguet plaidait à l'audience publique de la tournelle pour un sieur Mitaine, qui avait été l'objet d'un décret personnel à la suite d'un libelle contre deux avocats du bailliage de Dole ; il prit avec ardeur la défense de son client ; au lieu d'atténuer

la gravité des faits, il se .répandit en invectives contre ses adversaires. Sa plaidoirie fut telle qu'il s'attira la réprimande la plus sévère de la part de M c Bergeret, le doyen des avocats généraux : « Quelque étonnement que nous ait causé une diffamation aussi odieuse, dit ce magistrat, il y a une chose qui nous étonne davantage, c'est que l'appelant ait trouvé un défenseur qui ait pu se résoudre à se rendre l'instrument de sa haine, le truchement de sa passion, et à partager sa témérité, son audace, disons mieux, son insolence, et à y renchérir. Nous avons entendu avec autant de dégoût que d'indignation les expressions basses et injurieuses dont il s'est servi. Le défenseur a dû lire dans tous les yeux l'indignation publique ; il a manqué à la majesté de la cour, autant qu'à la délicatesse qui caractérise un ordre que nous faisons profession d'honorer, et nous désirons que ce blâme lui serve de leçon pour le contenir dans les bornes dont il n'aurait jamais dû sortir. »

C'étaient là des paroles qui, en raison de leur publicité et de l'autorité du magistrat qui les prononçait, avaient une haute portée. Le conseil s'en émut. L'attitude de M e Marguet acheva d'indisposer le barreau contre lui. Au lieu de protester, de solliciter un désaveu de l'avocat général, il s'inclina et accepta les reproches qui lui étaient adressés. Le J4 février 1784, le conseil prononça sa radiation du tableau.

Cette radiation devait entraîner les plus graves conséquences. Le 16 février, M c Marguet reparaissait à la barre pour plaider un procès. Bien que le président de

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