LE PARLEMENT ET LE TABLEAU DES AVOCATS
la chambre eût été prévenu de la radiation, la cour paraissait disposée à l'écouter, mais l'avocat Louvot, qui représentait la partie adverse, crut devoir faire remarquer que M e Marguet était exclu de la corporation, et demanda la remise à huitaine pour permettre à la partie de se pourvoir d'un nouveau défenseur. Cette observation ne fut point accueillie et l'on enjoignit à l'avocat Louvot de parler; celui-ci refusa, prétextant qu'il ne pouvait plaider contre un membre exclu, et demanda la permission de se retirer. La chambre donna défaut contre le client de M e Louvot, et le décréta luimême personnellement. Le lendemain deux autres avocats, Lapoule et Pajot, qui n'avaient point paru à la barre, furent à leur tour décrétés pour être ouïs, et comme les audiences étaient désertes, la cour, par arrêt du 2 mars 1784, ordonna aux avocats qui voudraient plaider de lui présenter dans huit jours leur requête « tendant à ce que leurs noms soient inscrits dans le tableau qui sera dressé à la diligence du procureur général du roi, fit défense aux autres avocats de plaider, ordonna à l'avocat Lebeau, ci-devant bâtonnier, dïnstruire les avocats, chacun en particulier, de la teneur du présent arrêt (*). »
L'incident fit grand bruit ; des noëls sans valeur au-
cuiie circulèrent dans le public : nous n'en citerons
(0 Le barreau est-il maître souverain de son tableau? A-t-il un droit - absolu, plein pouvoir pour décider des inscriptions ou des radiations? Cette question, que soulevaient les avocats devant le Parlement, devait se reproduire à de nombreuses époques. Le procureur général Dupin a montré que le droit revendiqué par le barreau comme condition essentielle de son existence était de tradition, et deux arrêts successifs, le premier à la date du
que deux couplets, le premier concernant l'avocat Lapoule, que l'on avait décerné de prise de corps et chez qui on avait installé un huissier :
Arrivent six lêtes vertes Qui tenaient des arrêts; Elles étaient découvertes, Présentant leurs décrets. L'un d'eux ait à Joseph :
Vit-on chose pareille?
L'on m'envoye en garnison L'huissier Blondeau dans ma maison Pour vider mes bouteilles.
Voici le couplet concernant Louvot :
Louvot, jeune vorace
D'argent et de mouton,
A eu d'assez d'audace
Pour au palais dire : non,
El par là il prouvait
Notre indépendance.
Par ma foi il s'est bien trompé,
Le Parlement lui a montré
Quelle est son insolence.
Par cet arrêt du 2 mars, Tordre des avocats se trouvait dissous et le tableau n'existait plus. La lutte s'engageait, et comme toutes les luttes où s'agitent des questions de prérogative et d'amour-propre ou de dignité personnelle, elle devait être vive et ardente. L'arrêt, considéré même au point de vue légal, était critiquable. Il avait été rendu sans avoir été précédé des
22 janvier 1850, ont admis cette théorie; mais en 1862, la cour revint sur cette doctrine, et se fondant sur l'absence ."un texte, déclara que le refus d'inscription équivalait à une radiation et rentrait dans le cas disciplinaire où l'ordonnance de 1822 admet l'appel.