‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 112 sur 176 · AVOCATS CONDAMNÉS · texte numérisé non relu

AVOCATS CONDAMNÉS

Parlement contre la décision de ses confrères qui prononçait son exclusion ; il avait eu l'idée d'assigner le bâtonnier de l'ordre, ainsi que Louvot, Pourtier et Mougeot, en leur qualité de bâtonnier, commissaire et dénonciateur, et de les traduire devant la cour. Il demandait que la radiation qui lui avait été reprochée à l'audience du 16 février fût déclarée nulle et injurieuse et que ses adversaires fussent condamnés à 20,000 livres de dommages-intérêts. A l'appui de sa prétention, M e Marguet publiait un long mémoire qui ne se distingue que par la violence de son style et la vivacité de son attaque, et se prétendait victime d'une faction organisée pour le perdre et dont le bâtonnier serait le chef.

La réponse du bâtonnier Lebeau fut digne et modérée. « Ma réplique, dit-il, ne renferme ni aigreur ni chaleur. J'ai pensé que ma qualité de chef de l'ordre m'interdisait toute autre manière de me défendre. » Puis Lebeau rétablit le fait dans ce qu'il croit être la vérité ; il soutint, quant à la forme de l'action, que le procès, ayant pour but la réparation d'une injure, devait être porté devant le juge du bailliage de Besançon et ' non devant la cour. Il prétendit que comme bâtonnier il était tenu de présider aux assemblées, d'en prononcer les décisions, et qu'il ne pouvait être condamné à des dommages-intérêts. Mais la cour, sans s'arrêter à l'incompétence et* aux fins de non-recevoir, « déclara, le 7 août 1784, la radiation de l'avocat Marguet nulle, injuste et dérespectueuse à l'autorité de la cour tenant la chambre de la tournelle, maintint ledit avocat dans

l'état et les fonctions d'avocat, condamna les avocats Lebeau, Louvot, Pouthier etMougcot solidairement aux dépens. »

Deux autres avocats, M° Durgef, qui avait été rayé du tableau en 178:2 sous le bà tonnât de M° de Rantechaux, et M° Rouget, qui avait été omis sur le tableau de 1783, obtinrent également gain de cause devant la cour. Ces radiations et omissions furent déclarées nulles, injustes et injurieuses, par arrêt des G et 7 août de cette même année 1784.

Les dissentiments que nous venons de raconter nempêcbaient pas la magistrature d'avoir le barreau en baute estime et n'altéraient en rien les sentiments de respect profond que les avocats témoignaient hautement aux parlementaires. Magistrats et avocats se rapprochaient par l'amour du travail, par les mêmes habitudes studieuses, par leur aspiration à augmenter sans cesse leur science juridique. Le barreau se composait d'ailleurs d hommes éminents : les plus connus au commencement du xvin 6 siècle sont Talbert, Henri de Charnage, Despotots, Mareschal de Longeville, dont le fils devint conseiller au Parlement, Pierre Tixerand, Joseph Bret, du Ban, cTOrival, Nicolas Marquis. Joseph Talbert était le petit-fils du doyen de l'Université de Dole, auteur du Traité sur la mainmorte ; de Charnage vieillissait et plaidait peu, il occupait à la Faculté de droit la chaire de droit canon et devait laisser son nom et sa fortune à Dunod ; Despotots, seigneur d'Auteehaux, se distinguait par la facilité, 1 élégance de sa parole, l'étendue, la variété de ses connaissances ; Tixerand était

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