‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 114 sur 176 · AVOCATS EN RENOM · texte numérisé non relu

AVOCATS EN RENOM

prérogatives de l'Université. Il vécut de longues années, jusqu'en 1790, entouré de l'estime publique autant pour la dignité de son caractère que pour son talent, et mourut à Jallerange, frappé à l'improviste, entre les bras de Seguin ; il était le frère d'un prédicateur fameux et d'un professeur de théologie. Galet et Ordinaire se consacraient surtout à l'enseignement du droit; Courohetet avait assez de notoriété pour arriver aux fonctions d'avocat général à Besançon ; ses fils devaient, plus que lui , faire connaître son nom ; d'Auxiron publiait en 1773 un mémoire sur l'entretien et l'embellissement des fontaines publiques de Besançon et un livre sur les juridictions de la même ville ; il fut nommé, jeune encore, gouverneur de la vicomté ; Egenod, Henri, se distinguait par ses aptitudes juridiques, remplissait pendant plus de quarante ans les fonctions de conseiller de ville et mourait doyen de l'ordre des avocats ; on vantait à ses obsèques son désintéressement, son érudition, ses services exceptionnels Guillemin, Claude- Odo, avait la logique, la netteté, qui conviennent au professorat, plutôt que les qualités brillantes de l'orateur. Jacques Parisot se faisait une place au barreau, abandonnait Besançon pour Paris, où il obtenait, comme avocat, d'éclatants succès.

Le fils de l'historien Dunod, François-Joseph Dunod de Charnage, s'était acquis, lui aussi, par son intelligence, son talent, son honorabilité, une situation prépondérante et de vives sympathies ; ardent, plein de

(t) Archives municip. Beg. in-fol. BB. 198.

fougue, d'activité, d énergie, il s était, dans sa jeunesse, battu en duel contre cinq officiers, avait octroyé à deux d entre eux un joli coup d'épôe, ce qui ne l'empêchait pas de travailler la science du droit, de devenir avocat le 13 août 1725, avocat fiscal de Tofficialité et bailli de G y en 1742, gouverneur de Mandeure le 21 octobre 1744, docteur ès droits en 1745, magistrat le 21 mars 1753 et maire de la ville de Besancon le 31 décembre 1756, puis bâtonnier de l'ordre en 1758 f 1 ). Recueillant pieusement les ouvrages d'un père qu'il avait entouré de respect et d'affection, il prenait soin de les classer avec ordre et de les annoter; c'est ainsi que le Nobiliaire s'enrichit grâce à lui de notes importantes et précieuses. C'était un érudit, un savant, qui ajoutait à l'œuvre du célèbre jurisconsulte un commentaire sur les successions ; ses études juridiques, ses fonctions de maire, n'entravaient point ses travaux littéraires : il composait une généalogie historique des ducs de Méranie P) ; il lisait à l'Académie un discours sur l'émulation, un fragment sur les Annonciades de Besançon, etc. Il avait succédé à M, du Chateîet.

Deux autres avocats, Binétruy de Grandfontaine et Perreciot, se confinaient dans l'étude, menaient une existence laborieuse et calme sans prévoir les bouleversements sociaux et politiques dont ils devaient être les témoins et les victimes.

(1) Ces détails sont puisés dans un manuscrit provenant de la bibliothèque de M. Ch. Dunod de Charnage.

(2) Bibiioth. de Besançon. Académie, Travaux des Académiciens, 2* vol., foi. 3, verso.

BINÉTRUY DE GRANDFONTA IXE . 299

Binétruy de Grandfontaine, qui était le fils de l'intendant du duc de Randan et qui fut longtemps protégé par ce dernier (*), était né à Besancon en 1723, et devenait en 17GG maire de cette même ville. De mœurs douces et polies, d'une grande bienveillance, il fut heureux de procurer à ses concitoyens les bienfaits d'une administration toute paternelle, fit adopter de sages règlements, des projets d'une utilité générale, et en quittant ses fonctions, laissa d'unanimes regrets. Doué d'heureuses dispositions pour les lettres, il fut, dès la fondation, un des membres de l'Académie de Besancon, dont il devint le secrétaire de 17G2 à 1771. Les recueils de cette compagnie contiennent beaucoup de ses œuvres, notamment l'éloge de Titon du Tillet, qui se rendit célèbre par son zèle pour la gloire des lettres et qui aurait mérité, d après Grandfontaine, que l'humanité gravât sur son tombeau ce vers, abrégé de toute sa vie :

Il a fait son bonheur de la gloire des autres.

Il écrivit l'éloge historique de M. le marquis du Mesnil, lieutenant général des armées du roi, l'ami des maréchaux de Saxe et deNoailles, de Tabbé d'Olivet, de M. de Clevans, du mathématicien Jard, etc. Chargé de répondre à M. de Ghoiseul, lors de sa réception à l'Académie, il lui adressait cette flatterie délicate : « Un académicien dont 1 ame est au niveau de la naissance est toujours sûr de bien parler, quand il s'exprime comme il

[\) Archives du Doubs. Parlement, Actes importants, vol- 02, B. 2182, p. 3,

pense ; c est du cœur que partent les grandes idées ; » et il ajoutait : « L'histoire nationale dont nous sommes chargés est pour vous une histoire domestique. » Toutes ses idées se formulent avec finesse et originalité d'esprit ; un jour, il soumet à ses confrères quelques-unes de ses œuvres, il s'empresse de s'excuser timidement : « Je me trouve, dit-il le 17 janvier 1770, dans le cas d'un chasseur que l'activité de sa poursuite a entraîné au delà de son territoire, et je demande grâce pour une entreprise engagée par le hasard. » Il est poète à ses heures, et versifie avec grâce ; il sait exprimer dans ses vers de grandes et nobles pensées.

Paris le séduisit, on le nomma conseiller à la cour des aides; dans cette position nouvelle, il sut se créer de nombreuses relations, des amitiés durables parmi les littérateurs de son temps. Puis cette vie heureuse fut subitement bouleversée par la Révolution ; effrayé des excès de la démagogie, de Grandfontaine espéra être plus en sûreté dans son pays natal ; il revint dans sa famille, croyant y vivre ignoré ; mais les dénonciateurs étaient partout, on l'arrêta. Le 9 thermidor le rendit à la liberté ; ses forces étaient épuisées, il mourait l'année suivante, en 1795.

La vie de Perreciot ressemble à celle de son confrère ; c'est aussi la vie d'un sage qui poursuit et trouve le bonheur dans la satisfaction du devoir, dans le travail, sans ambition aucune. Plus jeune de quatre années que de Grandfontaine, il naquit en 1728, à Roulans, où son père était allé s'établir en qualité de notaire. Cette origine aussi bien que la profession de ses oncles, dont

PEBRECIOT. 301

l'un était procureur fiscal, l'autre avocat à Besançon, lui ouvraient en quelque sorte la carrière du barreau.

Il fit à la faculté de Besançon ses études de droit, et put assister aux leçons de Dunod et profiter de ses exemples. A vingt et un ans, il fut inscrit au tableau, mais en 1753, il acheta à Baume, où il s'était marié, une charge de procureur du roi à la maîtrise des eaux et forêts ; dans cette position, il rendit à la province d'utiles services et fut élu maire de la ville en 1765 et en 1768. Il donna sa démission en 1771 pour se consacrer entièrement au barreau et à l'histoire, sans autre pensée, comme il le dit lui-môme dans une lettre au P. Dunand ( ! î, que de s'instruire et d'obliger les savants. Ses mémoires à l'Académie de Besancon lui valurent de nombreuses couronnes, et sa réputation d'érudition s'étendit hors des limites d'une province qu'il ne voulut pourtant jamais quitter. On ne peut qu'admirer le dévouement avec lequel il mettait au service des érudits tout ce qu'il possédait de matériaux et de connaissances, faisant bon marché de sa personnalité, pourvu que la somme des vérités utiles fût accrue. Longtemps il se refusa même à l'idée d'imprimer ses œuvres. Toutefois, ayant été nommé à Besançon, en 1782, conseiller trésorier des finances, les ressources scientifiques qu'il rencontra dans cette ville le contraignirent en quelque sorte à publier le fruit de ses nombreuses recherches, et à faire paraître son grand ouvrage sur l'état civil des personnes et la con-

(1) Correspond, ms. du P. Dunand, p. 33. Biblioth. de Besançon.

dition des terres dans les Gaules. Il examina les origines de notre droit féodal, les transformations qu'il avait subies; certaines de ses opinions sont hardies et contestables. Perreciot essaie d'établir que les corvées, les terrages, les cens, les droits seigneuriaux en général, sont légitimes et doivent être respectés ; il oublie que toute charge perpétuelle, même légère, est considérée comme une injustice et appelle à la longue un allégement, une remise, une commutation. Son œuvre est d'un érudit, et les nombreuses chartes et documents historiques dont il fait suivre son livre ajoutent encore à sa valeur. Si peu favorables que fussent i\ des recherches de cette nature les temps où parut cet ouvrage, il n'en jouit pas inoins alors de Festime qu'il méritait. Perreciot publia en outre de nombreux travaux sur différents points de l'histoire de la Franche-Comté, pour laquelle il avait l'ardent amour d'un fils. Sa vie tout entière fut consacrée à son pays. Successivement membre de la municipalité de Besançon, du conseil général du Doubs, il se montra toujours un grand citoyen, à une époque où les passions furieuses rendaient bien difficiles et bien dangereuses les fonctions publiques. Elu en 1792 juge de paix de Roulans, les sympathies, la haute estime que lui valurent son impartialité, son esprit de conciliation et ses libéralités pendant une disette cruelle, ne purent cependant le soustraire à la prison. Le 9 thermidor le délivra ; mais les sources de la vie étaient taries en lui, et le 12 février 1798 il expirait, laissant une réputation d'homme de bien tellement grande que Ton ou-

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