‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 116 sur 176 · J.-B. COURVOISIER · texte numérisé non relu

J.-B. COURVOISIER

les hostilités, les fureurs que l'audace de l'écrivain avait dû exciter ; les citoyens les plus inoffensifs étaient contraints de fuir à l'étranger ou de chercher en France des retraites ignorées. Gourvoisier dut s'expatrier ; il se retira en Allemagne; nul n'était plus menacé.

Sur la terre d'exil, il se refuse encore à se courber sous les coups de l'injustice, il essaie de continuer la lutte, il se dévoue à son roi, il publie de nouveaux écrits, un volume où il remet en mémoire les crimes de la Révolution, les désastres, la mibère qu'elle a entraînés pour la France ; il termine en exprimant des vœux ardents pour le salut de sa patrie. Ce livre a les allures d'un pamphlet, il est inférieur aux premiers, mais n'en atteste pas moins une érudition fort étendue, un esprit généralisateur et le patriotisme le plus ardent.

On comprend ce que cet homme de bien a dù souffrir ; il a vu se réaliser ses tristes prévisions, il a vu la nation tyrannisée, terrorisée, son roi sur l'échafaud, il a vécu de longues années dans l'exil : il a eu enfin la joie de rentrer en France, mais ses forces étaient épuisées. La plaidoirie lui était interdite, c'est à peine s'il pouvait déployer encore les trésors de sa science dans des consultations écrites, et la mort l'atteignait en 1803, à l'âge de cinquante-quatre ans (0.

En compatissant à ses légitimes douleurs, comment ne pas admirer ~~ fermeté, son dévouement, l'énergie, la dignité de sa conduite, l'unité de sa

(1) J.-B. Courvoisier, par L. Pingaud. (Mémoires de la Soc. d'émulation du Doubs, 1883.) La Faculté de droit à Besançon^ par A. Estignard.

vie? Il n'a jamais connu l'incertitude clans le devoir, il a su conserver intacts son attachement absolu à son roi, ses croyances religieuses, sa foi politique, sans un instant de défaillance, sans se décourager jamais.

En parcourant cette existence mouvementée, sans cesse .troublée, la pensée se reporte sur la vie calme et paisible d'un contemporain de Courvoisier, son collègue ' à la faculté de droit. Nés dans la même province, prèsque à la même époque, parcourant la même carrière, Grappe et Courvoisier n'en devaient pas moins être soumis à des vicissitudes bien différentes, et il est difficile de rencontrer deux existences se ressemblant aussi peu.

Courvoisier, nature passionnée, royaliste de conviction, se jette en travers du torrent de la Révolution pour en arrêter le cours, il aime la lutte et la recherche, et il est contraint de demander à la terre étrangère un asile où sa vie puisse être à l'abri.

Grappe, républicain convaincu, sent que les efforts d'un seul homme ne peuvent mettre un terme à des excès qu'il déplore. Intrépide quand le devoir commande, il s'expose dans la défense de Dietrich à des dangers qu'il prévoit ; il essaie en vain de s y soustraire dans la retraite, mais ne voulant pas fuir son pays, il est jeté en prison et le salut lui vient d'une circonstance toute fortuite.

Le premier, conservant sa vie entière cet amour de îa royauté à laquelle il s'attache par les sacrifices mêmes qu'elle lui coûte, combat en sa faveur sur le sol ennemi où il a dû se réfugier, il se sacrifie pour sa défense. Le second, appelé par ses concitoyens à un rôle

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