‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 117 sur 176 · Ï.E TABLEAU DES AVOCATS · texte numérisé non relu

Ï.E TABLEAU DES AVOCATS

politique, sait conquérir clans les assemblées délibérantes une place honorable ; il sait plus encore, il sait se retirer quand ses opinions politiques lui semblent exiger d'un honnête homme ce sacrifice. Tous deux luttent fermes, inébranlables, fidèles dans leurs convictions ; mais alors que Courvoisier ne rentre que pour mourir, et sans même pouvoir assister au retour de cette famille des Bourbons, pour laquelle il a dépensé ses forces et sa vie, la retraite volontaire de Grappe le laisse entouré d'amis nombreux ; sa vieillesse s'écoule paisible dans les fonctions de professeur qu'il avait perdues et qu'il retrouve comme la couronne de ses dernières années. Quel contraste quant aux résultats chez deux hommes à qui tant de points de ressemblance paraissaient devoir assurer un sort semblable !

Enfin, à côté de Grappe, de Courvoisier, de l'élite du barreau, Ordinaire, Blanc, Lebeau, Verny, Pourtier, étaient fort occupés. L'avocat Blanc était le conseil du président de la Cour des comptes, M. de Monnier, dans ses procès contre Mirabeau; puis venait une génération d'avocats plus jeunes : Modeste Monnot, Lochard, Quirot, Nodier, Louvot, Rambour, allaient être bientôt appelés à traverser les jours les plus agités et à jouer un rôle politique qui, pour quelques-uns, devait être fatal à leur honneur.

Nous désirerions donner ici le dernier tableau de l'ordre ; on y retrouverait beaucoup de noms qui ont eu une certaine notoriété ; mais cette nomenclature serait trop longue : chaque année, le tableau s'augmentait. En 1727, le barreau ne se composait que de

soixante-trois avocats (*), et en 1788 de cent vingtsept ( 2 \ Les tableaux indiquent les avocats des prisonniers, les avocats des pauvres, et enfin les avocats chargés de recueillir les arrêts de chacune des chambres du Parlement. Il est bien évident que, malgré les prescriptions formelles et réitérées du Parlement, beaucoup d'avocats sont inscrits, bien que n'assistant pas aux audiences ou ne plaidant qu'à de rares intervalles, ou même ne paraissant jamais à la barre.

On retrouve peu de documents permettant d'apprécier le talent oratoire des membres du barreau. Les mémoires, les plaidoiries qui nous sont parvenus, montrent que le langage judiciaire subissait l'influence de la mode, influence qui se fait sentir aussi bien sur les productions de l'esprit humain que sur les habitudes. Les œuvres des avocats sont loin d'avoir les qualités de style que Ton pourrait attendre d'hommes consacrant leur vie à l'étude et se distinguant par leur science. L'éloquence de la chaire était arrivée sous Louis XIV au plus haut degré qu'elle pût atteindre, tandis que le langage du barreau était empreint de faux goût et consistait dans l'enflure, l'accumulation de citations, l'emploi de figures de rhétorique dont la comédie des Plaideurs offre une critique piquante et justifiée ; l'improvisation n'existe guère, et la parole s'épuise dans de longues et stériles préparations, surchargées d'un luxe

(1) Chiflet, dans ses manuscrits, vol. 61, p. 281, donne les noms des avocats en 1727. Bibliotb. de Besançon.

(2) Les archives du Doubs possèdent de nombreux tableaux de Tordre, achetés récemment par M. Gauthier, provenant de la collection Droz.

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