‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 121 sur 176 · J.-B.-V. PROUDHON · texte numérisé non relu

J.-B.-V. PROUDHON

devait se distinguer par sa science juridique et laisser, comme jurisconsulte et comme citoyen, un nom respecté, ce fut Jean-Baptiste- Victor Proudhon. Au mois de mars 1792, il était membre du tribunal de Pontarlier et directeur du jury d'accusation. Une affaire délicate concernant deux prêtres se présenta. Les jurés assemblés, Proudhon crut devoir faire un exposé du procès et indiquer au jury les principes de la législation nouvelle; son discours est digne d'un vrai magistrat :

« Juges aujourd'hui, demain simples citoyens et » peut-être accusés vous-mêmes, les mouvements de » sagesse que vous voudriez qu'on adoptât alors pour » vous sont ceux que vous devez suivre aujourd'hui » dans la cause de vos concitoyens.... C'est ici le sanc- » tuaire des lois; quiconque en devient l'organe doit » laisser tout sentiment de haine à la porte du temple, » et vous venez vous-mêmes d'en faire le serment. Les » hommes dont vous allez décider du sort ne sont ni » vos amis ni vos ennemis : ils sont hommes et jus- » qu'à présent citoyens comme vous. Et comme il ne » vous serait pas permis de les absoudre par compas- » sion, il vous est aussi défendu de chercher à les » punir par vengeance.... Gardez-vous, citoyens, de » chercher des coupables, vous le deviendriez aussitôt » vous-mêmes; mais, tout en tremblant d'opprimer » l'homme juste, gardez-vous aussi d'oublier un ins- » tant ce que vous devez à l'ordre public. Si vous ne » devez regarder qu'avec attendrissement l'innocence » opprimée, vous devez être aussi inflexibles dans le » châtiment du vice.... »

Plus tard en Tan iv, le 27 frimaire, Prouclhon venait prendre place au tribunal civil de Besançon, après avoir été commissaire du directoire exécutif près l'administration du département; ses lonctions étaient de courte durée. Le 21 terminal an v il donnait sa démission et écrivait à ses collègues cette lettre peu connue :

« Braves citoyens,

» Appelé par le jury d'instruction publique aux fonctions de professeur de législation, des considérations m'ont déterminé à accéder à son vœu. Je viens, en conséquence, déposer en vos mains ma démission de ma place de juge et vous prier de la transmettre au corps électoral.

» En se séparant des magistrats du peuple pour lesquels l'homme juste ne se garantit pas de concevoir tout ce que les vertus et les talents peuvent inspirer d'estime et d'amitié, permettez, citoyens collègues, que j'exprime ici le sentiment pénible qui accompagne cette démarche de ma part ; si quelque chose peut adoucir l'amertume de mes regrets, c'est d'avoir, à votre exemple, siégé à côté de vous sans faiblesse, et de quitter le temple de la justice sans remords.

» Salut, fraternité et éternelle amitié.

» Signé Proudhox. »

Orateur, Proudhon n'avait aucun éclat, mais un esprit solide, délié, pratique, avec je ne sais quoi d'énergique qui frappait vivement et s'imposait à l'esprit de ses auditeurs. Né avec des inclinations vertueuses fortifiées

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