‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 125 sur 176 · MONNOT, MI CHAUD · texte numérisé non relu

MONNOT, MI CHAUD

Alexandre Besson, né à Amancey, ne resta au barreau que peu de temps. II était notaire, lorsqu'il fut élu membre du Directoire du département du Doubs. Son rôle à la Législative fut secondaire ; à la Convention, il vota la mort du roi sans appel et sans sursis, et cédant à la peur, se jeta dans tous les excès du terrorisme. Son vote dans le procès de Louis XVI fut conçu en ces termes : « Comme juge, j'ouvre la loi, elle porte la peine de mort, elle est égale pour tous ; comme législateur républicain, je ne connais point cette politique étrange qui conserve le tyran pour détruire la tyrannie. » Le 9 thermidor modifia son attitude ; chargé de diverses missions dans la Gironde, la Dordogne et le Lot, il fit incarcérer ceux qu'il avait soutenus, les terroristes, ses anciens amis. Il était sans principes politiques, sans convictions. Au conseil des Cinq-Cents, il essaya de réparer le désordre des finances, s'opposa à l'aliénation des forêts de l'Etat, contribua à faire adopter le projet de rétablir la Faculté des sciences. Nommé au conseil des Anciens, il n'y siégea pas, les opérations de l'assemblée électorale ayant été annulées, et devint président du conseil général du département du Doubs, administrateur de la régie intéressée des salines jusqu'en 1806, s'occupa d'industrie, de spéculations commerciales, notamment de l'exploitation des houillères du Grand-Denis. Exilé comme régicide, il sut se dissimuler à toutes les recherches dans sa maison d'Amancey, et y mourut en 1826.

Né à Besançon en 1756, Lécurel occupait au barreau une place distinguée, lorsque éclata la Révolution. Il

s'était fait connaître par plusieurs brochures oubliées aujourd'hui, et dont Tune avait pour but de retracer la querelle de 1784 entre Tordre et le Parlement. I ors de la nouvelle organisation judiciaire, il fut nommé juge au tribunal du district de Champlitte, puis envoyé par les électeurs de ce district à l'Assemblée législative. 11 vota constamment avec le parti modéré, et ne parut à la tribune que pour y lire différents rapports. Mais la popularité de Lécurel ne fut pas de longue durée ; son attitude à l'Assemblée le fit accuser de royalisme. Il ne fut pas réélu membre de la Convention. Les patriotes lui reprochèrent de n'être que le plat valet des ci-devant, de n'avoir servi qu'une cause particulière, celle des avocats, d'avoir oublié celle du peuple; on le plaisanta sur ses prétentions nobiliaires, on lui rappela qu'il était cinq fois noble, qu'il se nommait Lécurel, Decoraux, Pisloux, Fripapa, de l'Etang et Villemont, et que pour ces noms sonores il devait être privé, pour dix années, du privilège d'être législateur. Le 2 août 1793, s'étant présenté à la séance de to société populaire de Besançon, les sans-culottes l'accueillirent fort mal, et Proudhon aîné demanda qu'avant d'être admis dans la société, Lécurel prît la peine de se justifier d'une inculpation grave insérée contre lui dans le journal de la montagne. Les sans-culottes applaudirent à la motion de Proudhon. Lécurel ne crut pas devoir répondre ; il regagna Vesoul et publia aussitôt sa justification. Mais Proudhon lui répondit par une longue lettre commençant ainsi : « Lécurel, lorsqu'on n'a que des injures à dire à un homme irréprochable, on se tait : c'est ce que tu aurais

LECUREL. 343

du faire pour conserver un reste de réputation. Je ne t ai jamais dit d'injures, je t'ai reproché des faits, je vais t'en reprocher encore ; » et Proudhon énuméraittous ses griefs. La lettre se terminait ainsi : « Lécurel, fais autant de justifications qu'il te plaira. Tu ne seras pas moins exclu de la Législative prochaine. La Convention, par un décret, va rendre inéligibles pour deux ans tous les ci-devant nobles ; comptons à présent. Tu étais cinq fois noble, car tu portais cinq différents noms de terre ; en calculant, nous trouvons que tu seras privé pour dix années du privilège d être législateur. Les bons citoyens n'en seront pas fâchés ; ils diront : Tout n'est pas bonheur dans la vie. »

Ces attaques n'étaient que le prélude de son arrestation. Conduit à Paris, il attendait le moment de paraître devant le tribunal révolutionnaire, lorsque le 9 thermidor le rendit à la liberté. Il revint prendre possession de son siège au tribunal de Champlitte et ne tarda point à être élu président. Lors de la réorganisation de la magistrature, il fut nommé conseiller à la cour de Besançon, fonctions qu'il remplit jusqu'à sa mort, le 14 juillet 1803.

Vernerey n'était qu'un fanatique. Il suffit de lire le discours qu'il prononça comme président de l'administration centrale, le 2 pluviôse an vi, jour correspondant au 21 janvier, discours où il célèbre l'assassinat du roi, qualifie de monstre l'infortuné Louis XVI, et déclare les royalistes capables de tous les crimes 0).

(1) La Révolution en Franche-Comté, vol. 2. Biblioth. do Besançon.

Enfin, à la Convention, nous retrouvons quatre des avocats dont nous venons d'esquisser la vie : Monnot, Michaud, Vernerey, Besson. Deux autres députés représentèrent le département du Doubs, l'avocat Quirot et Tévêque constitutionnel Seguin. Quirot embrassa avec ardeur la cause des innovations, mais ne fut pas régicide ; nous avons retracé sa vie, en rappelant la composition du tribunal révolutionnaire.

La Haute-Saône et le Jura envoyèrent aussi à la Convention des avocats.

Vigneron et Balivet, le premier membre distingué du barreau de Vesoul, le second avocat à Gray, votèrent pour la détention provisoire et le bannissement à la paix, et firent constamment preuve de justice et de modération, à la différence de l'avocat Bolot et de Gourdan, qui vota la mort sans appel et sans sursis.

Dans le Jura nous retrouvons à la Convention encore des avocats : Prost, élève de l'Université de Besançon, fils d'un huissier au bailliage de Dole, avocat dans cette même ville, sans capacité, violent et haineux, abusant de son pouvoir pour exercer des vengeances personnelles, votant la mort du roi ; Grenot, un autre régicide, qui céda à un sentiment de crainte; puis un autre avocat, Vernier, dont la noble attitude pendant cette époque troublée offre un consolant et heureux contraste avec les palinodies et les lâchetés de certains de ses collègues. Avocat à Lons-le-Saunier, élu à la Constituante, puis à la Convention, il vota pour le bannissement et l'appel au peuple. Décrété d'arrestation pour avoir soutenu les Girondins, il se réfugia chez des amis dans le

Page 1