‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 128 sur 176 · LE TRIBUNAL CRIMINEL. POURSUITES CONTRE DIETRICH · texte numérisé non relu

LE TRIBUNAL CRIMINEL. POURSUITES CONTRE DIETRICH

santé discipline, la plupart continuèrent, comme par le passé, à être chargés devant la justice de graves et nombreux intérêts. Les procès civils ne pouvaient d'ailleurs être confiés qu'à eux ; quant aux procès criminels, ils furent le plus souvent plaidés par d'anciens membres du barreau.

C'est en janvier 1792 que le nouveau tribunal criminel entra en fonctions. Cette année ne fut guère employée qu'à juger des crimes de droit commun, assassinats, faux, vols, fausse monnaie, etc. ; un procès politique resté fameux fut cependant soumis à cette juridiction.

La Convention nationale, dans sa séance du 27 septembre 1792, avait décrété qu'il y avait lieu à poursuites contre Frédéric Dietrich, ci-devant maire de Strasbourg ; elle l'accusait d'avoir prêté à la commune de Strasbourg des sentiments et des vœux qu'elle n'avait jamais émis, et dont l'effet devait être la proscription des sociétés permises et approuvées par la loi ; d'avoir fait abus d'autorité en exilant plusieurs citoyens de leurs foyers sans aucune forme légale; d'avoir porté atteinte à leur liberté en leur défendant de s'assembler paisiblement et sans armes ; d'avoir voulu soulever le département en envoyant des adresses licencieuses; de s'être élevé contre la suspension du roi, d'avoir favorisé l'émigration et les émigrés.

C'est à Louvot et à Grappe que Dietrich confia sa défense.

Grappe partageait les opinions de l'ancien maire de Strasbourg; comme lui il avait cru à une ère de justice,

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de paix et de saine liberté ; comme lui il avait vite compris à quels excès allait se livrer la Révolution déchaînée, et il avait été effrayé, révolté, des violences terroristes, des attentats qui se commettaient au nom de la république. Ses habitudes laborieuses, la modération de son caractère, sa douceur native, faisaient de lui un professeur, un avocat consultant plutôt qu'un orateur chaleureux et véhément; mais il n'hésita point à donner à l'honnête homme opprimé l'appui de son talent, tout en comprenant le danger de la mission qui lui était confiée, les inimitiés ardentes, passionnées, que son attitude devait faire naître. Il obéit à la voix du devoir.

Louvot était, lui aussi, dégoûté du régime inauguré par les prétendus sauveurs de la patrie; chaque jour lui enlevait ses illusions. La faveur populaire l'abandonnait parce qu'il se refusait à approuver les attentats à la liberté, le règne de l'arbitraire ; on le considérait comme suspect; on l'accusait de trahison. A peine était-il choisi par Dietrich qu'il devint l'objet des attaques de la Vedette. « Ce sera une chose vraiment curieuse, disait le journal, que de voir Louvot défendre le prévenu de l'inculpation d'avoir provoqué, au conseil général de Strasbourg, la suspension de la promulgation de la loi du 10 août, lui qui fit la même proposition dans le conseil général de la commune de Besançon. Ce singulier rapprochement frappera tous les bons esprits, et les réflexions qui naîtront ne seront pas en faveur du défenseur officieux. »

La discussion fut des plus vives. Rambour reprocha

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