‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 129 sur 176 · ACQUITTEMENT DE DIETRICH · texte numérisé non relu

ACQUITTEMENT DE DIETRICH

à Dietrich ses relations avec Lafayette, les prétendues persécutions qu'il avait fa: t subir aux patriotes de Strasbourg; il représenta Dietrich abusant de son talent, dominant tous les esprits, les dirigeant au gré de ses passions et de ses complots, expulsant arbitrairement les citoyens les plus courageux, ne leur accordant que vingt-quatre heures pour quitter la ville, tandis qu'il concédait huit jours aux prêtres réfractaires. Il le montra envoyant dans toute la France des discours séditieux, cherchant à étouffer l'opinion publique, voulant faire adorer un roi conspirateur, ameutant le pays en sa faveur. A tous ces reproches les avocats répondirent en demandant à Rambour autre chose que des allégations ; ils l'accusèrent de partialité, d'inexactitude, d'infidélité, de calomnie ; ils déclarèrent nettement qu'il oubliait son devoir pour ne consulter que la passion et l'envie de noircir et de perdre Dietrich (0.

Appelé à se prononcer, le jury répondit par un verdict qui déniait l'existence même de certains des faits imputés à l'accusé et qui, pour le surplus, le libérait de toute responsabilité. 1° Il est constant, disait le jury, que l'on a fait signer aux citoyens de Strasbourg une adresse portant que leurs liens seraient brisés et que leurs droits leur seraient rendus, mais Frédéric Dietrich n'est pas convaincu d'avoir fait signer cette adresse. 2° Il n'est pas constant qu'il ait existé une conspiration tendant à troubler l'Etat par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres.

(1) La Vedette, 1 er mars 1793.

3° Il n'est pas constant que l'on ait travaillé d avance à la dissolution de la Convention nationale en excitant les citoyens contre elle. 4° Il n'est pas constant que l'on ait banni et exilé sans forme légale les citoyens de leurs foyers. 5° Il n'est pas constant que l'on ait provoqué les citoyens de Strasbourg à méconnaître les autorités légitimes.

A la nouvelle de l'acquittement, ce fut un débordement de colère dans tout le clan républicain. « Tous les patriotes s'indignèrent de ce qu'un conspirateur redoutable de la liberté était ravi au glaive des lois. » La Vedette interpella, dénonça les juges. « Jurés, écrivait ce journal, vous venez de vous charger d'une responsabilité immense et redoutable ; vous rendrez compte à la patrie des malheurs que peut entraîner votre sentence ; vous rendrez compte à la république de la vengeance que la justice devait exercer sur un de ses plus grands ennemis ; vous rendrez compte aux patriotes de Strasbourg des persécutions que vous attirez sur leurs têtes, et si les intrigues d'un traître, le fanatisme de ses aveugles partisans, le triomphe insolent de Dietrich et de ses perfides complices étouffaient le républicanisme dans les départements du Rhin, jurés, vos tètes suffiront-elles pour apaiser la colère des Français indignés et pour assouvir leurs justes vengeances (*)? »

Il y avait du courage à défendre l'homme que poursuivaient des haines aussi ardentes.

Déçues relativement à Dietrich, ces haines se retour-

(1) La Vedette, 8 mars 1793.

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