‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 130 sur 176 · AVOCATS A LA BARRE · texte numérisé non relu

AVOCATS A LA BARRE

lièrent contre ses défenseurs. Vainement Grappe essaya de se faire oublier, de se consacrer à l'étude, de mener l'existence laborieuse de l'homme de loi. Des dénonciations le poursuivirent. Il crut prudent de quitter Besançon, de se réfugier dans les montagnes du Jura, à ïrébief, près Nozeroy, son pays natal ; mais le silence de la retraite ne le mit pas à l'abri d'une accusation de modérantisme ; inscrit sur la liste des suspects, il fut arrêté, et c'est seulement au 9 thermidor que s'ouvrirent les portes de sa prison.

Quant à Louvot, il ne devait, pas plus que Grappe, échapper aux rancunes des sectaires républicains ; on l'arrêtait et on l'incarcérait dans les prisons de Dijon.

D'autres avocats risquèrent leur vie en donnant l'appui de leur talent à de malheureux accusés ; nous ne mentionnerons que Michel-Dorothée Clerc, Guillaume

fils et Durnev.

Clerc était un homme de cœur et d'intelligence, d'une bienveillance extrême, d'une bonté toute partiale pour tout ce qui paraissait offrir quelque espérance de talent ; il devait arriver aux fonctions de procureur général et laisser une haute réputation d'intégrité, de science et de vertu. Il fut le père du magistrat-historien, qui devait, lui aussi, se conquérir une notoriété méritée. Guillaume défendit surtout des prêtres devant le tribunal révolutionnaire, notamment un abbé Jeannin, vicaire en chef à Boujeons, près Pontarlier, prévenu « d'avoir cherché à soulever les esprits et à altérer la tranquillité publique en déclarant schismatiques

les personnes soumises aux lois, en défendant d'aller

à la messe des prêtres constitutionnels, etc. Jeannin fut acquitté, et la Vedette s'exprima ainsi : « Le public honnête et religieux n'a pas entendu sans indignation l'accusateur public soutenir que des prêtres n'ont pas le droit de semer le désordre, d'outrager ceux qui ne pensent pas comme eux ; que l'Evangile défend de juger, d'appeler schismatiques, hérétiques, de damner, d'égorger ses frères pour l'amour de Dieu. Tous les raisonnements de M. Quirot ont été réfutés par l'éloquence vraiment sacerdotale du défenseur officieux du prêtre Jeannin. M. Guillaume fils a savamment prouvé qu'un prêtre peut mépriser les lois, engager les peuples à leur désobéir, distribuer des libelles, appeler ses confrères schismatiques, hérétiques, intrus, etc. 0). »

Enfin Durney n'hésita pas à continuer sa profession d'avocat non seulement devant le tribunal, mais devant la commission militaire qui siégeait à Besançon et jugeait les prévenus d'émigration ; c'est à lui que Pierre- Jérôme Pourcheresse, accusé d'avoir servi contre la France, crut devoir recourir.

Un jour vint où la voix des avocats dut rester muette. La Convention imposa silence à tous défenseurs des accusés et déclara que ce serait au prévenu lui-même à présenter ses justifications, et que « si la loi donnait » pour défenseurs aux patriotes calomniés des jurés » patriotes, elle n'en accordait point aux conspira- » teurs. » Le tribunal révolutionnaire put ainsi fonctionner librement, et il ne resta plus aux citoyens décla-

(1} La Vedette, 19 juin 1792.

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