AVOCATS INCARCÉRÉS
rés suspects qu'à porter silencieusement leur tête sur l'échafaud. Plus de défense sérieuse, plus de juges, plus de tribunaux, car on ne saurait donner ce nom à ces comités révolutionnaires avides de samr. La terreur, le crime triomphait.
A cette époque se placent plusieurs procès de triste mémoire, notamment celui qui se jugea à Maîche et dans lequel comparurent cent quatre-vingt-six prévenus. Exaspérés de la guerre faite à leurs croyances religieuses, un certain nombre d'habitants des montagnes avaient essayé de résister, mais cette levée de boucliers ne pouvait mieux aboutir que d'autres entreprises locales bien plus formidables et toujours impuissantes ; elle ne réussit qu'à faire couler le sang à Maîche et à Ornans, sous la hache des bourreaux. Quatorze des inculpés furent condamnés à mort, sous prétexte qu'ils avaient été les instigateurs de la révolte contre-révolutionnaire, qu'ils avaient sollicité les citoyens à se réunir aux rebelles, qu'ils s'étaient introduits dans le domicile de certains individus pour les désarmer et qu'ils avaient tenu des propos séditieux. Bien que l'appui d'aucun avocat ne fût donné aux accusés, nous mentionnons cette poursuite pour montrer dans quelle mesure notre pays ressentit la contagion des fureurs qui firent tant de nobles et d'innocentes victimes.
Nous avons vu l'avocat prendre place dans les assemblées législatives ou sur le siège du magistrat. Donnons un souvenir aux vaillants qui, fidèles à leurs convictions, furent victimes des passions politiques, des haines républicaines.
La prison et l'exil ne furent point réservés seulement aux magistrats ; plusieurs avocats, parmi ceux-là mêmes qui avaient accueilli avec ardeur la Révolution, furent incarcérés sous la Terreur. Ils s'étaient montrés républicains, mais républicains modérés, et ce n'était point assez : on leur reprocha les arrêtés de l'assemblée départementale du 10 juin, leurs sympathies pour le système fédéraliste et liberticide, leur attitude dans les clubs, leur indulgence pour les aristocrates et leur mépris pour les sans-culottes. C'est ainsi que Pierre Bouvenot fut arrêté comme « l'un des chefs du fédéralisme, comme ayant cherché à fréquenter les patriotes pour les fédéraliser et les corrompre, comme aussi dangereux par son aristocratie voilée que Dumouriez par sa trahison. » On fit le même reproche à l'ancien procureur général du département Billot, aux avocats Spicrenael et ïravaillot, qui tous trois furent arrêtés. Louvot, Fexmaire de Besançon, et Guillemet aîné, administrateur du district, furent aussi incarcérés, le premier « comme ayant toléré les rassemblements de fanatiques, en se fondant sur la liberté des opinions; » le second « comme ayant été un des moteurs des questions insidieuses proposées à rassemblée départementale, et l'un des rédacteurs de l'adresse liberticide contre les braves Parisiens. » Le défenseur de Dietrich, Grappe, ne pouvait échapper à l'attention du comité. On lui fit un crime de son dévouement à son client, on lui imputa « d'avoir outrepassé les devoirs qu'il devait à ce dernier, au préjudice de la république, et d'avoir, comme partisan du fédéralisme, approuvé les mesures que les Lyonnais