‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 143 sur 176 · LE PRÉSIDENT DE GROSBOI · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT DE GROSBOI

vécurent dans la retraite et même dans l'isolement. Quelques-uns moururent sur la terre d'exil ; le procureur général Doroz ne revit jamais la Franche-Comté; la mort l'atteignit à Genève ; d'autres eurent un rôle actif, notamment le conseiller Chiflet, le président de Vezet.

Le premier porta le fusil à l'armée de Condé; le second fut, d'abord à Frauenfeld. en Suisse, puis en Allemagne, à Uberlingen et à Augsbourg, un des serviteurs les plus dévoués, un des correspondants les plus actifs de Louis XVIII. Avec un autre parlementaire, d'André, ancien conseiller à Aix, il dirigea, de 1797 à 180:2, l'Agence royaliste dite de Souabe; puis réfugié, oublié à Erlangen pendant toute la durée de l'Empire, il ne rentra en France qu'en 1811, et encore ne revintil jamais en Franche-Comté. Comme la plupart de ses collègues, il espéra longtemps contre toutu espérance. En 1793, un mémoire adressé par lui au cabinet du « Régent, » et que nous avons trouvé dans ses papiers, contenait sur le Parlement de Besançon une statistique individuelle et morale complète, indiquait les capacités et la conduite de chacun, mesurant peut-être un peu trop les talents à la fidélité, et spécifiait les mesures à prendre pour le rétablissement de la Compagnie, au cas prévu d'une restauration royale prochaine.

Il est un nom qui ne figure ni sur la liste des exilés ni sur celle des magistrats incarcérés à Dijon ou à Besançon, c'est le nom du premier président de Grosbois. Il n'avait eu à la Constituante qu'une attitude effacée ; quelle influence pouvaient avoir les rares magistrats

qui siégeaient dans cette assemblée? Suspects à la couronne, qu'ils avaient combattue, étrangers ou hostiles aux idées nouvelles, ils ne représentaient que les prétentions hautaines de leurs compagnies et la chimère irréalisable d'une sorte de féodalité judiciaire. Le Moniteur nous apprend que le premier président de Besançon s'associa à la minorité généreuse qui se réunit au tiers état (*): une brochure intitulée Protestation et démission de M. de Grosbois, 30 mars 1791, atteste qu'il quitta l'assemblée avant la fin de la session, en faisant connaître les motifs de sa retraite. Maison chercherait sans succès d'autres renseignements, de plus amples détails. Comme les magistrats ses collègues, M. de Grosbois garda le silence lorsque les Parlements furent violemment attaqués, lorsque la magistrature fut dépouillée de ses privilèges, lorsqu'elle fut condamnée à disparaître ; mais il ne pouvait échapper à la haine des révolutionnaires ; sa haute situation, son dévouement au roi, ses antécédents, sa situation de famille, le désignaient aux vengeances populaires, à une époque où l'homme du peuple était lui-même dénoncé et incarcéré. Le premier président le comprit, et au lieu de revenir en Franche-Comté, il voyagea sans cesse, errant de pays en pays, le plus souvent à pied, avec l'apparence la plus modeste, cachant son identité, assistant impassible aux drames sanglants et terribles qui déshonoraient sa patrie. Il parvint ainsi, non sans danger, à échapper à la prison qui frappait les anciens

(1) Moniteur, n° il.

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