LES ÉMTGRÉS EN FRANCE
constituants, et surtout les chefs d'une magistrature abhorrée (0.
Malgré toutes ces persécutions, le Parlement de Besançon est encore un de ceux qui eurent le moins à soufïrir de la tyrannie révolutionnaire. Tandis qua Toulouse cinquante-quatre membres du Parlement furent envoyés à la mort; qu'à Paris tous les membres de la Chambre des vacations furent traînés devant le tribunal révolutionnaire, au milieu des imprécations du peuple; que Malesherbes, le vénérable Malesherbes, paya de sa vie le courage avec lequel il avait défendu son roi; qua Bordeaux, à Dijon, à Rennes, à Rouen, à Grenoble, plusieurs magistrats furent aussi immolés, le Parlement de Besancon ne perdit sur l'échafaud aucun de ses membres.
Un jour enfin on apprit que Robespierre avait été traîné mourant sur l'échafaud. La nouvelle devança les courriers avec une rapidité merveilleuse; on la connaissait en Suisse, notamment à Neuchàtel, le 9 thermidor ; elle vint porter la joie dans tous les cœurs. Un gouvernement faible et corrompu succéda à un gouvernement assassin : le pays allait être ouvert à ceux qu'il avait proscrits. Les magistrats crurent à la. délivrance et voulurent profiter de l'horreur qu'inspiraient les lois cruelles de la Révolution pour rentrer en France : ils s'étaient trop hâtés. Le 13 vendémiaire vint presque
(1) Sous la Restauration, M. de Grosbois siégea à la Chambre de 1 S 1 5 , dont il fut un des vice-présidents; puis à la Chambre des pairs. Il ne mourut qu'en 1840.
ramener les temps horribles qui avaient précédé le 9 thermidor. Toute la Franche-Comté eut à craindre de voir renaître le règne de la Terreur. Un général jacobin à Besançon, un commissaire du pouvoir exécutif à Lons-le-Saunier, répandirent 1 épouvante par des proclamations menaçantes. Puis survint le décret du 18 fructidor. Les anciennes classes privilégiées furent mises, une fois de plus, hors de la société. Les chemins se couvrirent de nouveau de déportés et d'émigrés qui retournaient dans leur exil. Tous se hâtaient d obéir aux prescriptions légales et abandonnaient précipitamment leur famille et leur paj's. Cette révolution nouvelle était une calamité universelle, et les jacobins euxmêmes, loin de s'en réjouir, cherchaient en Franche- Comté à réduire le nombre des victimes. Plus on s était cru près de la vraie liberté, plus on ressentait la pesanteur du nouveau joug. La constitulion n'existait plus et venait d'être anéantie par le coup de main de la majorité du Directoire. La Suisse ne devait même pas offrir un asile sûr aux émigrés. En 1798. elle était envahie par l'armée française et ils étaient forcés de fuir : les uns gagnèrent l'Italie, d'autres la Bavière, quelques-uns l'Allemagne; le 18 brumaire devait leur ouvrir les portes de la France, tout en maintenant en exil les agents du roi et des princes et ceux qui s étaient signalés par leur zèle royaliste. C'est seulement en 1802 qu'un décret accorda une amnistie générale sous condition de prêter serment de fidélité au gouvernement. Cent quarante-neuf mille émigrés retrouvèrent alors leur qualité de citoyen et le nom de Français.