RÉSUMÉ ET CONCLUSION
sistible sur tous les actes du pouvoir royal ; elle était désormais ramenée, conformément aux principes de Montesquieu, au rôle restreint de rendre la justice : le pouvoir législatif lui était enlevé, le seul pouvoir judiciaire lui restait; elle n'avait plus ni à briser le testament des rois, ni à décerner des régences ; elle n était plus le grand centre d'organisation et d'administration étendant son action sur la nation entière; elle n'était plus créée que pour prêter main-forte à la vérité, selon l'heureuse expression de Servan, pour statuer sur les contestations humaines d'une manière impartiale et désintéressée, en se plaçant au-dessus des sphères mobiles et changeantes de la politique.
Si les fables ont leur moralité, l'histoire doit avoir aussi la sienne. Jetons un coup d'œil d'ensemble sur cette grande institution des Parlements : examinons son influence, sa prépondérance grandissant chaque jour, son dévouement et les services qu'elle rendit à la cause du peuple, puis ses erreurs, ses fautes et sa chute rapide et inévitable.
Son influence, sa popularité, sont faciles à expliquer. Pendant de longues années, à leur début, les Parlements ont été les seuls gardiens des lois fondamentales de l'Etat, les seuls défenseurs des droits du peuple. Quand la noblesse féodale eut succombé, quand l'autorité royale eut triomphé des barons et se fut entourée des plus illustres représentants de la vieille aristocratie, quand elle vit la moindre de ses faveurs devenir an objet d'envie, il fallait une résistance à ce pouvoir sans
limites. La place publique était muette, la réunion des Etats généraux n'était qu'un souvenir. Les représentants de l'aristocratie s'étaient métamorphosés en courtisans et recherchaient surtout la faveur du souverain, auquel ils donnaient en échange un dévouement illimité et absolu ; la bourgeoisie n'existait pas. Le peuple se rattacha forcément à ses magistrats. La vie politique se concentra dans le Parlement comme dans un sanctuaire.
Le pouvoir royal ne mit à cet état de choses aucun obstacle. La monarchie française, sous les règnes les plus absolus, ne pouvait se dépouiller d'un trait essentiellement distinctif, qui était d'être consultative. Il était de principe que la nation avait le droit d'exprimer son opinion, qu'il fallait à l'omnipotence royale un contrepoids; que les Parlements, à défaut des Etats, étaient les interprètes des volontés, des aspirations du pays. Les magistrats avaient d'ailleurs l'esprit, les mœurs, les préjugés même des populations qu'ils étaient chargés de défendre ; la plupart avaient une origine plébéienne, ils s'appuyaient d'instinct sur le peuple au milieu duquel ils vivaient, sur le barreau, sur les corporations bourgeoises ou populaires, ils faisaient partie des classes moyennes, ils étaient avec elles dans une solidarité, une union étroite et instinctive.
Ils avaient de plus non seulement la supériorité du droit sur la force, mais l'amour de l'indépendance, ce goût de liberté qu'on trouve dans le cœi des anciens légistes français, ils avaient l'énergie suffisante pour revendiquer en toute circonstance les franchisesdu pays.