LES PARLEMENTS A LEUR DÉBUT
Cet esprit de fermeté était connu des populations et augmentait leur haute estime et leur attachement; on savait que le Parlement, qui n'était que le reflet des mœurs de la province au nom de laquelle il parlait et agissait tout à la fois, resterait tout dévoué à la personne du roi, mais qu'il défendrait pied à pied les concessions déjà faites, revendiquerait avec une ténacité mêlée de respect la réalisation de celles qui avaient été promises, n'accepterait pas sans observation ce qui serait en contradiction avec le droit provincial ; on lui savait gré de son dévouement, de ses efforts, de sa résistance, et, en cas d'insuccès, de sa volonté de venir en aide aux pauvres, aux petits, aux opprimés et aux faibles*
On comprend que les Parlements soient ainsi devenus les représentants des droits de la nation, les médiateurs entre les édits des princes et les supplications des peuples. On comprend qu'ils aient inspiré le respect, d'ardentes et profondes sympathies.
En Franche-Comté, ce sentiment avait grandi et s'était maintenu plus qu'ailleurs.
Avant l'annexion à la France, le Parlement était en quelque sorte souverain ; il était le maître du pays. Les princes de la maison d'Autriche lui accordaient un pouvoir illimitée La distance qui les séparait de la Comté les forçait à confier la majeure partie de leur autorité aux magistrats. C'est la pensée qu'exprimait Dunod en ce 'ormes : « Les princes de la maison d'Autriche et les gouverneurs des Pays-Bas ne pouvaient veiller par eux-mêmes sur les armes, la milice, les
fortifications et la levée des subsides; un gouverneur qui en aurait été chargé seul aurait été trop puissant et aurait pu en abuser dans une province éloignée de leurs autres Etats. Ce fut la raison pour laquelle la comtesse Marguerite et Charles-Quint, par un trait de sage politique, firent part au Parlement du gouvernement de Franche-Comté, en sorte que le gouverneur ne pouvait rien faire d'important que par délibération du Parlement. » Les populations s'étaient ainsi habituées à voir dans les magistrats les vrais gouverneurs du pays.
Ils s étaient montrés dignes de la confiance des populations; on vénérait leurs vertus, leur bonne foi et leur science; on les apprécia mieux encore après le siège de Doie, lorsque l'on put constater la mâle énergie, le courage à toute épreuve de ces hommes que l'on considérait surtout comme des hommes de paix, inhabiles aux choses de la guerre, comme des jurisconsultes et des savants, lorsqu'on vit un des princes de la maison de Condé contraint de céder devant l'héroïsme des principaux chefs de la magistrature; ce fut de l'enthousiasme qu'inspira leur noble attitude, leur fierté, leur fidélité au souverain.
Sous la domination française, les sentiments s'étaient beaucoup affaiblis. Le peuple avait été le témoin attristé de défections, de compromissions fâcheuses ; il avait vu des parlementaires, appelés à donner l'exemple de la fermeté, ^'incliner devant la force et acclamer l'ennemi victorieux; mais peu à peu, lorsque Louis XIV eut rétabli le Parlement, lorsqu'il lui eut conféré des attribu-