LES PARLEMENTS A LEUR DEBUT
tions nombreuses, le pays se reprit à espérer en ses magistrats, à voir en eux des défenseurs utiles, à leur prodiguer les marques d'attachement et de respect. Ses sympathies se manifestèrent hautement lorsqu'il put constater leur résistance aux volontés royales et l'exil dont ils étaient frappés en raison de leur dévouement aux intérêts du peuple- Les populations se rappelèrent les services rendus par cette haute institution, l'éclat qu'elle avait jeté sur la province, et la magistrature reprit son autorité, son prestige d'autrefois.
Comment la Franche-Comté ne se serait-elle pas attachée à ses magistrats ? Opiniâtre et économe, résolue à payer le moins possible, elle devait s'associer à ceux qui s'étaient imposé le devoir de la défendre. Puis la réunion tardive de cette province avait conservé aux mœurs comtoises leur cachet particulier. La distance qui la séparait de Paris maintenait l'esprit provincial ; le souvenir, dirons-nous le regret de la domination espagnole, contribuait à empêcher le pays de se rapprocher du royaume auquel il avait été rivé. Lorsque de nouveaux impôts venaient à grever le peuple, contrairement aux engagements pris lors de la conquête, il était difficile de ne pas se rappeler cette domination espagnole, plus douce parce qu'elle était plus éloignée, parce qu elle songeait à gagner les cœurs plutôt qu'à dominer par la force. On obéissait, mais on gardait sa liberté d'appréciation, et on ne craignait pas de produire nettement son opinion. C'est surtout dans le Parlement que cet esprit de discussion et de résistance se produisait dans toute sa plénitude. Ce qui eut
lieu en 1771 en est un exemple frappant- Tout le Parlement est réuni par ordre du roi, il est menacé d'une dissolution complète, et l'exil va atteindre la plupart de ses membres. Il y a dans cette assemblée le maréchal de Lorges et un envoyé de Sa Majesté, M. de Bastard. Chaque parlementaire tient dans sa main une lettre de cachet qui lui impose le silence le plus absolu, mais un tel ordre sera violé, et à la lecture d'un édit qu'il considère comme injuste, un conseiller se lèvera et protestera hautement contre la volonté royale. La province connaissait cette opiniâtreté dans la résistance et en savait gré à la magistrature.
Pendant quatre siècles, les Parlements vécurent entourés de l'appui du peuple.
Leur grande histoire est celle de leur première époque. Du commencement du xiv c siècle jusqu'au xvii e , leur existence se confond avec celle de la monarchie dans cette œuvre de foi ardente et de labeur obstiné qui aura pour résultat la constitution de la France et l'unité de la patrie ; ils sont alors, comme le fait observer le judicieux Loyseau, l'instrument de la puissance royale ; ils contribuent à abolir la féodalité, en subordonnant les justices seigneuriales à la justice du roi, l'anarchie féodale à la suzeraineté rovale. Louis XI, le tyran des nobles, les soutient d'instinct ; ils sont alors les alliés les plus fidèles, les plus utiles, de la monarchie, qui n'a pas pour se consolider de base plus solide. Mais peu à peu, cette mission première remplie, ils essaient de mettre un frein à l'arbitraire, au despotisme ; ils se posent en médiateurs, ils s'associent à la puis-