LES ERREURS, LES FAUTES DES PARLEMENTS
soudaine en présence de l'affaissement du pouvoir et se laissent entraîner de la défense à l'agression.
Frondeurs au temps de Mazarin, humbles devant la toute-puissance de Louis XIV, ils relèvent la téte quand le vieux souverain est abandonné par la fortune, quand ses courtisans s'éloignent ; silencieux lorsque la royauté était forte, ils parlent avec arrogance dès qu'ils la soupçonnent de faiblesse ; ils deviennent séditieux sous Louis XV, révolutionnaires inconscients sous Louis XVI ; ils appellent la tempête et provoquent les catastrophes.
La vénalité des charges a pu contribuer à ce résultat.
Propriétaires de leurs offices en vertu de la finance déboursée, certains de les transmettre par l'hérédité, sauf le cas de forfaiture constatée par jugement, les magistrats n'avaient rien à attendre, rien à redouter de la puissance royale. Ils étaient indépendants du chef de la nation. Le pouvoir absolu n'osait leur faire sentir sa toute-puissance ; comment n'auraient-ils pas été tentés d'usurper l'autorité législative, de s élever progressivement au rang d'arbitres suprêmes de l'Etat?
Qu'ils aient commis des fautes, nul ne le conteste. Comme toutes les institutions, comme les individus eux-mêmes, ils ont eu leurs jours d'erreur, ils ont oublié même les devoirs que leur imposait le patriotisme. Le Parlement de Paris condamne, sous Charles VI, le Dauphin à un exil perpétuel, et place la couronne de France sur la tète du roi d'Angleterre; il cède aux
fureurs de la Ligue et favorise la sédition en s'associant à la Fronde.
Plus tard, les parlementaires s'opposent aux réformes
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les plus nécessaires. Non seulement, au plein midi d'une ère toute resplendissante de lumière, ils persistent à croire au sortilège et veulent envoyer au bûcher ceux qu'ils en jugent coupables; mais, quand sous l'inspiration du génie de Golbert, Louis XIV rend un édit pour établir le système de la publicité des hypothèques, ce sont, chose singulière, les Parlements qui combattent cette heureuse innovation.
Sous Louis XV, ils repoussent les mesures les plus sages, la liberté du commerce et la liberté de l'industrie, l'égalité dans les impôts.
Ils veulent le maintien des droits féodaux, de la corvée, de la mainmorte, des jurandes, de tous les privilèges.
Sous Louis XVI, leur aveuglement est le même. Au lieu d'acclamer la Révolution à ses débuts, de diriger le mouvement libéral qui animait la France vers 1789, ils songent à conserver leur autorité, leur toute-puissance, ils n'essaient pas d'user de leur influence pour initier le peuple à la vie publique, ils deviennent le dernier asile des opinions rétrogrades, dos résistances surannées ; après avoir été l'instrument le plus actif, îe plus puissant contre la féodalité et contre l'Eglise; après avoir été, ce qui faisait leur force, lavant-garde des classes movennes, ils se constituent le boulevard des privilégiés et le porte-voix des passions aristocratiques : c'est ce qui fait leur faiblesse.
Ajoutons qu'ils contribuent eux-mêmes à porter atteinte au prestige de la vieille magistrature en laissant se glisser des abus dans l'organisation judiciaire. Grâce