‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 151 sur 176 · PATRIOTISME, HAUTES VERTUS DES PARLEMENTAIRES · texte numérisé non relu

PATRIOTISME, HAUTES VERTUS DES PARLEMENTAIRES

à la vénalité des offices, on avait, fini par admettre des candidats qui ne justifiaient ni d'une érudition ni d'une expérience suffisantes, des candidats trop jeunes, au profit desquels on n'appliquait plus l'ordonnance de 1579, qui exigeait quarante ans accomplis pour les présidents et vingt-six pour les conseillers. Le Parlement, désireux de n'ouvrir ses portes qu'aux gentilshommes, aux nobles, aux fils de magistrats, demandait des titres de noblesse plutôt que de la science, et il n'était pas toujours facile de rencontrer au degré requis, dans les candidats titrés, l'aptitude et le savoir. Beaucoup de magistrats n'avaient pas un temps de stage suffisant. Cette irruption de parlementaires inexpérimentés, à qui l'argent tenait lieu de science, commença la décadence des grandes compagnies judiciaires. Tous les écrivains du temps signalaient les abus : Bodin, dans sa République, Hotman, dans la Franco-Gai lia y s'élevaient vainement contre eux. L'Hôpital s'écriait : « La magistrature était un ordre m- 'mère illustre, elle est maintenant avilie et déshonorée, du moment où on la prostitue à des enfants possédant les premiers éléments du droit. » La bruyère, qui ne voyait aucun métier sans apprentissage, disait : « Il y a l'école de la guerre ; où est l'école du magistrat? Il v a des usages, des lois, des coutumes ; où est le temps, et le temps assez long, que l'on emploie à les digérer et à s'en instruire? L'essai et l'apprentissage d'un jeune adolescent qui passe de la férule à la pourpre, et dont la consignation a fait un juge, c'est de décider souverainement des vies et des fortunes des hommes. » Mercier, dans son

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Tableau de Paris, exprimait la même idée. Les épices avaient contribué aussi à déconsidérer la magistrature; certains magistrats « aimaient le sac » selon l'expression de Saint-Simon, exigeaient des sommes considérables, et le plus souvent les présidents, trop dociles, condescendaient à leur demande et taxaient de leur main les épices à un chiffre ruineux pour les plaideurs.

Mais comment ne pas oublier les quelques taches qui se rencontrent dans ces glorieuses annales? Comment ne pas se montrer indulgent pour les foutes commises, en présence du courage, du dévouement, des hautes vertus, qui caractérisaient les parlementaires, en présence des services rendus à notre pays, à la cause de la liberté ?

lis ont ardemment aimé la justice et défendu les petits, les pauvres, en des siècles d'inégalité et de violence. Ils ont préparé la France à la vie publique qui Tanime aujourd'hui, en l'initiant à l'examen et au contrôle des actes du pouvoir. Ts ont contribué à édifier par leurs arrêts cette œuvre grandiose de science juridique qui a servi à établir la loi moderne, ils ont fondé le droit public, le droit privé, la liberté et l'égalité civiles. Les hommes de 1789 n'ont eu qu'à récolter l'abondante moisson que la jurisprudence et les revendications des Parlements avaient patiemment semée et fait mûrir.

Oui, ils marchaient dans la voie des réformes et des progrès, ces parlementaires qui devaient, quelques années plus tard, devenir victimes des haines populaires. Bergasse, dans son rapport à la Constituante sur l'orga-

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