‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 152 sur 176 · HAUTES VERTUS DES PARLEMENTAIRES · texte numérisé non relu

HAUTES VERTUS DES PARLEMENTAIRES

nisation judiciaire, rendait hommage à leur esprit d'initiative et constatait lui-même les améliorations réalisées grâce aux efforts des magistrats : « Je n'ai pas oublié, disait-il, les importants services que nous ont rendus les Parlements. Je sais que si dans l'origine, la puissance rovale leur a du son agrandissement, on les a vus depuis, dans plus d'une occasion, lui prescrire des limites et souvent combattre avec énergie et presque toujours avec succès les efforts du despotisme ministériel; je sais qifon les a vus, lorsque l'autorité l'emporta, soutenir avec fermeté des persécutions; je sais que dans ces derniers temps surtout, ils ont repoussé avec force les coupables projets qui devaient anéantir entièrement notre liberté. »

Oui, ils avaient Tardent amour des grands intérêts nationaux et un vrai patriotisme, ces magistrats toujours inflexibles, toujours prêts à résister à ce qui attaquait les lois, s'opposant au roi lui-même quand Tintérét de la nation voulait qu on lui résistât, parlant haut, prêtant une voix officielle à l'opinion, délibérant et statuant sans peur, même quand ils se savaient menacés de l'exil; ils avaient non seulement le courage de lutter contre le pouvoir, ils avaient assez d'énergie pour conserver leurs principes au milieu des désordres d'une société qui commençait à se dissoudre. Quand toutes les classes se dégradent et s'abaissent, après la perte des mœurs, il est consolant de voir ces magistrats laborieux inaccessibles aux entraînements du siècle, garder cet amour du devoir et des hautes sciences que posséda pendant des siècles In magistrature française.

398 CHAPITRE Mil.

Ce qui les distingue, indépendamment de la grandeur d'àme, de la hauteur et de la fermeté du caractère, c'est l'esprit de dévouement, d'abnégation personnelle , de générosité et de désintéressement ; ils n'obéissent pas à de mesquines considérations d'argent. Mirabeau, se rappelant dans sa prison l'histoire des parlements, s'écriait : « Jamais ordre de l'Etat ne fit plus pour la patrie et ne lui coûta moins que la magistrature. » Ils ne tiennent ni à la vie ni à l'argent; contre les violences qui viennent les atteindre jusque sur leurs sièges, ils montrent une dignité qui jette sur leur fin une grandeur réelle. Comment oublier ces scènes émouvantes, où le commissaire du roi, forçant la porte de la grand'chambre, faisant violence à la majesté de la cour et pénétrant jusqu'à elle malgré les sommations impuissantes de ses huissiers, vient, au nom de la puissance royale, faire enregistrer les édits ! Comment ne pas admirer l'impassibilité de la justice, la fermeté dame de ces magistrats, qui se résignent à J'exil plutôt que d'obéir à des ordres blessant, à leurs yeux, la loi ou l'équité? Ils ont de plus une invincible intégrité, l'impartialité la plus absolue, la plus incorruptible.

* Ajoutons que les Parlements ont enfanté des individualités fortes, de grands publicistes, de grands magistrats, de grands hommes de bien, dont le nom a fait l'honneur de la France et qui resteront, par l'austère souvenir de leurs vertus, la plus haute personnification de l'amour du bien public. Il n'est pas d'institution qui ait mieux mérité la reconnaissance de la nation.

Page 1