EXASPÉRATION DU PEUPLE
dans ies rues et sonna le tocsin pour appeler les habitants des campagnes. A Rouen, le Parlement déclara traîtres et parjures au roi et à la nation les officiers obéissant aux édits du 8 mai. Des troubles se manifestèrent dans la Provence, dans le Languedoc, dans le Roussillon et même dans des provinces moins ardentes, dans la Flandre et le Hainaut.
A Besançon, la population tout entière, à l'exception d'une petite partie de la bourgeoisie, qui n'était point fâchée de voir l'humiliation de la magistrature, demanda le rétablissement du Parlement et de tous ses privilèges. Une estampe allégorique circula en juin 1788, représentant le ministre Brienne et M. de Lamoignon armés d'un poignard et assassinant la France. La municipalité fit rédiger par le secrétaire Belamy un mémoire pour la résurrection des Etats provinciaux de Franche-Comté (*). Les avocats prirent parti contre les ministres. L'un d'eux, l'avocat Roujet, fut conduit au fort Griffon le JO juillet, sur une lettre de cachet, pour avoir tenu des propos hostiles à M. de Lamoignon. On le mit au secret.
Ces mesures de rigueur ne firent qu'exaspérer le peuple. On pendit à la tour Chaudanne deux mannequins représentant MM. de Lamoignon et Brienne ; on les brûla le soir sur la place Saint-Pierre ( 2 ). Le 3 octobre, on publia un avis aux fripiers d'acheter les robes rouges des grands bailliages de Vesoul et de Lons-le-Saunier.
(1) Archives municipales, BB. 199, casier 1, rayon 12, reg. in-folio.
(2) Ces détails sont puisés dans le Journal manuscrit.
64 CHAPITRE vir.
Pour triompher de toutes ces résistances, il eût fallu une volonté de fer servie par une volonté supérieure. Louis XVI s'y brisa ; il était venu en un temps où la bonté la plus exquise et l'honnêteté la plus scrupuleuse ne pouvaient suffire au gouvernement du pays. Désormais la nation seule allait pourvoir au salut public.
Le 25 août, Brienne se retirait, la France indignée ne le voulant plus voir. Il y eut dans Paris des réjouissances tumultueuses. L'enivrement fut universel. Plusieurs villes donnèrent tous les signes de la joie la plus vive. On brûla le mannequin de Brienne. Sa chute lut le signal de nouveaux troubles populaires. Le 25 août, des attroupements séditieux se produisaient, demandant avec violence le retour des Parlements. Ni le roi ni ses ministres n'osaient lutter plus longtemps contre le mouvement de l'opinion, et comme chaque jour amenait une difficulté nouvelle, ils se résignaient à appeler la nation à concourir à la réorganisation de la France. Les Etats généraux furent solennellement annoncés.
Cette convocation était instamment sollicitée par la noblesse, par le clergé et par le Parlement. Le 5 mai de cette même année, le Parlement de Paris dénonçant les prodigalités de la cour et exigeant les états de dépenses, un conseiller s'était écrié : « Ce sont des Etats généraux qu'il nous faut ! » Les Parlements de province avaient formulé les mêmes vœux, plaçant leurs espérances dans cette dernière épreuve, comptant par cette évocation solennelle faire peur au pouvoir royal,