‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 29 sur 176 · ENTHOUSIASME POPULAIRE · texte numérisé non relu

ENTHOUSIASME POPULAIRE

ce furent les mêmes transports qu'en novembre 1774, plus bruyants, plus tumultueux. La municipalité s'y associa et prescrivit une brillante réception une illumination générale. Le retour des exilés fut célébré par des fêtes, des feux, des cris et des chants d'allégresse. Le premier président de Grosbois vivait au château de Salans. Le bruit s'étant répandu qu'il devait se rendre à Besançon le 15 octobre, les clercs du palais partirent le même jour en voiture et à cheval pour aller à la rencontre de ce premier magistrat. Les femmes de la halle les suivirent dans une berline attelée de six chevaux. Les premiers offrirent à M. de Grosbois une branche de laurier, les femmes de la halle lui présentèrent des fleurs, et escortèrent sa voiture. Le cortège s'augmenta d'un nombre très considérable d'équipages de différentes personnes du clergé, de la noblesse, des procureurs de la cour et des autres classes de citoyens. Le premier président fit son entrée au milieu des boîtes, pétards et fauconneaux et au son des cloches, et prolongea sa marche par la Grande-Rue, la rue des Carmes, les rues de Saint-Vincent et du Collège, pour arriver à l'hôtel de Grosbois, situé dans la rue des Cordeliers, aujourd'hui rue des Bains du Pontot, dont l'entrée était décorée d'un arc de triomphe avec des devises élogieuses. Le lundi 20, jour de la rentrée de la cour, Messieurs du Parlement se rendirent à l'hôtel du premier président au Palais, précédés de plusieurs chars, dont l'un portait Thémis tenant 1 epée et la ba-

(1) Archives municipales, BB. 199, casier 1, rayon 12.

lance, les trois Grâces, Bacchus couronné de pampres, et Cérès couronnée d'épis ; ils gagnèrent le palais aux acclamations de la foule, suivis des greffiers et des procureurs en robes, escortés de la maréchaussée, des députations du clergé, de la noblesse et des corporations bourgeoises. On fit des discours et force compliments; il y eut des réceptions, des dîners, des soupers, des messes en musique, des illuminations, des feux d'artifice. La plupart des maisons étaient ornées de transparents avec des incriptions en l'honneur de la magistrature et du roi ; le libraire Fantet avait écrit au bas d'un transparent : « Vivent les Dauphinois! » rendant ainsi hommage à l'initiative prise par les Etats du Dauphiné, relativement aux réformes sociales. On composa des chansons, des rondeaux ; on fit des vœux ardents, non seulement pour « le Sénat comtois, mais pour le meilleur, le plus aimé des rois. » Qui aurait pu supposer que quatre années plus tard le souverain serait incarcéré, et terminerait sa vie sur l'échafaud, et que plusieurs des magistrats de ce Parlement mourraient en exil, ou seraient détenus pendant de longs mois ? Qui aurait pu croire que les Parlements, cette institution la plus populaire, la plus ancienne, la plus respectée, disparaîtraient à bref délai, et que toute cette brillante popularité n'était que passagère?

Aux témoignages éclatants de la joie publique les magistrats surent, selon l'expression d'un contemporain, répondre comme il convenait; ils se cotisèrent pour recueillir une somme de six mille livres, qui fut distri-

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