ATTITUDE DU BARREAU
buée aux pauvres des sept paroisses. Ces aumônes augmentèrent encore les transports du peuple
Cet enthousiasme peut à première vue paraître inexplicable. Le roi apportait à la nation l'unité de législation et une liberté plus grande; il essayait de mettre fin à des abus. Il semble que le peuple, qui vénérait encore le pouvoir royal et les hautes vertus de Louis XVI, aurait dû prendre parti pour son roi; mais il avait un attachement profond pour ses vieilles franchises, pour ses coutumes locales, pour ses privilèges confirmés lors de la conquête ; il tenait à ses usages, à son présidial, il était inséparablement attaché à sa grande cour de justice, gardienne vigilante des droits de la province, et toutes les tentatives de réformes émanées de l'autorité royale lui paraissaient autant d'entreprises dirigées contre ses plus chères institutions.
Comme en 1775, le barreau s'associa sans réserve à toutes ces démonstrations. L'intendant de la province s'était vainement efforcé de le gagner à la cause du pouvoir ; sa fidélité à la magistrature resta la même.
(1) Récit de ce qui s'est passé à l'occasion de la rentrée du Parlement; brochure de 27 p. Biblioth. du chapitre. Révolutions île Franche-Comté, vol. I €r .
PARLEMENTAIRES AU XVIII e SIÈCLE
Magistrats du Parlement de Dole. — Premiers présidents, leurs allributions, leur autorité. — Boyvin, Claude Jacquot, Jean-Ferdinand Jobciot, Gabriel Boisot, Jean-Antoine Boisot, de Quinsonas, J.-C. Nicolas de Grosbois, Claude-Irénéo de Grosbois, François-Xavier Chifljt, Fcrréol-Xavier Chiflet. — Les gens du roi, leur rôle, leur compétence. — Conflits entre le Parlement et les avocats généraux. — Jean l'acquêt, Jean-Joseph Doroz, Théophile Doroz. — Les avocats généraux : Rochet de Frasne, Bergeret, Debief. — La magistrature assise. — Augustin Nicolas, Ferdinand Lampinet, le président Philippe, de Courbouzon, Cl.-F. d'Orival, J. Biétrix, Courchetel, Droz, J.-B. Guillemin, d'Olivet, Pctilcuenot, Bourgon. — Les présidents de Vezet, Chiflet, Terrier. — Les conseillers Matherot de Desnes, du Bouvot, Morel de Thurey.
Nous avons montré l'organisation, la composition du Parlement, sa résistance, les épreuves qui lui furent inlligées, nous avons retracé les faits les plus considérables de nos annales parlementaires ; il nous parait nécessaire de placer dans un relief équitable les portraits des magistrats les plus justement estimés. L'histoire du Parlement ne doit pas se composer seulement d'une étude sur son rôle politique, législatif et judiciaire. La physionomie des individus a aussi son importance. La vie publique du Parlement ne peut être bien reproduite
qu'en entrant dans des détails sur la biographie particulière des membres qui Font rendu célèbre, qui en ont personnifié l'esprit et en ont gardé les traditions.
Les registres du Parlement nous fourniront ici des renseignements précieux ; nous puiserons en outre dans les recueils de l'Académie, dans les manuscrits anciens, dans les archives départementales, et nous pourrons ainsi esquisser le tableau du personnel parlementaire, reconstituer l'histoire de la noblesse de robe, qui est celle de la plupart des familles nobles de notre province.
A Dole, le Parlement était, selon le témoignage du P. Dunand, « composé de magistrats qu'une longue carrière dans l'étude des lois et de la politique, qu'un maintien grave et austère, qu'une pratique de toutes les vertus chrétiennes rendaient vénérables , dont on aurait pu dire, avec un ancien philosophe, qu'il avait vu dans le Sénat une multitude de rois (*). » Il comptait parmi ses membres des individualités éclatantes, qui lui avaient acquis une réputation de science, d'honneur et de vertu : Guy d'Arménie, qui fut le premier des présidents du Parlement siégeant à Dole ( 2 ) ; Jean de Saint-Mauris, seigneur de Montbarrey, qui commença, comme le chancelier de Gattinara, par être professeur à l'université de Dole, fut ensuite conseiller au Parlement, puis membre du conseil d'Etat de Flandres, président du conseil privé de Charles V, et son ambassadeur en France;
(1) Bibliothèque de Besançon. Manuscrits du P. Dunand, vol. 17, p. 252.
(2) Guy d'Arménie était de Besançon ; sa maison était rue Battant et fut plus tard habitée par les Carmes déchaussés. (Manuscrits Quirot, appartenant à M. de Chevroz.)