GABRIEL B0IS0T
chancelier de Pontchartrain doit intervenir pour terminer les conflits soulevés par son procureur général ; le 1 er avril 1700, le chancelier lui écrit « que le Parlement peut d'office continuer une procédure en appel abandonnée par le procureur général, sans que ce dernier ait le droit de se plaindre. » Le 24 août, le même chancelier le rappelle au respect des décisions judiciaires dans les termes suivants : « Quand il y aurait quelque chose à redire dans Farrêt de la tournelle, ce qui ne me paraît pas, quand même vous auriez esté bien fondé à prétendre que l'exécution en devait être renvoyée aux juges des eaux, votre ministère était pour ainsi dire forcé, et il ne vous appartenait pas ni de combattre les intentions du Parlement ni de différer de les suivre. Vous deviez encore moins donner une requête aussi extraordinaire que celle dont vous m'envoyez la copie, et que je regarde plutôt comme une censure de Farrest que comme une réquisition faite par un procureur général, qui doit toujours, dans ces occasions, marquer autant de déférence pour sa compagnie que de soumission pour la chose jugée, » etc.
Premier président en 1703, il se montre trop souvent l'humble serviteur des ministres, prévenant leurs désirs, acceptant sans mot dire les innovations les moins justifiées. Il sait en 1703 que le Parlement s'oppose à la création d'une nouvelle chambre, ce qui ne Fempêche pas, en prenant possession de son siège de premier président, le 16 avril de cette même année, « de se dire heureux de commencer la première fonction de son office par informer la compagnie de la volonté du roi sur
l'augmentation des gages et sur la création d'une chambre des requêtes (*). »
A l'audience il n'a ni le calme ni la dignité nécessaires, interrompt les avocats et encourt, pour ses écarts de langage, les reproches du chancelier Pontchartrain. Dans ses relations du monde, il est sans scrupule et sans éducation. En 1704, il ouvre des lettres adressées par le ministre aux présidents à mortier, et reçoit à ce sujet de Chamillard, irrité à juste titre, des observations fort vives Il se fait rappeler aux règles des convenances et de la politesse par le contrôleur général lui-même, qui lui écrit le 22 janvier 1705 : « Je vous dirai que la fin de votre lettre est un peu sèche ; vous pouviez vous épargner la peine de me l'écrire, ne me connaissant pas plus que vous faites ( 3 ). »
Boisot n'a ni l'élévation d'esprit ni le caractère d'un chef de la magistrature. Il s'oublie au point de solliciter de la faveur royale un secours, une subvention pécuniaire. Lorsqu'en 1702, un arrêt du Parlement eut prononcé la réunion aux domaines du roi de dix-neuf terres autrefois séparées de la couronne et qui se trouvaient dans la succession du prince d'Orange, il écrit au contrôleur général : « Je me flatte que le service que j'ai rendu au roi mérite de vous quelque protection ; voici une occasion favorable de m'accommoder sans qu'il en coûte rien au roi dans un temps où je fais entrer en
(1) Minutes des délibérations, année 1703. Archives département. B. 3768.
(2) Archives département., série 8. Correspond, politique.
(3) Correspondance des contrôl. Biblioth. de Besançon, vol. 2, n* 699.