GABRIEL B0IS0T
ses coffres plus de vingt mille livres de rente. Mille écus d'appointements est très peu de chose pour un premier président, feu M. Jobelot a joui lui seul des émoluments du sceau qui lui valait deux mille écus. Comme je suis obligé de faire une plus grosse dépense que je ne faisais ci-devant étant procureur général, je vous supplie de m'obtenir de Sa Majesté la jouissance de la terre de Nozeroy, Tune des dix-neuf réunies, avec les fruits échus à Sa Majesté d'une partie de Tan passé. Cette terre peut valoir cinq à six mille livres ; sur quoi il y a beaucoup de charges à déduire. Avec ce bienfait, vous me mettez en état de vivre en premier président, etc. 0). »
Il y a mieux. Lorsqu'il s'agit d'établir l'impôt de capitation, il s'adresse au contrôleur général, le 7 décembre 1703, en ces termes : « J'ai travaillé à la répartition de la capitation avec MM. les commissaires, et il n'y a presque plus que ma cote à régler. Feu M. le premier président Jobelot s'était taxé à huit cents livres, il était riche, il n'avait ni femme ni enfants, et dans son haut âge de quatre-vingts ans, il vivait de chocolat et de café et mangeait toujours seul. Je trouve que cette somme, excessive pour lui, est trop faible pour moi qui n'ai pas tant de biens que M. Jobelot, qui ai une femme et neuf enfants vivants, et qui ne mange pas seul, » et ce rapace président, qui ne se nourrissait pas seulement de chocolat, ajoutait : « Je payais seulement deux cents
(1) Archives nat. Bibliolh. de Besançon. Corresp. des contrôl;, vol. 2, n° 529.
livres Tan passé comme procureur général, quoique cette charge soit d'un plus grand revenu que celle de premier président ; il me semble que si cette année je payais le double, cette cote serait raisonnable. » Enfin venaient ces dernières lignes : « Vous savez que mes gages et mes profits sont très petits (*). »
Le roi ne se laissait pas convaincre et répondait par son contrôleur général : « Le roi ne saurait entrer dans le partage de la répartition de sa compagnie. Sa Majesté a laissé aux magistrats la liberté de faire comme il leur conviendrait, et la diminution qu'il demande, quoique d'un petit objet, serait d'une conséquence infinie pour l'affaire en général si Sa Majesté y entrait. »
Les délibérations du Parlement attestent toute l'avidité de ce premier président. L'usage était de n allouer des épices qu'aux magistrats qui avaient assisté au procès ; Boisot demande à en profiter, môme quand il s'absente de la province, sous prétexte qu'il s'agit du service du roi. Le Parlement refuse et écrit au chancelier, le 10 juillet 1679 : « La demande que M. le président Boisot nous a faite ce matin d'avoir part à nos espices nous donne lieu de vous exprimer les raisons que nous avons de ne pas accueillir sa requête. L'une des raisons est que, selon les instructions secrètes des souverains, le président n'a aucune part aux espices, quoique présent, s'il ne la demande à la compagnie qui nouvellement Fa accordée à MM. Philippe et Boisot, en
(1) Archives nation. Correspond, des contrôl., vol. 2, n° 553, Bîblioth. de Besançon.