‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 36 sur 176 · GABRIEL BOISOT · texte numérisé non relu

GABRIEL BOISOT

vue de leur assiduité. D'ailleurs il s'est pratiqué de tout temps que les absens mesmes pour le service du roi n'y participent point s'ils ne rapportent dans la bourse commune les gratifications qu'ils en ont reçues. Nous en pourrions donner plusieurs exemples ; ainsi on n'a pas attribué d'espices à M. le président Jobelot, employé pour les affaires de Sa Majesté Catholique aux salines de ce pays, ni à M. le président Philippe à la diète de Ratisbonne, ni aux gens du roi quand ils sont dehors pour les affaires des procès. C'est pour obliger chacun à faire son devoir et à l'assiduité.

» Enfin, nous croyons qu'il n'est pas raisonnable qu'un absent qui fait son profit d'ailleurs partage les émoluments d'autrui et de ceux qui travaillent ponctuellement. En cela, Monseigneur, l'intérêt est si léger qu'on ne nous accusera pas qu'il ait aucune part dans notre conduite ; mais la conséquence en serait si dangereuse que chacun pourrait trouver quelque raison pour profiter par ce moyen. Nous nous en remettons toutefois aux ordres de Sa Majesté (0. »

Boisot, qui était aussi intrigant qu'intéressé, obtient ses épices.

Une de ses préoccupations constantes est de venir en aide à sa famille et d'augmenter sa fortune, déjà considérable au décès de son père ; il réussit à faire de son fils un président ; riche, il profite de sa situation brillante pour construire le château de Vaire, à dix kilo-

(t) Archives du Doubs. Parlement. Correspond., 0383, 0399, année

mètres de Besançon, sur les bords du Doubs, château qu'il embellit de riches tapisseries.

Le président Boisot n'exerçait pas ses fonctions sans difficulté ; il était en butte aux attaques de l'intendant, M. de la Neuville 0) ; il avait de plus pour adversaires deux magistrats remuants, Michotey et Rend, liés avec la Neuville et « qui travaillaient à mettre Boisot en malheur ( 2 ). » Les dénonciations portées contre lui étaient fréquentes, et produisaient une impression fâcheuse sur l'esprit de d'Aguesseau, qui ne le ménageait pas dans sa correspondance. Nous n'en citerons que ces lignes : « Il paraît que lorsque le Parlement aura délibéré de renvoyer à des commissaires l'examen et la discussion de certaines affaires pour en rendre compte à la compagnie, ils seront nommés dorénavant à la pluralité des suffrages ; c'est ce que vous avez consenti formellement en sacrifiant la prétention que vous aviez d'estre seul en droit de choisir des commissaires, et je ne sais si l'usage ne vous était pas favorable.

» Il est bien aisé à un chef de se rendre agréable à sa compagnie et d'en rendre les délibérations unanimes quand il fait tout ce qu'elle veut ; c'est estre le maître, à condition de suivre la volonté des autres C 3 ). »

Jean-Antoine Boisot, son fils, né le 26 décembre 1680, qui était entré au Parlement comme conseiller en 1703 ( 4 ), et qui devint premier président en 1714, ne

(1) Manuscrits Chiflei, vol. 63, p. 312.

(2) Idem.

(3) Manuscrits Chiftet, vol. 63, p. 314

(4) Archives du Doubs. Actes importants du Parlement, vol. 14, B. 2166.

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