JEAN-ANTOINE BOISOT
se distinguait point par son érudition, mais il apporta sur son siège de magistrat des goûts de luxe et de dépenses qui faisaient contraste avec la parcijuonie de son père, avec les habitudes modestes des magistrats de son temps. C'était un prodigue, gonflé de vanité, désireux de se produire à la cour de Versailles et d'y faire figure- Les Archives du Doubs contiennent des notes détaillées de ses dépenses, notes curieuses qui montrent combien certains parlementaires du xvm e siècle ressemblaient peu aux vieux magistrats du Parlement de Franche-Comté alors que notre pays se rattachait à l'Espagne. Les mœurs s'étaient vite modifiées, en présence des prodigalités du règne de Louis XIV et de la régence. En 1720,'Boisot se faisait confectionner à Paris une berline de plus de 4,000 livres, « berline avec porte-flambeaux, corniches et boudins, garnie de velours vert, de broderies, de galons, dorée à Lnd ainsi que les armes sur les panneaux f 1 ) ; » ses dépenses chez son boucher à Besançon s'élevaient à 5,000 livres par année; il acquittait chez son tailleur de Paris des notes de 2,500 livres, chez Jacques Marmillon, marchand à Besançon, pour étoffes livrées à un tailleur de la même ville, 8,465 livres ; il est vrai que Marmillon avait fourni au magistrat prodigue « du drap migraine, du pinchinat fin, du romorantin écarlate. » Il embellissait à grands frais son château de Vaire et sa maison de Besançon.
Il se disait souvent victime de la rapacité des usu-
(1) Archives du Doubs. Bailliage de Besançon, succession Boisot.
riers. Un sieur Bonhomme, de Besançon, le poursuivait en paiement d'une somme d'argent ; ne pouvant arriver à se faire juger par le Parlement, il avait obtenu du roi un arrêt qui nommait des commissaires de son conseil pour terminer son procès ; Boisot adressait à son tour une requête au roi et déclarait « qu'il avait en main la preuve de l'usure la plus énorme qui lui a été faite par le sieur Bonhomme; » ce qu'il y a de certain, c'est qu'il payait le moins possible ses nombreux créanciers; c'est qu'il était harcelé, poursuivi en justice par plusieurs d'entre eux, et qu'à sa mort il y eut un déficit considérable.
Certains écrivains ont voulu faire de la famille Boisot une famille d'une haute et ancienne noblesse, l'ont qualifiée d'illustre et lui ont attribué une origine dijonnaise W. Cette dernière assertion est seule exacte- Claude Boisot, père de Gabriel, et originaire de Saint- Jean-de-Losne, était marchand; son livre de raison est déposé aux Archives du Doubs( 2 ). Plus tard il se fit banquier, puis devint greffier du Parlement ; il était sans convictions, n'obéissait qu'à son intérêt et n'hésita pas à prendre parti contre l'Espagne; Louvois lui savait gré de son empressement à servir la France et appréciait ses services. Nous avons vu que, d'après Lampinet, il prenait conseil de Boisot pour nommer les membres du Parlement. Sa réputation était tout d'abord équivoque; on lui reprochait ses volte-faces, ses trahisons, mais il
(1) Voir un article de M. E.-C. Gaudot dans les Annales franc-comtoises, 3 e livraison, mai-juin 1891.
(ï) Archives. Fonds du bailliage de Besançon.