‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 38 sur 176 · JEAN-ANTOINE BOISOT · texte numérisé non relu

JEAN-ANTOINE BOISOT

acquit de la fortune, sut se créer des sympathies, et on oublia peu à peu son passé.

S'ils étaient d'une famille modeste, les Boisot étaient du moins d'une famille d'érudits; le père de Gabriel était le frère de l'abbé Boisot, Jean-Baptiste, qui avait, en 1694, légué sa bibliothèque aux bénédictins de l'abbaye de Saint-Vincent, à charge par eux de la rendre publique, et avait en même temps fait don à la ville de Besançon de ses tableaux, de ses médailles et de ses antiques. La municipalité témoigna au président Boisot so gratitude, et deux conseillers de ville furent commis pour assister à l'inventaire des livres et objets d'art ayant appartenu au défunt (*). L'abbé Boisot devait se survivre et laisser une réputation, une notoriété plus grande que les présidents de son nom.

Jean-Antoine Boisot mourut le 7 avril 1750. La municipalité assista à ses obsèques ainsi qu'au service funèbre, célébré à son intention en l'église des jésuites, où le chanoine Maréchal d'Audeux, conseiller clerc, prononça une oraison funèbre qui fut très appréciée et valut à l'orateur les remerciements de la magistrature (''). Le président fut inhumé dans l'église de Vaire.

En somme, les deux présidents Boisot ne laissèrent qu'une assez médiocre réputation et même un assez triste souvenir. Ils ne furent ni d'éminents jurisconsultes ni de grands magistrats, et ce n'est pas sans difficultés que l'on arrive à reconstituer le passé de ces

(1) Archives municipales, reg. in-folio, BB. 109, cas. 1, rayon 8.

(2) Archives municipales, reg. BB. 163, casier 1, rayon 10. — Archives (lu Doubs, B. 3804,

deux hommes fort au-dessous de la plupart des magistrats qui composaient le Parlement.

Il en fut autrement de M. de Quinsonas, qui, malgré un court séjour en Franche-Comté, n en a pas moins laissé une impression, un souvenir durable.

On sait le reproche que formulait Saint-Simon contre les parlementaires. L'irascible écrivain avait en horreur ce qu'il appelait le monde des magistrats, et prétendait qu'il y avait en eux une austérité pharisaïque. Les habitudes de travail, le sentiment religieux, la dignité de la vie, la science acquise, la justice aimée et rendue, donnaient en effet quelque chose de rigide et de grave aux grandes et nobles figures parlementaires de cette époque ; mais cette austérité n'excluait ni le sentiment du beau, ni le goût des arts, ni celui de la poésie. La justice ne demande pas d'ailleurs des serviteurs exclusifs, et accueille volontiers tous les genres de mérite. Aussi, à côté d'hommes austères de mœurs et d'habitudes, d'une application constante, étrangers le plus souvent au mouvement intellectuel de leur époque, rencontrons-nous des écrivains distingués et des poètes, capables, selon l'expression du président Rouhier, d'allier à la fois

A la triste étude des lois Le charme de la poésie.

M. de Quinsonas fut du nombre de ces magistrats littérateurs ; bel esprit , ami des lettres , disciple , mais avec réserve , des la Fare et des Chaulieu , nul mieux que lui ne représente la courtoisie, l'urbanité, l'érudition polie. Il suffit, pour s'en convaincre, de

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