LE PRÉSIDENT DE QUINSONAS
lire sa correspondance avec le conseiller Chifïet, et la lettre qu'il adresse à ses nouveaux collègues lors de sa nomination, et dont nous ne citerons que ces lignes : <( J'ai senti toute l'étendue de la grâce dont le roi m a honoré. Je sais que les mœurs, le savoir et les talents forment le caractère respectable de votre illustre compagnie, je vais moins présider parmi vous que m'instruire à l'école de toutes les sciences et de toutes les vertus.
» Je n'ai osé prendre sur-le-champ la liberté de vous écrire, j'attendais, Messeigneurs, d'avoir prêté mon serment entre les mains de Sa Majesté, mais les sentiments dont je suis pénétré ne peuvent rester plus longtemps dans le silence, etc. (*). »
Né en Dauphiné, président à mortier au Parlement de Grenoble à l'âge de trente-cinq ans, la confiance qu'inspirait son mérite était assez grande pour qu'il fût plusieurs fois délégué auprès du roi dans différentes missions importantes. Il se trouva ainsi en relations avec d'Aguesseau et Lamoignon, qui lui prodiguèrent des témoignages d'estime et de dévouement. Sa nomination fut vite arrêtée par d'Aguesseau, soit que personne ne se fût trouvé assez riche pour faire les finances de la charge, soit que le chancelier n'eût pas rencontré dans la compagnie de magistrat assez disposé à favoriser ses projets de réforme et ses aggravations d'impôts, soit plutôt qu'il eût espéré rétablir ainsi la bonne harmonie dans le Parlement ; nous trouvons en effet dans les papiers secrets du maréchal de Lorges ces
(1) Archives département. Parlement. Non classé.
lignes : « Le Parlement a toujours été partagé en deux partis. Les affaires des particuliers souffraient de cette division, M. le chancelier d'Aguesseau désirant y mettre fin à la mort de M. Boisot, et pensant que le moyen le plus efficace était de lui donner pour successeur un magistrat d'un autre Parlement qui serait sans partialité, choisit M. de Quinsonas, président au Parlement de Grenoble, et le fit agréer au roi ( ! ). »
C'est la première fois que le Parlement était présidé par un étranger. Le maréchal de Lorges prétend que le nouveau président fut accueilli avec froideur ( 2 ) ; en réalité il fut reçu avec un empressement apparent et par les magistrats et par la ville; la municipalité lui envoya le vin d'honneur et lui fit deux visites où elle le traita de Monseigneur ; elle lui décerna en outre de grandes lettres de citoyen ( 3 ).
A peine installé, M. de Quinsonas essaya de calmer l'irritation des magistrats et de venir en aide à la province; il se fit à Paris l'interprète habile des sentiments de ses collègues: « J'ai été, écrivait-il à Chiflet, le 23 décembre 1754, fort bien reçu des ministres; j'ai tâché de parler avec discrétion, avec fermeté et avec cette familiarité que leurs bontés autorisent. Je dois ces bontés à mes bonnes intentions et point à mes talents. » II conseille la paix, il connaît les ardeurs dangereuses et les inquiétudes qui parfois agitent ses collègues, il leur demande la mesure, la prudence. Il cherche en même
(1) Manuscrits Chifleî, vol. 64, p. 227.
(2) Idem, p. 228.
(3) Archives munieip., registre in-folio BB. 163, casier 1, rayon 10.