LE PRÉSIDENT DE QUINSONAS
temps le bien, la prospérité du pays; il veut la corvée en nature, parce que l'expérience lui a appris « que les entrepreneurs étaient infidèles, avares, que leurs travaux étaient chers, que l'argent qui leur était destiné garnissait la main de ceux qui les préconisent et fournissait aux dépenses urgentes et journalières ; » mais il s'empresse d'ajouter : « Il y a un meilleur parti que tout cela, c'est de faire travailler les troupes du roi; par là moins de libertinage, gain pour le soldat, et plus d'impositions sur les communautés, dont les laboureurs ne seraient pas distraits de l'agriculture; mais il faudrait que tout cela fût fait avec poids, mesure, sans abus ni commis des tailles » Il s'occupe de la question des haras, il est partisan de la sélection. Il écrit à Chiflet le 4 janvier 1755 : « Les chevaux de Franche-Comté, tels qu'ils ont été et sont aujourd'hui, excellents chevaux de trait, sont la base du commerce, de l'artillerie, des équipages de la guerre ; les métamorphoser en chevaux de luxe, c'est les abâtardir et ruiner les objets essentiels du commerce, du service de l'artillerie et des charrois de guerre; j'ai développé tout cela en grand détail. »
Le plus souvent il est à Paris, où il vit avec les beaux esprits de son temps, dans l'entourage du roi, avec les ministres ; il est ainsi plus à même de faire connaître la vérité, de défendre le Parlement, de combattre les préventions ; il est doué d'une activité très grande, d'une
(1) Recueil de lettres à Chiflet, >-^a5vièîH755. Manuscrits de la biblioth. de Besançon. A \
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parole brillante, de beaucoup de tact cl de rectitude de jugement.. DWguesseau l'estime à ce point qu'il le reçoit dans sa terre de Fivsne, qu'il lui demande de l'accompagner à Compiégne et à Fontainebleau (0.
A Besancon, il favorise et encourage la culture des lettres et l'amour du travail ; à lui appartient l'idée de fonder l'Académie; il en propose le plan à M. de Beaumont, intendant de la province et élève de Rollin. fous deux en parlent à M. de Tallard, gouverneur de la Franche-Comté, et ce fut ainsi que trois hommes étrangers à notre pays y établirent une compagnie destinée à devenir le grand foyer littéraire et scientifique de la province, une assemblée d'écrivains, de penseurs et d'érudits ( 2 ). Animé du vaillant désir de savoir et de connaître, de la noble passion du beau, du juste et du vrai, M. de Quinsonas devait être l'un des membres les plus actifs, les plus laborieux de cette société savante. On sait les inquiétudes qu'éveilla en France la maladie de Louis XV et la joie que causa sa convalescence. Cette circonstance fournit au premier président l'occasion
(1) Recueil do letlrcs à Chiflet, 4 janvier 17ÔÔ. Manuscrits de la bibliolli. de Besançon.
(Z) Un des confrères de M. de Quinsonas, l'abbé Talbert, le félicitait en ces termes :
Ta musc vient avec adresse Du temple des beaux-arts jeter les fondements.
Aiusi Cadmus vient dans la Grèce Répandre du savoir les premiers éléments; Telle autrefois Cérès instruisait Triptotème A dorer ses guère ts des plus belles moissons :
Connaissant aux épines même
Qu'ils deviendraient bientôt féconds.